‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 35 sur 121 · PE FM · texte numérisé non relu

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 151

« Les accusations sont presque semblables. Mais, I. Les accusés et accusateurs, de part et d'autre, sont extrêmement différents ; car les accusateurs des deux tribus et demie, ce furent les dix tribus d'Israël, lesquelles, à l'égard des deux et demie, étaient : 4e Le gros etle corps de l'Église; les deux et demie n’en étaient qu’un membre et portion. 2 Les dix étaient en vraie possession du tabernacle et autel ; les deux et demie n'en avaient que la communication. 3 Les tribus avaient en elles, et de leur côté, la chaire de Moïse, la dignité sacerdotale, l'autorité pastorale, la succession aaronique ; les deux et demie n'étaient qu'un simple peuple, et parcelle de la bergerie. Tout cela était un grand droit apparent et solide aux tribus, pour entreprendre la correction du fait des deux tribus et demie, lesquelles, en multitude, dignité et prérogative, leur étaient de tout inférieures.

« Mais si nous considérons notre conaition, de nous qui sommes catholiques, et celle des novateurs qui nous accusent si âprement, nous verrons que tout y va à contre-poids. Les catholiques qui sont les accusés, sont : 40 La tige et le corps de l'Église ; les novateurs ne sont que branches taillées et membres retranchés. 2° Les catholiques sont en ferme et indubitable possession du titre de vraie Église, tabernacle de Dieu avec les hommes, autel sur lequel seul l'odeur de suavité est agréable à Dieu ; les novateurs qui ne font que naître de terre, comme potirons, n’en ont qu'une vaine et fade usurpation. 3 Les catholiques ont en eux et à leur faveur la chaire de saint Pierre, la dignité sacerdotale, l'autorité pastorale, la succession apostolique : leurs accusateurs sont nouveaux venus, sans autre chaire que celle qu'ils se sont faite eux-mêmes, sans aucune dignité sacerdotale, sans autorité pastorale, sans aucun droit de succession, ambassadeurs sans être envoyés, délégués sans délégation, messagers sans mission, enfants sans père, exécuteurs sans commission, Ce sont des points qui rendent non-seulement suspecte, mais convaincue d'attentat, toute la procédure des censures que les réformateurs font contre nous qui sommes catholiques, auxquels ils sont inférieurs en tant et tant de façons, et si notoirement.

« IL Il y a encore une autre différence entre le sujet de l’accusation faite contre les deux tribus et demie, par le reste d'Israël, et celle que les novateurs font contre nous, laquelle est bien remarquable. L'’érection des remembrances et similitudes servit d'occasion à l'une et à l’autre accusation : à l’une, l'érection de la similitude de l'autel de la loi ; à l’autre, l'élévation de la remembrance de l'autel de la croix. Mais il y a cela à dire entre l’une et l’autre érection, que l'érection de la similitude de l'autel de la loi était une œuvre

152 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL. — De1605

notoirement nouvelle, qui partant méritait bien d’être considérée, comme elle fut, avec un peu de soupçon, et que l'approbation d'icelle fût précédée d’un bon examen. Mais l'érection de la similitude de l'autel de la croix, pratiquée de tout temps en l'Église, portait, par son antiquité, une autre exemption de toute censure et accusation,

« IL. De plus, il y eut encore une grande différence en la manière de procéder en l'accusation. 4° Les dix tribus, quoique supérieures aux deux et demie, ne se ruent pas de première volée à la guerre, mais envoient premièrement une honorable légation aux accusés, pour savoir leur intention touchant l'édification de leur autel nouveau ; et à cet effet, 20 ils emploient l'autorité sacrée de leur grand prêtre et pasteur, et la civile de leurs principaux chefs ; 3° ne demandent pas absolument que l'autel, dont il était question, fût rasé et renversé, mais simplement que les deux tribus et demie, en édifiant un autre autel, ne fissent aucun schisme ou division en a religion ; 4e et n’allèguent point d'autre auteur de leur correction que l'Église : Voici ce que dit toute la congrégation de l'Éternel!, 0 sainte et saine procédure !

