‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 22 sur 121 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

de Jésus flagellé à la colonne. Tous ces peuples, retournés chez eux, ! "a

assurèrent avoir entendu toutes leurs langues dans celle du seint * homme.

qu'il prêchait dans le Tucuman, il apprit que ces peuples, à cause du manque d’eau, étaient sur le point de quitter le pays, à leur grand regret ct préjudice. Éclairé d'en baut, il leur assura que tout près L. était une source d'eaux vives. Les habitants ne pouvant y croire à cause de la longue sécheresse, il sortit avec eux dans un champ, et, désignant avecson bâton un endroit tout à fait aride, il leur ordonni d'y creuser. A peine eurent-ils enlevé un peu de terre, qu'il en coul une fontaine considérable d’eau douce. Aujourd’hui encore elle est si abondante, qu'elle fait tourner deux moulins; et les habitants, Espagnols et Indiens, n’ont cessé de l’appeler la fontaine de saint Solano.

Nommé successivement custode de la province de Tucuman et supérieur du monastère de Lima, François fit tant par ses humble supplications, qu'il fut déchargé de ces emplois, afin de pouvoir s'appliquer uniquement à la prédication et au salut des âmes. Dieu le favorisait de grâces extraordinaires, de la connaissance surnaturelle des cœurs, du don de guérison, de l'esprit de prophétie. Comme on voyait ses vrédictions s’accomplir exactement, ses menaces fai-

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‘ à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 89 d'à la pa (A saient une impression terrible. En 1603, préchant dans la ville de x jeûnes, MA Teuxillo, non loin de Lima, il annonça expressément, quinze ans ils, à tra- VU d'avance, que la première de ces villes serait détruite avec l’église RSS PE prêchait, mais non pas la chaire, qui resterait intacte au milieu baptiser VE es ruines. Ce qui s’accomplit à la lettre, par un tremblement de de cours terre, le 14 février 4618.

"grande MA L'année après qu'il eut fait cette prédiction, c'est-à-dire en 1604, ts par UP étant à Lima, ilsortit un jour du monastère vers le soir, s’avança sur la vait Le 2 grande place, devant le peuple, qui accourut bientôt de toute part. Il ici entre

se mit à parler fortement contre la corruption des mœurs, et, prenant pour texte cette parole de saint Jean : Tout ce qu'il y a dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, et orgueil de la vie, il annonça d’une manière menaçante la prochaine perdition non pas de la ville matérielle, mais des âmes de ceux qui l’habitaient. Cette prédiction fut pour le peuple de Lima ce que la prédiction de Jonas fut pour le peuple de Ninive. Quoïque le saint n’eût point parlé de la ruine de la ville, mais de celle des âmes, tous les auditeurs l'interprétèrent dans les deux sens. La ville entière se revétit de { deuil; tout le monde se frappe la poitrine, et implore la divine miséricorde ; les églises sont ouvertes, le Saint-Sacrement exposé; on se confesse avec grande componction : les confesseurs de la ville ne peuvent y suffire. Cette terreur salutaire se répandit jusque dans les maisons de religieux : ceux de Saint-Dominique pratiquèrent sur [eux-mêmes des'pénitences extraordinaires, et chantèrent des litanies | pour apaiser la justice du ciel. Le vice-roi du Pérou, étonné de cette commotion soudaine de toute la ville, se consulta la nuit même avec l'archevêque de Lima, saint Turibe. Une commission fut nommée pour en rechercher les causes. Elle appela saint François, qui répéta

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croire # devant elle son sermon. L'effet en fut le même, tous les auditeurs fuamp, €, MMS rent saisis de crainte et fondirent en larmes. En même temps le saint ordonnt M donna une déclaration par écrit, qu’il n'avait point parlé de la desl'en coul Atruction matérielle de la ville, mais de la ruine spirituelle des âmes elle estsi par le péché. Cette déclaration fut rendue publique ; mais elle n’em- Ls, Espa- pêcha point que la componction et la terreur ne vinssent encore à t Solano. augmenter, Alors le vice-roi dit : Ne prenons pas de peines inutiles; an ets EE Cest ici l'œuvre de Dieu, qui a voulu, par ce moyen, amollir des humble EM cœurs jusqu'alors endurcis.

sReuvarE Ce que saint François Solano avait été toute sa vie, un modèle de es. Dieu foi, de patience, d'humilité, de charité et de dévotion séraphique, il surnatu- e fut particulièrement les deux mois qui précédèrent sa mort. Exté- : sy 4 nué par une fièvre continue, il regardait le Sauveur sur la croix, et le aces fai-

