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, — De 1605 même lui
noncer la . Le père ent parmi » alors la Après un réformanheureux rêtrise, à rent, etil
la chaire, fs, œuvre le depuis ir la terre > la chré.
un quarans qu’ils qu’on leur on sur là rigoureu:
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dans des ss, et dans nte jours.
Les jeunes és au col- > marient, sans frais petite Anrer en ree un loge-
| son desy prépan nes expéfection de montrait os la plus utre motif t pu l'en-
Re ENNEMI AE our AE DR EU à
| instructions, entremêlées de petits épisodes,
à 650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 137
gager à se charger d’ne pareille mission. Lorsqu'il montait en chaire, il portait avec lui uae bible hébraïque, d’où il tirait les textes qu'il
traduisait ensuite en hébreu rabbinique et en italien, Il invitait alors les rabbins à examiner et à vérifier l'exactitude des citations et des traductions, et la justesse des conséquences qu'il tirait de ces passages. Nul mot offensant pour ses auditeurs ne lui échappa jamais. Ses: qui tout à la fois plaise terminaient d'ordinaire par une et elles produisirent beaucoup de
saient et soutenaient l'attention, exhortation vive et affectueuse, conversions.
Outre ses prédications apostoliques, qu'il fit entendre et devant le Pape, et à Mantoue, à Padoue, à Vérone et à Venise, le père Laurent
22 de Brindes enseigna la théologie sur un plan que suivirent plus tard ! en France le père . compagnie de Jésus. Il ne montra pas moins de talents et d'habileté } dans des fonctions d’un autre genre. Il fut successivement gardien
Thomassin de l'Oratoire et le père Pétau de la
de plusieurs maisons, provincial de Toscane et des États de Venise,
| enfin détiniteur général, en 1596, à l'âge de trente-neuf ans.
Sur ces entrefaites, Clément VIIL, qui, de concert avec l'empereur
… Rodolphelï, s’occupait de l'établissement des Capucins dans les États 2 impériaux de l'Allemagne et de la Bohême, jeta les yeux sur Laurent
pour l'exécution de cette affaire, Onze prêtres de son ordre et deux
N frères lais se mirent en route sous sa direction, et furent accueillis à
Vienne avec la plus grande distinction par l’archiduc Mathias, frère
L: de l'empereur. Ils éprouvèrent bien L} d'un petit nombre de courtisans qui
Li fondé dans la capitale de l'Autriche avec beaucoup de solennité. 3 eut plus d'obstacles pour établir le couvent de Prague, la Bohême, et moins pour celui de Gratz,
quelque opposition de la part étaient protestants; mais cela n'eut pas de suite, et le premier couvent de l'ordre en Allemagne fut Il y capitale de capitale de la Styrie.
L'empereur, ayant vu l’habileté du père Laurent, l’employa dans
Dune affaire bien différente et non moins difficile. Mahomet III, s'é-
tant avancé vers le Danube, annonçait le projet d'envahir la Hongrie, Rodolphe leva une armée et invita tous les princes de l'Allemagne, ant catholiques que protestants, à venir se joindre à lui pour la dé fense de la chrétienté. Mais, craignant que ses invitations ne fussent point assez efficaces, il leur envoya de plus le père Laurent. Le succs du pieux Capucin fut complet : tous lessecours demandés furent envoyés avec célérité, et l’archiduc Mathias fut choisi pour généralissime de l’armée chrétienne. Mais là ne se devait point terminer encore la mission du bienheureux Laurent : le Seigneur lui réservait un triomphe d’un autre genre. A la demande de Mathias, du nonce
138 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVIL, — De1ç0
et de plusieurs des princes confédérés, le Pape lui ordonna de % rendre à l’armée, afin de contribuer au succès de la campagne par ses conseils et par ses prières. Il obéit sans résistance. Sitôt qu'il fut arrivé, on rangea devant lui l’armée en bataille, Le saint religieux, la croix à la r' ,n, harangua les soldats et les assura formellement d'une victoire certaine ; ensuite il les prépara au combat par la prière et par la pénitence. Le jour de l'engagement, le chef des Turcs pré. senta quatre-vingt mille hommes en bataille rangée ; le général dx Chrétiens n’en avait que dix-huit mille. Frappés de cette différence, quelques officiers de l'empereur, même des plus intrépides, con. seillaient d'agir avec prudence et de se retirer dans l’intérieur du pays,
L'archiduc ayant appelé le père Laurent au conseil, il s’y rendit, pri RM
connaissance de l’objet de la délibération, opina pour l'attaque; et pour la seconde fois, il donna à l’assemblée l'assurance d'une victoir complète. Cette réponse ayant diminué les craintes, on résolut de commencer le combat sur-le-champ, et on rangea les soldats en h. Ba taille. Le père Laurent, à cheval, se plaça à la prernière ligne, revtt : ; de son habit religieux. Alors, élevant un crucifix qu’il tenait à h En
main, il se tourna vers les troupes et leur parla avec tant de fore, BA
qu’elles ne voulurent pas attendre l’attaque des Turcs. Sur-le-cham) BA elles s’élancèrent contre l'ennemi avec une valeur incroyable, La En
