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La ligue catholique, qu'on appellerait aujourd'hui politiquement le parti conservateur, avait pour chef le duc Maximilien de Bavière, On vit même y accéder, en 1613, les princes luthériens de Saxe et de Darmstadt, par attachement pour la maison d'Autriche et pour la conservation de l'empire, contre les menées révolutionnaires des calvinistes. Cette ligue des conservateurs, qui formait la grande majorité dans la diète générale, accorda donc à l’empereur un subside contre les Turcs; mais les catholiques formulèrent en même temps leurs griefs. Le principal était contre les calvinistes et les sectes nouvelles qui pullulaient de jour en jour : la pacification d'Augsbourg n’était que pour les protestants de la confession d'Augsbourg, avec lesquels il serait facile de s'entendre ; mais ces sectes nouvelles, qui n'avaient aucun droit à la pacification, la ruinaient, ainsi que l'unité de l'empire, par leurs prétentions révolutionnaires de ne se soumettre plus à la majorité des voix à la diète, de ne vouloiz reconnaitre aucun tribunal au sujet de leurs empiètements sur les catholiques, L'empereur Mathias, qui s'était flatté de dissoudre les deux ligues l’une par l’autre, se vit bien loin de son compte : les griefs des catholiques ne furent pas même mis en délibération ; et il termina mesquinement la diète, qu’il avait ouverte avec éclat !.
Il n'avait pas mieux réussi avec les diètes particulières des principautés autrichiennes : les protestants, s’y voyant en majorité, lui avaient imposé des conditions préjudiciables. Au lieu de pousser la guerre contre les Turcs, il renouvela la trève avec eux pour vingt ans. Mathias était avancé en âge, ainsi que ses deux frères Albert et Maximilien ; ni l’un ni l’autre n’avait d'enfants : il importait toutefois bien fort à la maison d'Autriche de ne pas laisser échapper la cou- B ronne impériale pour la voir passer peut-être sur une tête protestante. Ils jetèrent donc les yeux sur leur cousin, l’archiduc Ferdinand, que nous avons vu rétablir si compléternent le catholicisme dans ses principautés héréditaires de Styrie et de Carinthie. Albert et Maxi. milien lui cédèrent leurs droits, ainsi que Philippe HT d'Espagne. Mathias se rendit avec Ferdinand à Prague, l'y proposa pour roi dans une diète du mois de juin 4617 : le comte de Thorn fit quelque opposition, mais elle n’eut point de suite : Ferdinand fut agréé roi, même par les plus considérables d'entre les protestants, proclamé en cetie qualité le 9 juin et couronné le 29. Il fut pareillement reconnu roi de Hongrie le 4er juillet de l’année suivante. Il y eut plus : aussitôt après son couronnement à Prague comme roi de Bohême, il acconr pagna l'empereur Mathias à Dresde, où l'électeur luthérien les reçut
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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 549
avec les plus grands honneurs, les retint au milieu des fêtes. et leur témoigna la plus cordiale amitié : il promit dès lors sa voix à Ferdinand pour la couronne impériale.