bénissait de ce qu’il voulait bien suppléer par les douleurs de la ma-

96 HISTOIRE, UNIVERSELLE [Liv.LXXX VII. — De 1605

ladie à la discipline qu'ilne pouvait plus se donner..Il s’entretenait continuellement avec Dieu, ou de Dieu avec ses frè: es. Souvent il était ravi en extase. A la fête de la sainte Trinité, il sortit de sa cellule malgré sa faiblesse, et entonna d’une voix forte : Bénissons le Père et le Fils, avec le Saint-Esprit. Son aspiration familière était : Glorifié soit Dieu ! A la fête du Saint-Sacrement, il eut des entretiens extatiques avec l’Agneau de Dieu, sur son lit de douleur. IL prédit qu'ilmourraitle jour de Saint. Bonaventure, son saint de prédilection. Trois jours avant sa mort, regardant le religieux qui le servait, il fondit en larmes, et dit : Seigneur Jésus, d’où me vient ceci ? Vous êtes attaché à la croix, et moi je suis soulagé par le ministère de vos serviteurs; vous êtes nu, et moi couvert; vous êtes frappé de soufilets et couronné d’épines, et moi comblé de tant de biens, et consolé de tant de manières ! déserts du: Nou Le jour de Saint-Bonaventure , 14 juillet, la fièvre cessa tout à bilemeliur ht coup, l'haleine du malade répandit une odeur suave, ses mains per- jamais conçus 1 dirent leurs rides. Comme ,ies religieux récitaient l'office divin, le B malade éleva ses mains au Gloria Patri, et dit son aspiration accoutumée, : Glorifié soit Dieu ! On chanta ensuite le symbole de la foi, B que de petits oiseaux devant la fenêtre accompagnaient de leur musique, Quand on fut à ces mots, ef incarnatusiest de Spiritu sancto ex Mariä Virgine, la cloche de l’église tinta l'élévation de la messe:s0lennelle; aussitôt le saint homme, regardant le crucifix, et croisant EM pme et de 1 ses mains, aspira pour la dernière fois sa prière : Glorifié soit Dieu! EM outres forêts ! et expira le 14 juillet 1610, à l'âge de soixante-un ans. Des miracles R rement inondée sans nombre attestérent aussitôt sa sainteté. Les actes en citent plus Bent des déserts de cent pour sa béatification. Le procès de canonisation en cite en. My, Paraguay ar core plus de vingt autres. Il fut béatifié par Clément X, et canonis EM, tigres et les par Benoît XIIT, en 1796. Sa fête a été fixée au 24 de juillet. cire fort blanche Une nouveauté plus merveilleuse encore que présentait alors le plumage éclatar Nouveau-Monde, c'étaient des peuplades entières de Sauvages, trans- bleues, sur la ve formées en peuple de saints. Voici comme Châteaubriand résume Ptit égaré dans cette merveille, après avoir été lui-même sur les lieux, « Je continua C'était une coutume généralement adopiée dans l'Amérique espa- Er, et sans qu'il gnole de réduire les Indiens en commande, et de les sacrifier aux Bi quelquefois au : travaux des mines. En vain le clergé séculier et régulier avait réclamé Eyétude et l'indu contre cet usage, aussi impolitique que barbare. Les tribunaux di 2%, agréable n Mexique et du Pérou, la cour de Madrid retentissaient des plainte EMssseniblé de be des missionnaires. «Nous ne prétendons pas, disaient-ils aux colons, Be j'avais eues nous opposer aux profits que vous pouvez faire avec les Indiens pa EThébaide. 11 me des voies légitimes ; mais vous savez que l'intention du roi n'a j& EM forêts, où la mais été que vous les regardiez comme des esclaves, et que la loi de Dieu vous le défend... Nous ne croyons pas qu'il soit permis d'at:

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L—De160 D, |o50 de L'ère chr:] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 91 enwt CON ES senter à leur liberté, à laquelle ils ont un droit naturel que rien n’aul'était ravi torise à leur contester 1, »

malgré # EN Il restait encore au pied des Cordilières , vers le côté qui regarde à ils, avec PS l'Atlantique, entre l'Orénoque et Rio de la Plata, un pays rempli de Mon lAts 1 Sauvages, où les Espagnols n'avaient point porté la dévastation. Ce L Agneau fut dans ces forêts que les, missionnaires entreprirent de former une " de Saint- "1 république chrétienne, et de donner, du moins à un petit nombre mort, re EE indiens, le bonheur qu'ils: n'avaient pu procurer à tous. —Ils comdit : Sei- 2 mencèrent par obtenir de la cour d’Espagne la liberté des Sauvages IX, 6t moi Le qu'ils parviendraient à réunir. A cette nouvelle, les.colons se souletes NU, l D vérent : se ne fut qu’à force.d’esprit et d'adresse que les Jésuites surnt ë prirent, pour ainsi dire, la permission de verser leur sang dans les res !