« Tout au contraire, les réformateurs qui sont nos accusateurs, quoique notoirement inférieurs, 4° se sont. de plein saut jetés aux foudres, tempêtes et grêles de calomnies, injures, reproches, diffamations, et ont armé leurs langues et leurs plumes de tous leurs plus poignants traits qu’ils ont su rencontrer entre les dépouilles de tous les anciens ennemis de l’Église, et tout aussitôt les ont dardés avec telle frrie, que nous serions déjà perdus si la vérité divine ne nous eût tenus à couvert sous son impénétrable écu. Je laisse à part la guerre temporelle suscitée par ces évangélistes empistolés partout où ils ont eu accès. 2° Et à leur prétendue réformation n’oni employé que la profane audace des brebis contre leurs pasteurs, des sujets contre leurs supérieurs, et le mépris de l'autorité du grand prêtre évangélique , lieutenant de Jésus-Christ. 3° Renversant, brisant et rompant de leur propre autorité les croix dressées, sans autre examen de la droite prétention, ni du droit prétendu de ceux qui les avaient élevées. 4 Contre le manifeste consentement de toute l’Église, cortredisant ouvertement à toute la congrégation de l'Éternel, aux conc! :s généraux, au perpétuel usage des Chrétiens.

« Ces si grandes différences entre nos accusateurs, leur sujet et manière de procéder d’une part, et les accusateurs, ou plutôt correcteurs des deux tribus et demie, leur sujet et manière de procéder

1 Josué, 22, 16.

à 1650 de l’èro

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— De1605

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à 1650 de l'èro chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 153

d'autre part, présupposent une autre quatrième différence, et en produisent une cinquième.

« IV. Elles présupposent une grande différence dans l'intention des uns et des autres, et les dix tribus n'avaient autre projet que d'empêcher le schisme et la division ; ce fut la charité qui les poussa à cet oflice de correction. Qui pourra assez louer le zèle qu'ils font paroitre en l'offre qu'ils font à ceux qu'ils veulent corriger ? « Que si la terre de votre possession est immonde, passez en la terre de la possession de l'Éternel, en laquelle le tabernacle a sa résidence, et ayez Vs possessions entre nous, etc, 1, » C’est une offre digne de la À congrégation de Dieu.

N «Au contraire, toutes les poursuites des réformateurs contre nous & ne respirent que sédition, haine et division; leurs offres ne sont que | de leur quitter le gouvernement de l'Église, les laisser régenter et | maitriser, passer sous le bon plaisir de leur constitution; et quant : au point particulier dont il est question, ils ont fait voir clairement À. qu'ils n’ont été portés d'autre affection au brisement et destruction … des croix de pierre et de bois que pour ravir celles d'or et d'argent, Û renversant l'ancienne discipline chrétienne, qui ne donne prix à À la croix que pour la figure, puisqu'ils ne la prisent que pour la À matière, ! «Mais enfin que s'est-il ensuivi de tant de diversités ? Certes, ce À qu'on en devait attendre. De différentes causes différents effets. Les D dix tribus, lesquelles par tant de prérogatives et raisons avaient le D. droit de correction, n’eurent pas sitôt oui la déclaration de l’intention des deux tribus et demie, qu’ils la reçoivent amiablement, et, 2 sans presser d'aucune réplique ni recharge la réponse et excuse des L accusés, se reposent tout entièrement sur leur parole. La charité les … pousse également à se formaliser sur l'érection de l'autel nouveau, M et à recevoir l'excuse de ceux qui l’avaient érigé; le cas néanmoins …. (lait extrémement chatouilleux en fait de religion. La séparation des ; abitations rendait le soupçon du schisme fort juste. Mais la charité ô el toute patiente, elle est bénigne, elle ne pense point au mal, elle ne se plait point sur l'iniquité, mais se complait à la vérité, elle croit out, elle espère tout 2.

QAu rebours, l’Église catholique, avec tant de signalés avantages tde si claires marques de son autorité et sainteté, ne peut trouver =‘ucune excuse si sacrée, ni faire aucune si solennelle justification de

Lion dessein, en l'érection et l'honneur des croix, que ses accusateurs nent tâchent de contourner en impiété et idolâtrie, tant ils sont accu-

F2 : Josué, 5,19, — 2 Cor., 13.