Cette intimité politique entre les cours d'Autriche et de Dresde fui bientôt, suivie du contraste le plus choquant. C'était l’année 4647, la centième après le commencement du luthéranisme en Saxe. Aussitôt après le départ de l’empereur, l'électeur Jean George publia une espèce de mandement pastoral pour faire célébrer, le 31 octobre et le 17 novembre 1617, le jubilé séculaire de la réformation, — « Attendu que la lumière du saint Évangile a brillé cent ans radieuse sur notre électorat et nos domaines, et que le Très-naut l’a conservée gracieusement contre toute la fureur et la rage de l'ennemi infernal et de ses suppôts. » En conformité de ce mandement, dit le protestant Menzel, les théologues de la Saxe électorale adressèrent une circulire à tous les théologues et professeurs du pur Évangile, tant de la nation allemande que des autres royaumes, pays et provinces, comme une nouvelle mèche pour entretenir, telle qu'une étincelle sous la cendre, la fureur de: partis que ies discordes religieuses avaient implantée dans l'esprit du peuple. « Le grand Dieu du ciel, disaient ’c: théologues saxons, a donné succès à la glorieuse entreprise d saint organe, messire docteur Martin Luther; par son inénarrane miséricorde, il a dissipé les ténèbres papistiques, et fait reluire sur nous le soleil de justice, de telle sorte que les vieilles idolâtries, blasphèmes, erreurs et abominations de l'enténéhré papisme ont entièrement disparu et été extermirées dans beaucoup de royaumes, dominations, principautés et terres. Non-seulement le commencement de cette œuvre a répondu aux vœux et aux gémissements de l'Église chrétienne, mais à cette heure encore, après cent an£ accomplis, d'innombrables brebis du Christ ont été nourries de ce salutzire pâturage de la parole divine ; même elles ont été efficacement et puissamment protégées par le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, contre les hostiles incursions des énormes loups ravisseurs, le Pape et ses partisans. L’ennemi de Dieu et des hommes, le vieux serpent, a beau en frémir de colère ; L'antechrist romain a beau, de rage, se couper la langue avec les dents, nous menacer tant qu’il voudra de toute sorte de malheur, d’anathèmes, d'excommunication, de guerre, de désolation et d'incendie : si nous mettons notre conlance au Seigneur, notre Dieu, que pourra nous faire cette bulle d'eau, cet homme de rien, anéanti par la parole de Dieu? »
On prêcha selon l'esprit de cette circulaire, à la solennité même, plusieurs jours de suite, dans tous les temples protestants des villes et des campagnes : dans les universités de la Saxe on dispuia dans
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le même esprit une semaine entière, et on travailla profondément le levain de la vieille haine. Les princes et les magistrats favorables au calvinisme ne voulurent pas rester en arrière des luthériens, et ordonnèrent des fêtes semblables. A Heidelberg, on soutint, le 1% novembre, la thèse suivante : Quiconque veut être sauvé, doit fuir avant tout le papisme romain. Le lendemain, on prononça un discours sur le malheur des églises qui gémissaient sous le papisme, et sur le bonheur de celles qui en étaient délivrées 1,
Presque dans lé même temps, savoir, 40 ncverrbre 1617, les catholiques commencèrent par la prière, les mortifications et les bonnes œuvres, l’année du jubilé accordé par Paul V. Tant la bulle pontificale du 12 juin que le mandement de l'archevêqee de Mayence pour la prière se bornaïent à un tableau général de la corruption qui dominait dans toute la chrétienté, sans faire une mention particulière de la division qui avait déchiré l'Église, ni des suites qu'elle avait entrainées. Cette remarque est du protestant Menzel. Il ajoute que le ton de l’encyclique pontificale était incontestablement plus modéré que celui de l'électeur et de ses théologues. Le Pape manifestait une douloureuse inquiétude que Dieu ne punit par de grandes calamités les péchés de la génération présente : es théologues protestants s'épuisaient, au contraire, en panégyriques sur les prospérités et bénédictions que ne cessait d'attirer sur l’Aiiemagne le nouveau culte. L'événement ne tarda pas à faire voir qui avait été meilleur prophète; car, peu après, éclata cette guerre funeste, qui, pendant trente ans, couvrit toute l'Allemagne de sang et de ruines.
En'attendant, c'était une contradiction choquante dans l'électeur de Saxe, de déclamer et de faire déclamer publiquement et de la manière la plus outrageuse contre l’Église romaine et ses suppôts, et de professer en même temps l'amitié politique la plus intime pour lés principaux membres ou suppôts de cette Église. Cette cont'adiction ne corrompit pas moins le caractère de la langue et du style qu’elle n’embrouilla les idées du peuple. Pour concilier, du moins en apparence, deux choses inconciliables, l'amitié politique et la haine religieuse envers les mêmes personnes, on eut recours à un incommensurable verbiage. Le pro‘estant Menzel parle d’une phrase diplomatique qui remplit à elle seule plusieurs pages in-folio, De là, ces pensées et ces expressions entortillées qui imprimèrent aux écrits des Allemands du dix-septième siècle le cachet de la prolixité, de la bassesse et de la surcharge, et qui complétèrent la barbarie que la scholastique polémique des théologiens avait commencée dans le
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à1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 551
dernier tiers du seizième siècle 1. D'après ces observations de l’historien protestant, les défauts qu'on reproche à la langue et à la littérature allemandes seraient un péché originel qu’elle a hérité dela réforme luthérienne.