Turcs, de leur côté, les reçurent avec fermeté, et le choc fut terrible. ë
Le père Laurent fut un moment entouré par les infidèles ; mais ls EM colonels Rosbourg et Altain, accourus pour le défendre, l’arrachèrai En au péril et le conjurèrent de se retirer, lui disant que ce n’était pas sa place. Vous vous trompez, leur répondit-il à haute voix; c'est ii EM que je dois être : avançons, avançons, et la victoire est à nous! - 4
Les Chrétiens recommencent la charge, et l'ennemi, frappé de te ES
reur, s'enfuit dans toutes les directions. *
Cette bataille se donna le 44 octobre 1611. Une seconde eut lu ë le 44 du même mois, et fut suivie du même succès. Les Turcs s En retirèrent au delà du Danube, après avoir perdu trente milk # hommes. On ne saurait exprime: les sentiments d’admiration quek EM père Laurent avait inspirés aux généraux et aux soldats. Le duc a Mercœur, qui commandait sous l’archiduc, déclara que ce saint + Es ligieux avait plus fait lui seul dans cette guerre que toutes les troupé ï ensemble, et qu'après Dieu et la sainte Vierge, c'était à lui qu'il fl: lait attribuer les deux victoires remportées sur les ennemis du not a chrétien. Lors de la cérémonie de la béatification du père Laureïl à cet événement mémorable fut représenté dans un tableau placé as dessus de la principale porte du Vatican. Au-dessous, on lisait4E# lettres d’or une inscription latine, dont voici la traduction : « L'Âs Fa
à 1650 de l'ère €
triche se trou:
rent de Brind nemis du non
Revenu à F Laurent se mi sa dépendance France. Dans ses enfants et les anciens ui beaucoup de « manière parti ces deux vert:
Lui-même il 1 tait pas qu'on pour sa nourr était pour lui 1 triction et san tous ses religi tus, que tous
leur conférer,
les religieux 1 charges. » Lau ni de luxe mê travaux et les « pauvres et en entretenaient a tes, il trouva v que l'église éte ment, et prédi res, effrayés d délai; mais il] vent dût tomb que temps de] vaient à une
LL fondements EL
Le père La Pape, l'emper.
à prendre une tants de l’histo
La mort de J contestations t longées presqu
[E, — De1ç0;
nna de se pagne par jt qu'il fut ; religieux, mellement ir la prière Turcs pré.
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41650 de l'ère chr. | DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 139
triche se trouvant dans la plus grande détresse, le bienheureux Laurent de Brindes, la croix à la main, épouvante et met en fuite les ennemis du nom chrétien, »
Revenu à Rome et élu à l'unanimité général de son ordre, le père Laurent se mit à parcourir tous les pays où il existait des couvents de sa dépendance, le Milanais, la Flandre, l'Espagne, l'Allemagne et là France. Dans ses visites, il voulait, comme un bon père, voir tous ses enfants et connaître tous leurs besoins par lui-même. Il avait pour les anciens une grande considération, et montrait envers les jeunes beaucoup de douceur et d’indulgence. A tousil :ecommandait d’une manière particulière l'obéissance et l'humilité, regardant avec raison ces deux vertus comme les deux bases de la perfection religieuse. Lui-même il leur en donnait un exemple continuel ; car il ne permettait pas qu'on le traitât avec la moindre distinction, et ne voulait pour sa nourriture que la portion ordinaire du réfectoire. La règle était pour lui un supérieur auquel il se soumettait en tout, sans restiction et sans réserve. Ses pieuses recommandations inspirèrent à tous ses religieux un tel amour et une telle estime de ces deux vertus, que tous refusaient les distinctions et les charges qu’on voulait leur conférer, et l'on fut obligé d'insérer dans les constitutions « que les religieux ne se montreraient pas trop difficiles à accepter les charges. » Laurent ne souffrait point d’ornements dans les bâtiments, ni de luxe même dans les églises. Lorsqu'on lui représentait que les travaux et les embellissements que l’on pouvait faire nourrissaient les pauvres et encourageaient les artistes, !l répondait que ces travaux entretenaient aussi l’orgueil des propriétaires. Dans une de ses visites, il trouva un couvent de son ordre bâti magnifiquement, tandis que l'église était assez pauvre; il en témoigna tout son mécontentement, et prédit que le couvent tomberait bientôt en ruines. Les frères, effrayés de sa prédiction, voulaient abandonner la maison sans délai; mais il les rassura, en leur annonçant que, encore que le couvent dût tomber certainement, aucun d’eux ne serait blessé. A quelque temps de là, pendant que les reli;ieux de cette maison se trouvaient à une procession générale, l'édifice fut renversé jusqu'aux fondements; l’église seule fut épargnée et resta intacte.
Le père Laurent était à peine sorti de son généralat, lorsque le Pape, l'empereur et les princes catholiques d'Allemagne le forcèrent à prendre une part active dans un des événements les plus importants de l’histoire moderne.