à déserts du Nouveau-Monde: Enfin; ayant triomphé de la cupidité et - 0 de la malic® humaines, méditant un des plus nobles desseins qu’ait 2 jamais conçus un cœur d'homme, ils s'émbarquèrent pour Rio de la | Plata. 1 Hi f

C'est dans ce fleuve quevient se perdre l’autre fleuve.qui a donné son nom au pays et aux missions dont nous retraçons l’histoire. Pa- Mraguay, dans la-iangue des Sanvages, signifie le fleuve cowronné, parce qqu'il prend sa source dans le lac Xarayès,, qui lui seri comme de Scouronne. Avant d'aller grossir Æio de la Plata, il reçoit les eaux du Parama et de l'Uraguay. Des forêts qui renferment dans leur. sein A d'autres forêts tombées de vieillesse, des marais et des plaines entièfrement inondées dans la saison des pluies, des montagnes qui élèavent des déserts sur des déserts, forment une partie des régions que 4le Paraguay arrose. Le gibier de toute espèce: y abonde , ainsi que les tigres et les ours. Les bois sont remplis d'abeilles, qui font une

ssa tout à nains per- > divin, le [on accoude la foi, > leur mu- 4 sancio ex messe! $0« t croisant soit Dieu!

s miracles | itent plus en cite en- L canonisé

et. icire fort blanche et un miel très-parfumé. On y voit des oiseaux d’un it alors le PA plumage éclatant, et qui ressemblent à de grandes fleurs rouges et ges, trals EMbleues, sur la verdure des arbres. Un missionnaire français, qui s’éd résume È

ait égaré dans ces solitudes, en fait la peinture suivante : | « Je continuai ma route sans savoir à quel terme elle devait aboutir, et sans qu'il y eût personne qui pût me l’enseigner. Je trouvais quelquefois au milieu des bois des endroits enchantés. Tout ce que A'étude et l’industrie des hommes ont pu imaginer pour rendre un ieu agréable n'approche point de ce que la simple nature y avait jrasseniblé de beautés. Ces lienx charmants me rappelèrent les idées IX COÏONS, Eque j'avais eues autrefois en lisant les vies des anciens solitaires de la idiens D EThébaide, 11 me vint en pensée de passer le reste de mes jours dans ë à À 4 cs forêts, où la Providence m'avait conduit, pour y vaquer uniquee Ia 10! -

rmis d’at: B

que espa- È rifier aux È it réclamé & unaux du È >s plaintes

Charlevoix, Hist, du Paraguay, 1744, in-40, t. 2, p. 26 et 27.

92 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXX VIT. — De 1605

ment à l'affaire de mon salut, loin de tout commerce avec les hom- M mes ; mais, comme je n’étais pas le maître de ma destinée, et que

les ordres du Seigneur m'étaient certainement marqués par ceux de mes supérieurs, je rejetai cette pensée comme une illusion {. »

Les Indiens que l’on rencontrait dans ces retraites ne leur ressemblaient que par le côté affreux. Race indolente, stupide et féroce, elle montrait dans toute sa laideur l’homme primitif dégradé par sa chute, Rien ne prouve davantage la dégénération de la natre humaine que la petitesse du Sauvage dans la grandeur du désert.

Arrivés à Buenos-Ayres, les missionnaires remontèrent Æio de h Plata, et, entrant dans les eaux du Paraguay, se dispersèrent dans les bois. Les anciennes relations nous les représentent avec un bré. viaire sous le bras gauche, une grande croix à la main droite, et sans autre provision que leur confiance en Dieu. Elles nous les peignent se faisant jour à travers les forêts, marche::t dans les terres marécs geuses, où ils avaient de l'eau jusqu’à la ceinture, gravissant des roches escarpées, et furetant dans les antres et les précipices, a risque d’y trouver des serpents et des bêtes féroces, au lieu des hommes qu’ils y cherchaient. Plusieurs d’entre eux y moururent de

faim et de fatigue, d’autres furent massacrés et dévorés par les Sau-|

vages. Le père Lizardi fut trouvé percé de flèches sur un rocher: son corps était à demi déchiré par les oiseaux de proie, et son bré. viaire était ouvert, auprès de lui, à l'office des morts. Quand un mi

sionnaire rencontrait ainsi les restes d’un de ses compagnons, il s'em.| pressait de leur rendre les honneurs funèbres, et, plein d’une grande}

joie, il chantait un 7e Deum solitaire sur le tombeau du martyr.

De pareilles scènes, renouvelées à chaque instant, étonnaient lb

hordes barbares. Quelquefois elles s’arrétaient autorw du prêtre in connu qui leur parlait de Dieu , et elles regardaient

secret semblait les attirer à ce signe de leur salut. Alors le missionnaire, sortant tout à coup de son embuscade et profitant de la sur}

prise des Barbares, les invitait à quitter une vie misérable pour jouit

des douceurs de la société.

* Quand les Jésuites se furent attaché quelques Indiens, ils eureif k

1 Lettres édifiantes, t. 8, p. 381.

: ciel que l'x| pôtre leur montrait ; quelquefois elles le fuyaient conime un encharteur, et se sentaient saisies d’une frayeur étrange : le religieux ls Ë suivait en leur tendant les mains au nom de Jésus-Christ. S'il ne à pouvait les arrêter, il plantait sa croix dans un lieu découvert, 4} s’allait cacher dans les bois. Les Sauvages s’approchaient peu à puÀ pour examiner l’étendard de paix élevé dans la solitude : un aimath

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