Pendant que l'électeur luthérien de Saxe se montrait l'ami politique et l'ennemi ecclésiastique de la maison d'Autriche, l'électeur calviniste du Palatinat, Frédéric V, se posait le chef de la ligue ou union protestante, faisait formellement alliance avec la nouveile ré-
| publique des Pays-Bas, sollicitait l'alliance de l'Angleterre, dont le
roi Jacques Ier lui donna effectivement sa fille en 4618. L'Angleterre et la Hollande, observe Menzel, étaient alors les naturels représentants de cet esprit du monde, de cet esprit du nouveau siècle qui ne voit que les intérêts matériels : les partisans du calvinisme se senaient plus attirés de ce côté que du côté de Ratisbonne et de Vienne
E par les vieilles obligations envers l'empire. Le luthérenisme était p cirayé de l'esprit d'innovation, l'esprit originel de la réforme, et,
par la peur de sa propre ombre, il avait été amené à s’arréter. Le talvinisme, au contraire, poursuivait la route des innovations, et y parvint à des vues politiques qui laissaient bien loin.en arrière celles des partisans du luthéranisme. Pendant que la Saxe, qui, comme chef et protecteur du luthéranisme, avait donné le premier coup à l'ancien ordre de choses, et, dans la guerre de Smalcald, porté l’étendard contre la sacrée majesté de l'empereur, se trouvait complétement satisfaite par la pacification d'Augsbourg, et ne, manifestait pas de politique plus haute que d’être fidèlement dévouée à la maison d'Autriche, et, à sa suite, de servir Leu et l’empereur, l'électeur
à palatin, chef et protecteur du calvinisme, portait ses vues bien au-
delà des limites de l’ancienne constitution de l'empire, et ne visa bientôt à rien moins qu'à ravir à la maison d'Autriche une de ses couronnes héréditaires, et se la mettre sur sa propre tête. Cette ambition, que ne soutenait aucun talent de régner, manqua son but, et précipita la maison palatine dans de longs malheurs, dont, elle ne s'est bien relevée que par la réunion des deux branches de la maison de Wittelsbach 2. F4 Cependant les attaques théologiques des protestants contre l’Église
2 maire, à l’occasion du jubilé séculaire de la réforme, provoquèrent D des répliques et «
‘éfutations, principalement de la part des Jésuites. Les protesiauts de Prague le trouvèrent fort mauvais. On y comprenait sous ce nom ou sous celui d’ufraquistes, communiints
@ sous les deux espèces, les luthériens, les calvinistes, les picards, les
1 Menzel,t. @,e. 11, — 2 Ibid. t.@,e. 4.
552 HISTOIRE UNIVERSELLE !|Liv. LXXXVII. — De 1605
anciens hussites, lesquels tous ensemble l’emportaient en nombre sur les catholiques de Prague. Ces protestants trouvèrent donc fort mauvais que les catholiques osassent bien se défendre contre leurs outrages. Leur mécontentement s’accrut par une autre cause. Sous les règnes faibles et troublés de Rodolphe et de Mathias, l'opposition, dans les États et les villes où dominaient les protestants, avait acquis la prépondérance sur le gouvernement impérial : ceux de Prague avaient extorqué à Rodolphe une lettre qui leur accordait de nouveaux priviléges. La nécessité força l'empereur et ses conseillers à prendre des mesures pour changer cet état de choses, et pour rendre au gouvernement son influence nécessaire, A l’avénement de Ferdinand à la couronne de Bohême, il y eut plus d'ensemble, de fermeté et de suite dans ces mesures. En novembre 1617, une instruction adressée au juge royal de Prague le nomma président perpétuel du conseil de ville, et établit que, sans sa permission et présence, ni ce conseil, ni aucune assemblée civile ou ecclésiastique ne pouvait être convoquée ni tenue. Les comptes de toutes les églises et de tous les hôpitaux devaient être rendus en sa présence ; il devait s'informer de toutes les fondations, et savoir à quoi les revenus étaient employés Comuine, dans la ville de Prague, il y avait journellement, principalement sur les