La mort de Jean-Guillaume, dernier duc de Clèves, causa plusieurs contestations touchant sa succession, contestations qui se sont prolongées presque jusqu’à nos jours. Les princes protestants d’Allema-
140 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXX VI, De 1605
gne se servirent de ce prétexte pour s'assembler à Halle et former l'union protestante, destinée, ainsi qu'ils l’annonçaient, à défendre leurs libertés et leur religion. Ils choisirent pour leur président l'é. lecteur palatin, et le prince Christian d’Anbalt pour général en chef, L'électeur refusa de faire partie de cette ligue; mais Henri IV, roi de France, la favorisa. Pour s'opposer à cette coalition, les princes catholiques d'Allemagne formèrent une confédération dite {a Ligue catholique, et placèrent à leur tête le duc de Bavière, Mais il fallait contre-balancer la puissante influence du roi de France en faveur de l'union, et ils résolurent d'envoyer des ambassadeurs aux autres princes catholiques pour les engager à se joindre à la confédération, On voulait surtout s'attacher le roi d'Espagne, et cette importante mission fut confiée au père Laurent. Philippe IE, qui gouvernait alors ce royaume, était plein d'estime pour ce saint religieux qui lui était député. Il lui fit la réception la plus flatteuse, et se détermina facilement, d’après ses conseils, à entrer dans la ligue. Il fut convenu cependant que le duc de Bavière resterait à la tête des affaires. Cette disposition était juste; car la maison de Bavière a toujours été regardée comme un des principaux soutiens de la cause catholique en Allemagne, tant par l'influence politique que lui donnent ses vastes domaines que par son zèle et son attachement à religion, L'union et la ligue dont nous parlons subsistèrent jusqu’au traité de Westphalie, auquel elles servirent de bases.
Peu après, Laurent de Brindes fut envoyé par le Pape en qualité de nonce auprès du duc de Bavière. En 1617, il concilia un différend entre le duc de Savoie et le roi d’Espagne, d’où l’on avaità craindre une guerre générale. Au milieu de tant de voyages, d’occupations et d’affaires d’une si haute importance, il ne cessa pas un seul instant d’être le religieux le plus humble, le plus mortifié, le plus régulier. Les honneurs dont il était environné, la distraction continuelle que ses missions semblaient lui donner, tout cela ne l'empêéchait pas d’être intimement uni à Dieu, et de s’acquitter fidèlement de tous les exercices de piété qui étaient prescrits par s règle. Il ne laissa jamais passer un jour sans offrir le saint sacrifice de nos autels, pour lequel il avait une dévotion toute particulière, Lorsqu'il célébrait en public, il n’y mettait pas plus d’une demiheure; mais quand il le faisait en particulier, il s’abandonnait ax impressions de la grâce et de la joie intérieure qui dans ce momet remplissait son âme. Ses larmes coulaient en abondance, et souvent il restait à l'autel jusqu'à six et huit heures de temps. Après l'office
DD ER Te
à 1650 de l'ère «
tation. Il ava : monter à l’au remarquable.
permission de excepté les gr fêtes, il jeûnai La patience beaucoup de violence de la conservait le c ration, N’ome dans ses accès toujours de st L célébrer les sa Avec des vi | étonné que le : plus haut degr on allait en fou
© obtenir sa béné
| dinal Borromé
à Milan, ce prélal
} qui était préser } le troupeau.
Au dernier 1
- de sa mort pi
| pour y termine disposé autrem
Naples, et de 1à
voirs du vice-ro
© tait un méconte + de la manière] . duc d'Ossone.
fin de cette affai
" récompense de . senterie peu af * bonne, et, malg
que sa fin était
: monde s’inform »: de le perdre exc A mort, il fit veni
des matine , qui chez les Capucins est toujours à minuit, il ne & ri pagné, et il les }
couchait pas, mais il passait le reste de la nuit en prière et en méi-
du général des
et former \ défendre sident l'é.
al en chef, nri EV, roi es princes à la Ligue is il fallait faveur de iux autres édération, mportante ouvernait igieux qui se déterque. Il fut ête des afère a toue la cause à lui donment à la jusqu'au
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litter fidè-
on avaità D ges, d'oc ssa pas un Du ortifié, le di distraction Bu it cela ne Bu
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, en médi-
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 141
tation. Il avait l'habitude de se confesser tous les jours avant de monter à l'autel, Sa dévotion envers la sainte Vierge fut aussi trèsremarquable. Les papes Clément VIII et Paul V lui accordèrent la permission de dire la messe votive en son honneur tous les jours,
fêtes, il jeûnait dans la même intention.
La patience du bienheureux Laurent était admirable. 1 souftrit beaucoup de la goutte, mais il souffrit en silence; et tandis que la : violence de la douleur couvrait son front d’une sueur abondante, il conservait le calme et la sérénité de son âme, sans la moindre altération. N’omettons pas de rapporter ici un fait constant : c'est que, dans ses accès de goutte les plus forts et les plus durables, il cessa toujours de souffrir pendant tout le temps qu’il était à l'autel pour | célébrer les saints mystères.
Avec des vertus si héroïques et si éclatantes, il ne faut pas être
4 étonné que le saint religieux ait joui de la vénération publique au
plus haut degré. Dès qu’on savait qu'il devait arriver quelque part, on allait en foule à sa rencontre, et l'on se prosternait devant lui pour obtenir sa bénédiction. Un jour qu’il était allé rendre visite au cardinal Borromée, frère et successeur de saint Charles sur le siége de
À Milan, ce prélat se jeta lui-même à ses pieds avec une foule de peuple
2 qui était présent, et lui demanda avec instance de bénir le pasteur et … le troupeau.