154 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVII.— De 160;

sateurs naturels des frères. Nous avons beau protester de la bonté de nos intentions et de la blancheur de notre but, ces nouveaux ve. nus, ces Abirons, ces Michiolistes méprisent tout, profanent tout. || n’y a excuse qu'ils n’accusent, il n'y a raison qui les paye. On ne peut vivre avec eux, sinon les pieds et les mains liés, pour se laisser traîner à tous les précipices deleurs opinions. Ils ne regardent qu'a travers de leurs desseins, tout ce qu'ils voient leur semble noir « renversé, et avoir métier de leur main réformatrice, tant ils son éperdument réformeurs. Nous gravons sur le fer et le cuivre, et protestons devant le ciel.et la terre, que

Ce n’est la pierre ou le bois

Que:le catholique adore ;

Mais. Dieu, lequel est mort en croix, De son sang la croix honore,

Que nous ne faisons l’image de la croix pour représenter la Divinilé, mais en signe de trophée, pour la victoire obtenue par notre roi pour témoigner du grand miracle par lequel, la vie s'étant rendu immortelle, elle rendit la mort vivifiante, et pour réduire en mémoire l'incompréhensible bénéfice de notre rédemption.

« À Calvin, auquel ces occasions semblent légitimes pour dres des représentations (nonobstant la rigueur des mots de la loi) quan il s’agit d’excuser les deux tribus et demie ; à Calvin, dis-je, et a tres réformeurs, ce ne sont qu’hypocrisies, abus et abominations t nous. Pour céduire la drogue de leur réformation, ils tâchent à di: former et rendre suspectes les mieux formées intentions. Nos saints excuses, ou plutôt nos saintes déclarations, qu’ils devraient r'ecevo pour le repos et la tranquillité de leur tant iuqt stée conscience, si plus s’effrayer et trémousser en la vanité des songes qu'ils font surl prétendue idolâtrie de la croix, c’est cela même qu'ils rejettent t abhorrent.le plus, et l'appellent conscience endormie, par méprisd dédain.

« Ce sont ennemis implacables : le cœur est de boue, la clart l'endurcit; il n’y a satisfaction qui les contente, si on ne se rend i la merci de leur impiteuse correction ; la rage de leur mal-talentit recoit aucun remède. Que ferons-nous donc avec eux? cesserui nous de nous employer à leur salut, puisqu'ils n’en veulent pas #

lement voir la marque ? Mais comment pourrions-nous désespin ES du salut d'aucun, parmi {a considération de la vertu et honneut ù à

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à 1650 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 155

plaies incurables et mortelles, mais aussi de guérir la mort même, et Ja rendre plus précieuse et saine sous son ombre, que jamais la vie ne fut ailleurs ?»

Par cette conclusion de l’Étendard de la sainte Croix, on peut juger quel est le génie de François de Sales, quel est son style, avec quelle rare pénétration il saisit l'ensemble et le détail de chaque question, et avec quelle simple et naturelle vigueur il sait la rendre. Nous ignorons si, parmi les auteurs plus modernes, il y en a un qui le surpasse, ni même qui l’égale. — Et ce qu’il était en parole et sur le papier, il l'était en œuvre et sur le terrain.

Nous avons vu que l’apostasie fut introduite de force à Genève par les tyrans municipaux de Berne, et définitivement organisée par l'apostat de Noyon ; nous avons vu les meilleures familles de Genève, pour rester fidèles à la foi de leurs pères, préférer l'exil à l’apostasie et à la servitude ; nous avons vu la nouvelle population de Genève apostate se former du rebut de l’ancienne, et peut-être plus encore de l'engeance bâtarde des prêtres et des moines apostats, la pire espèce d'entre les mauvaises gens. La nouvelle Genève se nommait la Rome protestante : c’est comme si l'enfer se nommait le ciel à rebours.

Genève ayant apostasié par la peur de Berne, ces deux cantons profitèrent de la guerre entre François Ier et le duc Philibert de Savoie pour enlever à ce dernier le duché de Chablais, avec les trois bailliages de Gex, Terny et Gaillard, et pour en bannir la religion catholique. La paix ayant été rétablie sous Henri II avec le duc, les protestants furent obligés de rendre le Chablais et les trois bailliages, mais avec cette clause, que la religion catholique n’y pourrait être rétablie. À la mort de Philibert et à l’avénement de Charles- Emmanuel, son fils, les Suisses et les Génevois rompirent le traité, en tombant à l’improviste sur les pays en question. Le nouveau duc les leur reprit, et résolut d'y rétablir la religion catholique, n'étant plus tenu à un traité rompu par la partie adverse. Cependant il ne voulut point y procéder par la force, comme avaient fait Berne et

+ Genève, mais commencer par la douceur.