ponts, une foule de mendiants, hommes et femmes, jeunes et vieux, dont plusieurs pouvaient gagner leur pain, cette multitude désœuvrée était une matière toujours prête aux émeutes : {e juge eut ordre d'aviser, avec le capitaine, à ce que les mendiants valides fussent appliqués au travail, et les autres placés dans des hospices. Le conseil de ville, où les catholiques romains formaient environ la moitié, publia cette instruction, en ajoutant que désormais on ne devait ni installer ni congédier aucun prêtre ou pasteur sans la connaissance et l’assentiment du conseil. Les chefs des utraquistes protestèrent contre ces règlements, comme attentatoires aux priviléges de l’empereur Rodolphe : le chef de l’opposition était le comte de Thorn. L'empereur Mathias, en quittant Prague en décembre 1617, y laissa une régence de dix membres, sept catholiques et trois utraquistes. Après quelques incidents, les chefs ou défenseurs des utraquistes convoquèrent une assemblée de leur parti dans le collége de Charles IV. L'empereur en témoigna son mécontentement : les utraquistes ajournèrent leur assemblée. Malgré les exhortations des autorités et la défense de la cour, l’assemblée s’ouvrit le 21 mai 1618 : cette défense était conçue dans les termes les plus bienveillants; les utraquistes en furent toutefois irrités au dernier point.
Le 23 mai, un mercredi, après avoir assisté à la procession des
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1v. LXXXVIT. — De 1606
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à1660 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 553
bres catholiques de la régence, Dippold de Lobkowitz, Jaroslas de Martinitz et Guillaume Slawata, se rendirent au château, en la grande salle de la chancellerie, quoique la régence ne dût pas s’assembler ce jour-là; mais on leur avait annoncé qu’une députation des utraquistes voulait y venir. Les utraquistes se présentèrent effectivement, mais en foule et en armes, ayant à leur tête le comte de Thorn. Une contestation violente s’engagea entre les membres de la régence et les chefs des factieux : ceux-ci finirent par crier qu’il fallait les jeter par les fenêtres, et ils en vinrent à l'exécution. On épargna le bourgrave et Lobkowitz, qu'on fit entrer dans une chambre voisine. Les deux autres, Slawata et Martinitz, sont traînés à une fenêtre à vingthuit aunes ou coudées au-dessus du fossé du château, qui était à sec et parsemé de quelques pierres. Ces infortunés, voyant alors qu’on en voulait non pas simplement à leur liberté, mais à leur vie, demandèrent en grâce le temps de se préparer à la mort. On leur cria, en ricanant, que leurs confesseurs les suivraient bientôt. Et d’abord Martinitz, pendant qu’il recommandait tout haut son âme au Sauveur, fut précipité la tête la première. Après quoi le comte de Thorn, poussant Slawata entre les mains des exécuteurs, leur dit : Nobles seigneurs, voici que vous avez l’autre ! Dans l'angoisse de la mort, le malheureux empoigna le fer du parapet de la fenêtre; mais, avec l'épée qu'on lui avait ôtée, on lui taillada la main, jusqu’à ce qu'il eùt lâché prise. Le secrétaire Fabricius ayant osé dire quelques mots pour les détourner d’un pareil forfait, ces furieux le saisirent et le jetèrent par la fenêtre la plus proche. Non contents de cela, ils tirèrent plusieurs coups de fusil après leurs victimes.
Des historiens modernes, pour diminuer l’atrocité de toute cette action, supposent qu’elle fut commise sans préméditation et dans un mouvement subit de colère. Les utraquistes ou protestants de Bohême ont eu soin de les démentir d'avance dans leurs apologies ; ils y déclarent que c’est un acte de légitime défense, pris par délibération commune; et ils le justifient par l'exemple de Jésabel, qui fut jetée par les fenêtres, et par l’usage des Romains, qui précipitaient les grands coupables du haut de la roche Tarpéienne 1.