Au dernier retour du père Laurent à Rome, il eut une révélation
de sa mort prochaine, et il voulut se retirer à Brindes, sa patrie,
| pour y terminer paisiblement sa sainte carrière ; mais Dieu en avait disposé autrement. Un ordre du Pape le fit partir de nouveau pour
. Naples, et de 1à pour l'Espagne, afin d'obtenir la révocation des pou-
voirs du vice-roi, dont le gouvernement tyrannique et arbitraire exci-
{ tait un mécontentement universel parmi la noblesse, Le roi le reçut à de la manière la plus honorable et la plus distinguée « duc d'Ossone. Mais le bienheureux ne devait pas voir lui-même Ja
» et révoqua le
2 fin de cette affaire, et le temps était arrivé pour lui d’aller recevoir la + récompense de ses longs et glorieux travaux. I] fut attaqué de la dys- . senterie peu après son arrivée au château de Bélem, près de Lis- 2 bonne, et, malgré les assurances contraires des médecins, il annonça
: que sa fin était prochaine. Le roi, les princes et la noblesse, tout je
« monde s’informait avec intérêt des progrès de sa maladie : la crainte + de le perdre excitait une affliction générale. Le jour qui précéda sa DA mort, il fit venir auprès de lui deux religieux qui l'avaient accom- LA pegné, et il les pria d'aller, après sa mort, se prosterner aux pieds = du général des Capucins, pour iui demander pardon de toutes les
excepté les grandes solennités, Tous les samedis et la veille de ses
142 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VII. — De 1605
fautes qu'il avait commises, et le recommander à ses prières. Le lendemain, vingt-deux juillet 1619, il mourut, en répétant jusqu’au dernier soupir le saint nom de Jésus.
Lorsque le duc de Bavière apprit sa mort, il s’écria : J’ai perdu l’homme le plus capable de me donner de bons conseils, le plus sage directeur et l’ami le plus vrai que j'aie jamais eu. — La réputation de sainteté dont jouissait le père Laurent était si universelle et si bien établie, qu’aussitôt après sa mort on s’adressa au Saint-Siége pour obtenir sa canonisation. Le procès fut en effet commencé dès l’année 1624, par ordre d’Urbain Vill; mais il y eut ensuite une grande interruption, et le décret de béatification ne fut publié que le premier juin 4783, par le pape Pie VI. Ce décret rapporte un grand nombre de miracles authentiques opérés par le bienheureux Laurent, pendant sa vie et après sa mort. — On a de lui neuf ouvrages qui sont restés en manuscrits. Ce sont des sermons, des dissertations contre Luther, et une explication de la Genèse !.
Vers le temps où mourut le bienheureux Laurent de Brindes, en Portugal, une région du Nord, la Lithuanie, eut son martyr, saint Josaphat, archevêque de Poloczk. C'était un moine de Saint-Basile. On le plaça sur le siége de Poloczk, en Lithuanie, sur les frontières de la Moscovie. Cette église suivait le rite grec. Josapnat employ tous les moyens que son zèle put lui inspirer pour réunir les schismatiques à l’Église romaine. Mais il n’eut pas tout le succès qu'il avait lieu d’espérer ; il lui en coûta même la vie, et les schismatiques le massacrèrent le 42 novembre 1623. La congrégation des rites déclara par un décret, en 1642, que son martyre était évidemment prouvé, et sa sainteté confirmée par plusieurs miracles. Urbain VII approuva un office et une messe en son honneur, pour tous les moines de l’ordre de Saint-Basile et pour toutes les églises du diocèse de Poloczk ?.
Ainsi, pendant que l’hérésie allait répétant par le monde que l'É glise de Dieu était morte, cette Église s: montrait vivante et féconde en saints par toute la terre, dans les Indes, au Japon, à la Chine, dans le Nouveau-Monde, en Espagne, en Italie, en Allemagne, « Pologne. C'est comme une nouvelle effusion de cet Esprit de vérité et de charité, qui est toujours avec l'Église et qui a inspiré les décret du concile de Trente. La France même, où depuis deux siècles, le quinzième et le seizième, nous n’avons vu canoniser qu'une seule personne, sainte Jeanne de Valois, la France, plus docile à l’Esprit-
Saint, deviendra de nouveau une terre de bénédiction pour le ciel
1 Godescard, 7 juillet, — ® Ibid,, 12 novembre.
à 1650 de l’ère
2 Nous y voyon
français par l’
à les, sainte Ch:
Marie; saint \
| misères, avec à sœurs de char » Cévennes ; la À Carmélites ver …'rier, avec sa … jeunes filles. \ ! seizième et au
| pour le mome | par le même e
[I —De 1605
rières, Le t jusqu'au
J'ai perdu > plus sage réputation e et si bien Siége pour é dès l’anane grande le premier nd nombre rent, penes qui sont ions contre
Brindes, en artyr, saint int-Basile, s frontières at employa r les schissuccès qu'il aismatiques es rites dévidemment Urbain VIII s.les moines
diocèse de
de que l'É:
à et féconde à la Chine, emagne, el rit de vérité 6 les décrets x siècles, le u’une seule > à l'Esprit- Jour le ciel
à Nous y voyons fleurir en même temps saint François de Sales, si
français par l'esprit, la langue et le cœur ; avec saint François de Sa-
| les, sainte Chantal de Dijon, et leur pieuse congrégation de Sainte-
Marie; saint Vincent de Paul, l’apôtre et le consolateur de toutes les
| misères, avec ses deux congrégations, de prêtres apostoliques et de } sœurs de charité ; saint François Regis, l’apôtre du Vivarais et des : | Cévennes ; la bienheureuse Marie de l’Incarnation , avec les ferventes | Carmélites venues d’Espagne en France ; le bienheureux Pierre Four- - rier, avec sa congrégation de Notre-Dame pour l'éducation des à jeunes filles. Voilà ce que nous voyons fleurie en France à la fin du - seizième et au commencement du dix-septième siècle, sans énumérer D pour le moment d’autres œuvres et d’autres personnages, inspirés D par le même esprit de Dieu et de l'Église,
144 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII, — De 1605
8 IIIe.
SAINTS PERSONNAGES ET SAINTES ŒUVRES EN FRANCE, PARTICULIÈRE- MENT EN SAVOIE, EN LORRAINE ET EN BRETAGNE. — SAINT FRAN- ÇOiS DE SALES.