Dans cette vue, il demanda à l'évêque de Genève, résidant à Annecy, des missionnaires capables, par leur vertu et leur doctrine, de ramener au sein de l'Église les populations du Chablais et des trois bailliages , égarées depuis soixante ans par l'hérésie. L'évêque, Claude de Granier, en parla éloquemment à son clergé, offrant de se mettre lui-même à la tête des missionnaires. Un seul se montra

î Saint Frauçois de Sales, l’Étendard de la sainte Croix, 1,4, ce, 14 et 15.

156 HISTOIRE UNIVERSELLE [{Liv.LXXX VII. — De 1605 à 1650 de l’ère cl

prêt, ce fut François de Sales, auquel s’adjoignit pour second Louis peu diflérent «

de Sales, son cousin. François fut déclaré le chef de la mission, tout destie. Cela se le monde ayant été d’avis que le bon évêque, surtout à cause de son DA acquit enfin à grand âge, ne devait point y paraître dans les commencernents, Le SU cendance, il ré comte de Sales, qui connaissait le caractère emporté des calvinistes DS des hérétiques craignait pour la vie de son fils, et mit tout en œuvre pour le détow. RM et à leurs me ner d’une pareille entreprise. François lui donna de si bonnes rai. D invincibles.

sons, qu'il l'y fit consentir malgré lui. Aussitôt, prenant Louis de Dé Les magistre Sales par la main : Allons, lui dit-il, où Dieu nous appelle. Il est plus MN rement d'obéir

d'un combat où l’on ne gagne la victoire que par la fuite. Un plus Bt téger les deux long séjour ne servirait qu’à nous affaiblir; et d’autres, plus généreux - pensa se soule que nous, pourraient bien gagner la couronne qui nous était pré. D# on fut sur le pc parée. M mais François | Sur la frontière du Chablais, François se mit à genoux, et, fon- î peuple était de dant en larmes, pria Dieu de bénir leur entrée et leur séjour dans DM assez de ferme cette province. Puis, embrassant avec tendresse son cousin Louis: . même aux cho: 1 me vient une pensée, dit-il; nous entrons dans cette province pou D Le gouverne y faire les fonctions des apôtres : si nous voulons y réussir, nous ne 2 Thonon, Franç pouvons trop les imiter. Renvoyons nos chevaux, marchons à pied D tôt qu'il y avai et contentons-nous comme eux du nécessaire. Louis de Sales y ayant RM qu'il s’y voyait consenti, ils arrivèrent à pied aux Allinges, place forte sur le haut Ba venir tous les j d’une petite montagne détachée de toutes les autres. Le baron d'Her. DM si rudes et si fà mance, homme sage et ami du saint, y commandait pour le due de DA mettre en chen Savoie. [l conduisit les deux missionnaires sur la plate-forme di EN terribles, la nu: château, d’où la vue s’étendait sur tout le pays. François y remar. BA mettre en route qua de tous côtés des églises abattues, des monastères ruinés, des BA presque immob croix renversées, des villes, des bourgs et des châteaux détruits, capable d'arrête suites funestes de l'hérésie et de la guerre qu’elle avait attirée dans 1 L'hiver de ce cette belle province. Pour réparer tant de désastres, on convint quil JM Ses pieds et ses fallait commencer la nnssion par Thonon, capitale du Chablais, pa EM parti plus tard éloignée des Allinges, où il fallait revenir tous les soirs, Thonon, EPS aux Allinges, la tout calviniste, n’offrani ni sûreté ni logement aux missionnaires. lement bien d François, accompagné de Louis de Sales et d’un seul domestique, & RE toutes les maisa mitdoncenroute, Sonéauipageconsistaitenunsacoüiln’yavait qu'un Je et le froid si vic Bible et un bréviaire, qu'il portait assez souvent lui-même; il marchaï M4 contraints de de à pied, un bâton à la main, et faisait tous les jours deux grandi JP toutes les portes lieues, par un pays fort rude, pour revenir coucher aux Allinges; | Ba capable de les + n’en partait point sans avoir célébré la sainte messe et s'êltt D nl avalent garde nourri du pain des forts. Son habit était simple, mais n'avait Da croit de malheu rien d’affecté, et comme c'était lusage de ce temps-là de porter des Es l considération bottines, il s'en servait d'ordinaire : de sorte que les cheveux cour Es rencontrer dans et la barbe touffue étant pour lors à la mode, il était à l'extérieur foi chaud, ils s’y log

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