Les trois victimes, précipitées d'au moins soixante pieds de haut, au milieu d’une grêle de balles, furent sauvées ae la mort contre toute attente. Les balles ne firent que les effleurer. Martinitz, précipité le premier, tomba tout doucement à terre ; Slawata frappa de la tête contre la corniche d’une fenêtre inférieure, puis contre une pierre qui gisait à terre, et tomba finalement encore quatre aunes
1 Menzel, t. 6, €. 14.
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plus bas dans le fossé, où il resta étendu sans connaissance, la tête embarrassée dans le manteau ; son ami Martinitz, au milieu des coups de fusil qu'on ne cessait de lui tirer, eut assez de présence d'esprit pour’se rouler en bas jusqu’à lui, lui débarrasser la tête, et oignit ses plaies avec un baume qu'il avait l'habitude de porter sur soi. Le secrétaire Fabricius, précipité après eux par une autre fenêtre, tomba sur le bord du fossé sans aucun mal, vit la porte du château ouverte, et s’enfuit précipitamment, sans s'inquiéter de ses supérieurs. Ceux: ci furent secourus par un courageux ecclésiastique, le chanoine Cotwa : de la maison Pernstein, qui était voisine, il fit passer une échelle par la fenêtre, et, malgré les balles qui sifflaient encore, des: cendit dans le jardin avec quelques serviteurs fidèles, releva les deux victimes, fit porter Slawata, grièvement blessé, autour de la muraille, dans la maison, où la comtesse Polyxène, épouse du chancelier Lobkowitz, absent, les reçut et prit soin d’eux. Un instant après parut le comte de Thorn demandant leur extradition ; mais il s’éloigna lorsque la courageuse dame s’y refusa décidément, et que la presse des événements l’appela ailleurs. Martinitz abandonna la ville ce soir même sous un déguisement, et, après une marche fugitive de trois jours à travers les forêts de la Bohême, parvint, au milieu de bien des dangers, à Ratisbonne. Quant à Slawata, qui était retenu par de graves blessures à la tête, l'assemblée des utraquistes s’étant mise à délibérer sur son sort, quelqu'un rappela une ancienne coutume d’après laquelle on faisait grâce au pendu dont la corde se rompaît. On lui accorda donc la vie, mais il n’eut sa liberté qu'au bout d’un an. Le secrétaire Fabrieius, échappé de Prague, se rendit à Vienne, où il porta la nouvelle de ces événems ‘ts à l’empereur ; ce qui le'fit anoblir plus tard sous le titre de szigneur de Hoken-Fall, ou de Haute-Chute.
Que trois hommes, précipités avec une intention meurtrière dans une profondeur de vingt-huit aunes, en échappassent sans blessure mortelle, cela parut aux catholiques une action manifeste de Dieu et des: saints, que les malheureux avaient invoqués en tombant : les utraquistes ou protestants de la Bohême, ne pouvant l'expliquer par des causes naturelles, l’attribuèrent aux effets de la magie ; c’est ainsi qu'ils s’en expliquèrent, en 1620, à l'ambassadeur turc, qui en témoignait son étonnement sur les lieux : c'était toujours y reconnaître une intervention surhumaine. Des historiens plus modernes et plus philosophiques ont découvert une explication qui répondit mieux à l'esprit du siècle : ils ont inventé après coup un tas de fumier, que les protestants de Prague n’ont ni vu ni senti, sur lequel ils font tomber imvllement les membres de la régence impériale.
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. LXXXVI..— De1605
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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 555
Toujours y a-t-il quelque chose d’extraordinaire. Maintenant, c’est au lecteur à choisir, de Dieu, de la magie ou de ce fumier posthume : chacun son goût 1,
Telle fut la première scène de la guerre de trente ans.
Aussitôt après, les protestants de Prague s’emparèrent du gouvernement de la Bohême, nommèrent à cet effet une régence de trente directeurs, levèrent des troupes, exigèrent le serment des anciennes, donnèrent le commandement général au comte de Thorn; l'âme de cette revolution, envoyèrent des ambassadeurs aux princes de l'empire, en Hongrie et aux provinces limitrophes. Ils publièrent d’abord une apologie, qu'ils adressèrent à l'empereur même, et dans laquelle ils se justifiaient aux dépens des Jésuites. Un long manifeste, du premier juin 4618, bannissait ces religieux de tout le royaume, comme auteurs de tous les maux quise voyaient au dedans et au dehors de la Bohême. Les Jésuites se résignèrent à leur sort, et, le jour de la Pentecôte, après un sermon d'adieu, sortirent processionnellemernt de Prague : un religieux marchait en tête avec une croix voire; suivaient les novices deux à deux, puis quatre chariots avec des chevaux caparaçonnés de noir et des couvertures ornées de croix blanches.