François de Sales, si connu et si aimé de tout le monde, naquit le 21 août 1567, au château de Sales, à trois lieues d'Annecy. Il eut pour père, François, comte de Sales, et pour mère, Françoise de Sionas, tous deux d'une naissance illustre, mais beaucoup moins re: commandables encore par la noblesse de leur sang que par la piété dont ils faisaient profession. Dès les premiers mois de sa grossesse, la comtesse de Sales offrit au Seigneur l'enfant qu’elle portait, ke priant, avec les sentiments de la dévotion la plus tendre, de le préserver de la corruption du siècle et de la priver plutôt du plaisir de se voir mère que de permettre qu’elle mît au monde un enfant qu fût assez malheureux pour devenir un jour son ennemi par le péché,
François vint au monde à sept mois, malgré toutes les précautions qu'avait pu prendre sa mère ; ce qui fit que dans ses premières années il fut extrêmement faible. On eut beaucoup de peine à l'é. lever, et les médecins désespérèrent plus d’une fois de sa vie. ] échappa cependant aux dangers de l’enfance et devint grand et vobuste. On uccouvrit en lui, à mesure que les traits de son visages formèrent, une beauté et des charmes qui ne permettaient pas qu'on le vit sans l'aimer. A ces dehors si avantageux, il alliait un naturd excellent, une grande pénétration d'esprit, une modestie rare, un douceur singulière et une soumission absolue à ses parents et à ss
maitres.
La comtesse, infiniment attentive à éloigner de son fils tout ce qu avait même l’apparence du vice, ne le perdait point de vue. Elle k menait à l’église, et lui inspirait un profond respect pour la maisol de Dieu et pour toutes les choses de la religion; elle lui lisait la vk des saints, et joignait à cette lecture des réflexions qui étaient à a portée. Elle voulut même qu'il l’accompagnât lorsqu'elle faisait l visite des pauvres ; qu'il leur rendit les petits services dont il éll capable et qu’il fût le distributeur de ses aumônes. Le jeune enfail répondit parfaitement aux soins que sa vertueuse mère prenait dek
à 1650 de l’ère «
former aux ex
un recueillem
aimait tendre:
+ donner, il soll ilse retrancha 2 Sa sincérité av … lui arrivait de | mait mieux êtr … La comtesse Ai dans les écoles Ni son fils et qu’c PA yeux les lettres } ne contribue p 2: fut d'un avis di
BA positions dont
six ans, fut env >: celui d'Annecy.
D son âge. Il joig:
lente, à une cor M de ses maîtres par d'autres ex son amour pou D Dans la distrib:
. valles pour nou par celle de la v Li firent juger au ç Lltemps à Annecy y achever ses ét:
La comtesse, de zèle pour l’af l'amour de Dieu qui y portent, El he avait coutunr ous voir mort péché mortel. »
sous la conduite et sa philosophie Dn l'envoya ensu al, à faire des ai
hviolable d'exécr XXV,
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 145
former aux exercices de la piété chrétienne, Il faisait ses Prières avec un recueillement et une dévotion qui n'étaient point de son âge. Il aimait tendrement les pauvres, et quand il n’avait plus rien à leur donner, il sollicitait en leur faveur la libéralité de tous ses parents ; Nil se retranchait même une partie de sa nourriture pour les assister. | Sa sincérité avait quelque chose d’extraordinaire ; toutes les fois qu’il À lui arrivait de tomber dans ces fautes ordinaires aux enfants, il ai- M mait mieux être châtié que d'éviter le châtiment par un mensonge. 4 La comtesse de Sales, qui appréhendait les dangers si communs dans les écoles publiques, eût bien voulu qu'on n’y envoyât point À son fils et qu’on prit des maîtres capables de lui enseigner sous ses yeux les lettres humaines ; mais le comte, qui savait que l’émulation ne contribue pas peu à faire avancer les enfants dans les sciences, fut d’un avis différent, et se persuada que Dieu conserverait des dispositions dont il était l’auteur. Le jeune comte, n’ayant encore que six ans, fut envoyé au collége de la Roche, d’où il passa ensuite à 2 celui d'Annecy. Ses progrès le distinguèrent bientôt entre ceux de DD son âge. Il joignait la plus grande application à une mémoire excel- D! lente, à une conception vive, à un jugement solide ; aussi les leçons ») deses maîtres ne suffisaient-elles pas pour l’occuper, il y suppléait M par d'autres exercices propres à étendre ses connaissances: mais “son amour pour l'étude ne prenait rien sur les devoirs de la piété.
ICULIÈRE- [NT FRAN-
de, naquit ecy. Il eut ançoise de moinsre | ar la piété grossesse, portait, le de le pré- | plaisir de enfant qui r le péché.
ès précau- DA Dans la distribution de ses moments, il savait ménager des interpremière {dalles pour nourrir son cœur par la lecture des bons livres, surtout
eine L/par celle de la vie des saints. Des dispositions si rares dans un enfant sa vie,
jt
{rent juger au comte de Sales que son fils perdrait désormais son temps à Annecy ; il résolut donc, en 1578, de l'envoyer à Paris pour y achever ses études. François avait alors onze ans.
} La comtesse, qui allait perdre son fils pour longtemps, redoubla “de zèle pour l’affermir dans la vertu ; elle lui recommandait surtout ‘amour de Dieu et de la prière, la fuite du péché et des occasions jqui y portent, Elle lui rénétait souvent ces paroles que la reine Blan- {che avait coutume de dire à saint Louis : « Mon fils, j’aimerais mieux ous voir mort que d'apprendre que vous eussiez commis un seul Hpéché mortel. » Le jour fixé pour son départ, il se rendit à Paris,
sous la conduite d’un prêtre habile et vertueux. Il fit sa rhétorique 1 sa philosophie au collége des Jésuites avec le plus brillant succès ;
n l'envoya ensuite à l'académie, afin qu'il apprit à monter à che-
al, à faire des armes, à danser, et généralement tout ce qu'un gen-
Jiliomme de sa qualité ne pouvait ignorer. Îl ne se sentait aucun
S0ùt pour ces différents exercices ; Mais, parce qu'il se faisait une loi
Auviolable d'exécuter la volonté de ses parents, il ne laissa pas d'y XXV, 10
and et ron visage se L pas qu'on un naturel à rare, Une ts et à ses
tout ce qu rue. Elle le r la maiso lisait la vie étaient à le faisait l lont il étal une enfal renait de le
146 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1605
sussir et d'acquérir cet air aisé qu’il conserva toujoprs depuis. Cat F ne ps appliquait que par manière de divertissement, il ultiva toujours ses premières études, et apprit encore l'hébreu, le grec et la théologie positive sous Génébrard et sous le père Maldonat, Jésuite. qui sad es s Paris avec beaucoup de répuion. Six ans se passèrent de la sorte. ou
be terres les études dont nous venons de parler ne faisaient pas la seule occupation de François ; il donnait une partie considérable de son temps aux exercices de piété, atin d'animer toutes ses actions d’un esprit de christianisme. Soni plus grand plaisir ae de tire et de méditer l'Écriture sainte ; après ce livre divin, il n yen avait point dont la lecture le charmât plus que celle du Combat ie rituel, qu’il portait toujours sur lui. Il cherchait la compagnie des personnes vertueuses, et se plaisait surtout à celle du père Ange de Joyeuse, qui, de duc et de maréchal de France, 8 était fait Capucin, Les entretiens de ce saint homme sur la nécessité de la mortification portèrent le jeune comte à ajouter à ses dévotions ordinaires celle de porter le cilice trois fois la semaine. Il fit en même temps le vœu de chasteté perpétuelle dans l’église de Saint-Étienne-des-Grés, où il allait souvent prier, parce que c'était un lieu retiré et éloigné du turaulte ; ilse mit ensuite sous la protection particulière de la sainte Vierge, qu’il pria d’être son avocate auprès de Dieu, et de lui obtenir la grâce de la continence.
Mais le moment que Dieu avait marqué pour éprouver son serviteur arriva. D’épaisses ténèbres se répandirent sur son esprit, une agitation violente prit la place de cette paix profonde dont il aval joui jusqu'alors ; il tomba dans une sécheresse et une mélancolie désespérantes ; enfin, il se persuada que le Dieu qu il aimait tant l'avait mis au nombre des réprouvés. Cette affreuse idée le jeta dans des frayeurs qui ne peuvent être connues que de ceux qui ont eu la même tentation, Il passait les jours et les nuits à pleurer etàse plaindre. Une jaunisse universelle se répandit sur SON COFPS; i ne pouvait plus ni manger, ni boire, ni dormir. Son précepteur, qi l'aimait avec tendresse, était d’autant plus affligé de l'état où il le voyait réduit, qu’il en cherchait inutilement la cause. Mais Dieu fi enfin succéder le calme à l'orage. François étant retourné à 1 église de Saint-Étienne-des-Grés, sentit ranimer sa confiance à la vue d un ta bleau de la sainte Vierge. Il se : “»sterna devant la mère de Die et, se reconnaissant indigne de s'adresser directement au Père de toute consolation, il la conjura d’intercéder en sa faveur, et de hi obtenir au moins la grâce d'aimer de tout son cœur, sur la terre, 1 Dieu qu’il aurait le malheur de haïr éternellement après sa mort.
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prière était à peine achevée, que le trouble disparut ; il lui sembla % qu'on lui ôtait un poids accablant de dessus le cœur, et il recouvra Éd aussitôt la tranquillité dont il jouissait auparavant. a François, ayant achevé ses études académiques à l’âge de dix-sept ans, fut rappelé par son père, qui, en 1584, l’envoya étudier en droit … à Padoue sous le célèbre Gui Pancirole, Il s’attacha dans cette ville À au père Antoine Possevin, qu'il chargea du soin de diriger sa con- ! science et ses études théologiques. Ce pieux et savant Jésuite lui expliquait la Somme de saint Thomas, et lisait avec lui les controverses du cardinal Bellarmin; mais il cherchait bien moins à le rendre savant qu’à l’affermir dans les voies de la perfection où il marchait déjà à grands pas. François se fit un règlement de vie, qui nous a été conservé par son neveu ; et on y remarque, entre autres cho qu'ilse tenait toujours en la présence de D
de lui plaire, et qu’il implorait le seco ment de chacune de ses actions.
ses, ieu, qu’il faisait tout en vue urs de sa grâce au commence:
Il sut conserver une chasteté inviolable au milieu de la Corruption qui régnait à Padoue. Les piéges que les libertins tendirent à son innocence ne servirent qu’à multiplier ses triomphes et à faire éclater la fidélité qu’il avait vouée au Seigneur.
Une maladie dangereuse, dont il fut attaqué dans la mé lui fournit l’occasion de montrer combien il était détaché d et soumis aux décrets de la divine Providence. On appela 1 cins les plus habiles, qui, après avoir épuisé inutilement toutes les - ressources de leur art, déclarèrent que le jeune comte ne pouvait : guérir. Lui seul ne fut point alarmé de son état; il attendait avec ré- À signation, et même avec joie, le moment où son âme, affranchie des
liens du corps, irait s’abimer dans le sein de la Divinité. Son précep- « teur, accablé de la douleur la plus amère, lui demanda, tout baigné : de larmes, ce qu’il voulait qu’on fit de son Corps après sa mort. © «Qu'on le donne, dit-il, aux écoliers de médecine, ponr être dissé-
: qué. Je m'estimerai heureux si, après avoir été inutile pendant ma À vie, je suis de quelque utilité après ma mort; par là j'empécherai
encore quelques-unes des disputes qui s'élèvent entre les étudiants en médecine et les parents des morts qu'ils déterrent. » Mais Dieu, D qui avait ses desseins sur son serviteur, lui rendit la santé contre DA toute espérance, et le mit bientôt en état de reprendre ses études. = Son cours achevé, il reçut le bonnet de docteur, après s'être tiré des 1 épreuves ordinaires avec une supériorité de talent qui le fit admirer D de tout ce qu’il y avait de savants à Padoue.
Pendant que le jeune comte, qui avait alors vingt-quatre ans, se
LA D'éparait à retourner dans sa famille, il reçut une lettre de son père,
me ville, u monde es méde-
148 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVIL — De 1605
par laquelle it lui était ordonné de faire le voyage d'Italie. Il partit donc pour Ferrare, d’où il se rendit à Rome. Lorsqu'il se vit dans cette ville, son premier soin fut de visiter les saints lieux. Attendrià la vue du tombeau des martyrs, il ne pouvait retenir ses larmes. Les débris de la magnificence de l’ancienne Rome lui rappelaient le néant des grandeurs humaines, et resserraient de plus en plus les liens sacrés qui l’attachaient à Dieu. De Rome, il alla à Notre-Dame-de-Lorette, après quoi il parcourut les plus célèbres villes d'Italie. Enfin, son voyage étant achevé, il reprit la route de sa patrie. Toute sa fa mille le reçut avec les plus grandes démonstrations de joie; elle fondait sur lui les plus belles espérances, en le voyant réunir dans le degré le plus éminent toutes les qualités de l'esprit et du cœur. En effet, le jeune comte charmait tous ceux qui le voyaient. Claude de Granier, évêque de Genève, et Antoine Faure ou Fabre, qui fut depuis premier président du sénat de Chambéry, ne l’eurent pas plus tôt connu, qu'ils conçurent pour lui les sentiments de l'estime et de l'amitié les plus sincères; et, quoique notre saint ne füt encore que laïque, l’évêque: le consultait, même sur des affaires ecclésiastiques.
Comme François était l’aîné de sa famille, son père lui avait ménagé un riche parti, et lui avait obtenu du duc de Savoie les provisions d’une charge de conseiller au sénat de Chambéry; mais il refusa l'un et l’autre, sans oser cependant déclarer le dessein qu'il avait d'entrer dans l’état ecclésiastique; il s’en ouvrit seulement à son précepteur, et le pria d’en conférer avec son père. Le maître ne voulut point se charger d’une mission aussi délicate ; il employa même tout le crédit qu'il avait sur l'esprit de son élève pour lui faire quitter une telle résolution. François s’adressa donc à Louis de Sales, son cousin, chanoine de la cathédrale de Genève, pour avoir le consentement de son père; il le mit si bien dans ses intérêts, qu'il réussit, mais après de grandes difficultés.
La prévôté de l'église de Genève étant alors vacante, Louis de Sales la demanda au Pape pour son parent, et l’obtint. Le jeune comte, qui avait entièrement ignoré les démarches de son cousin, reçut avec une grande surprise la nouvelle de sa nomination à cetle dignité; il protesta qu'il ne l’accepterait pas, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu’on put le déterminer à prendre possession. l
n'eut pas plus tôt recu le diaconat, que son évêque le chargea du ministère de la parole. Ses premiers sermons lui attirèrent beatcoup de réputation et produisirent les plus grands fruits. Effectivement, il possédait toutes les qualités requises pour réussir en € genre : il avait l'air grave et modeste, la voix forte et agréable, l'ac-
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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 149
tion vive et animée, mais sans faste ni ostentation 3 il parlait avec une onction qui faisait bien voir qu’il donnait aux autres de l'abondance et de la plénitude de son cœur. Avant de précher, il avait soin de se renouveler devant Dieu par des gémissements secrets et des prières ferventes. Il étudiait au pied du crucifix encore plus que dans les livres, persuadé qu’un prédicateur ne saurait faire du fruit s’il n’est homme d’oraison.
Quand il vit approcher le jour où il allait être élevé au sacerdoce, il s'y prépara avec une ferveur toute céleste ; aussi reçut-il, avec l'imposition des mains, la plénitude de l'esprit sacerdotal. Il se fit un devoir d'offrir tous les jours le saint sacrifice de la messe, et le faisait avec une piété vraiment angélique. On se sentait pénétré de la plus tendre dévotion en le voyant à l'autel ; ses yeux et son visage s’enflammaient visiblement, tant était grande l’activité du feu divin qui embrasait son cœur. Après la messe, qu’il avait coutume de dire de grand matin, il entendait les confessions de toutes les personnes qui se présentaient. Il aimait à parcourir les villages, pour instruire celte portion du troupeau de Jésus-Christ qui vit d'ordinaire dans une profonde ignorance de ses devoirs ; sa piété, son désintéressemont, sa charité pour les malades et pour les pauvres le faisaient chérir dans tous les lieux où il passait, et lui attiraient la confiance du peuple. Ces pauvres villagecis, dont la grossièreté rebute les âmes communes, il les regardait comme ses enfants ; il vivait avec eux comme leur père ; il compatissait à leurs besoins, et se faisait tout à tous. Mais rien ne lui gagnait les cœurs comme sa douceur inaltérable. Il était né vif et colère. A force d'étudier la douceur à l'école de Jésus-Christ, il devint le plus doux des hommes. Le remède le plus souverain que je connaisse contre les émotions subites d'impatience, dit-il, est un silence doux et sans fiel. Quelque peu de
: paroles que l’on dise, l’amour-propre s’y glisse » til échappe des
choses qui jettent le cœur dans l’amertume pour vingt-quatre heures. Lorsqu'on ne dit mot, et qu'on sourit de bon cœur, l’crage passe ; on élonne la colère et l’indiscrétion , et l'on goûte une joie pure et
+ durable. C'est particulièrement par cette douceur surnaturelle qu'il . convertit soixante-douze mille hérétiques.
Un an après qu’ii eut été ordonné prêtre , il érigea dans Annecy
| la confrérie de la Croix. Les confrères s'engageaient à instruire les
ignorants, à consoler les malades et les prisonniers, à éviter tous les procès. Un ministre calviniste en prit occasion d’écrire un libelle,
} Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, contre l'honneur que les catho- 2 liques rendent à la croix. François de Sales le réfuta par le premier
de ses ouvrages, l'Étendard de la croix, divisé en quatre livres :
450 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL. — De1605
De l'honneur et vertu de la croix, De l’honneur et vertu de l'image dela croix, De l'honneur et vertu du signe de la croix, De la qualité de l'honneur que l’on doit à la croix. Voicicomme il termine l’ouvrege :
« Entre tous les novateurs et réformateurs, il n’en a point été, à mon avis, de si âpre, si bargneux et implacable que Jean Calvin. Il n’y en a point qui ait contredit à la sainte Église avec tant de véhémence et chagrin que celui-là, ni qui en ait recherché plus curieusement les occasions, et surtout touchant le point des images. C'est pourquoi, ayant rencontré en ses commentaires sur Josué , une grande et claire confession en faveur du juste usage des images, je l'ai voulu mettre en ce bout de livre, afin qu’on connaisse combien la vérité de la créance catholique est puissante, qui s'est échappée et levée des mains de ce grand et violent ennemi, qui la détenait en injustice. »
Le sujet du commentaire de Calvin est l'autel que les tribus de Ruben et de Gad, et la demi-tribu de Manassé, retournant en leur pays au delà du Jourdain, bâtirent sur le bord de ce fleuve, non pour y offrir des holoceustes, mais comme un monument de leur communion religieuse avec les autres tribus et de leur droit à l’autel unique de l'Éternel, dont celui-ci n’était qu’un souvenir et une ressemblance. Les dix tribus, craignant que ce ne füt dans un esprit de schisme, leur firent des représentations par des députés; mais, ayant su leurs bonnes intentions, ils s’apaisèrent et louèrent Dieu. Or, sur l’excuse des deux tribus et demie, Calvin fait ce commentaire : « Néanmoins si semble-t-il qu’il y a eu encore quelque faute en eux, à cause que la loi défend de dresser des statues de quelque façon qu'elles soient; mais l’excuse est facile, que la loi ne défend nulles images, sinon celles qui servent de représenter Dieu. Cependant d'élever un monceau de pierres, en signe de trophée, ou pour témoignage d'u miracle qui aura été fait, ou pour réduire en mémoire quelque bénéfice de Dieu excellent, la loi ne l’a jamais défendu en passage quelconque ; autrement, et Josué, et plusieurs saints, juges et rois, qui sont venus après lui, se fussent souillés en une nouveauté prophane. »
Saint François de Sales, ayant observé que ce commentaire de Calvin est le dernier de ses ouvrages , en tire les conclusions sui: vantes, qui terminent le sien :
« Donc les deux tribus et demie d’une part furent recherchés comme suspectes de schisme, à cause de la ressemblance de laut de la loi qu’elles avaient érigé ; et nous de l’autre côté sommes chargé d’idolâtrie et accusés de superstition, pour les images de l'autel de la croix, que nous dressons et élevons partout.