En même temps, i's répondirent à leurs accusateurs par une défense que le protestant Menzel ne peut s'empêcher de trouver singulièrement réfléchie et modérée. Ils observent que les états des utraquistes ne pouvaient être leurs juges, attendu que la juridiction dans l royaume devait s'exercer uniquement par le roi, conjointement avec les: trois états, non par le troisième seul, encore moins par la portion utraquiste de ce tiers, surtout contre la défense du roi, dans sa propre cause, et sans ouïr la partie adverse. A l'accusation d’avoir causé tous ces troubles, ils répondent : « Qui donc, au temps du roi Wenceslas, a conseillé de jeter par la fenêtre les sénateurs de Prague ?'qui a soulevé les Taborites contre le roi Sigismond ? qui, au temps du roi Ferdinand, a excité des troubles en Bohême? qui a retenu l'empereur Rodolphe comme captif dans le château de Prague, et lui a extorqué la lettre impériale ? qui, le 20 mai, dans toutes les églises hussites de Prague, a fait lire en chaire un écrit envenimé, qui, sous apparence d’exhorter à la prière, n'était qu’un tocsin à la révolte? qui donc a précipité par la fenêtre les lieutenants et les olliciers de l’empereur ? qui donc, pour la défense d’une pareille aclion, a levé des troupes, confisqué l'argent destiné à payer les dettes du pays, fait prêter un nouveau serment aux capitaines et gouverneurs des terres propres de l'empereur 2? »
1 Menzel,t. 6, ©. 14. — 2 Ibid.,t. 6, ce. 15.
556 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXX VII. — De 1605
La maison d'Autriche se trouvait dans un état fort critique. Son chef, l’empereur Mathias, était vieux et malade : les nombreux protestants de l'Autriche, de la Hongrie, de la Moravie, de la Silésie faisaient cause commune avec ceux de Bohême. L: conseil impérial, dirigé par le cardinal Klésel, premier ministre, penchait à dissimuler, à céder encore, pour ne pas tout perdre. Le seul roi Ferdinand fut d'un autre avis. Plein de foi et de confiance en Dieu, d'une tendre piété, d’une conscience délicate, d’une vertu exemplaire, d’un caractère ferme dans l’adversité, il resta convaincu que Dieu avait amené le moment de régénérer la Bohême, de la purger de l'hérésie, depuis laquelle on n’y a vu que désobéissance, rébellion, mépris de l'autorité. Plus on a cédé, plus l’insolence des factieux s'est accrue. Par leurs derniers forfaits, qui excitaient l'horreur de tout le monde, ils avaient eux-mêmes anéanti les concessions qu'on leur avait faites. L'empereur devait profiter du moment favorable : il avait pour lui Dieu et tous les princes chrétiens, qui ne pouvaient voir d’un œil indifférent une telle révolte. Après tout, il valait mieux succomber avec honneur que de céder toujours avec infamie. I fallait donc prendre un parti vigoureux, d'autant que la défection ne s’étendait pas à toute la Bohême, mais seulement à quelques rebelles,
Malgré ces considérations du roi Ferdinand, développées dans un mémoire, les conseils de la peur prévalurent, par l'influence du cardinal Klésel, qui n’osait compter sur des miracles. L'empereur fit une réponse modérée aux états utraquistes de Bohême, discutant leur apologie, et leur enjoignant de cesser les levées de troupes. Il envoya même à Prague un ami du comte de Thorn pour négocier la paix. Les factieux n’y eurent aucun égard: tout au contraire, le comte de Thorn commença les hostilités, en faisant marcher les troupes de l'insurrection pour réduire les villes de Krummau et Budweis, les seules, avec Pilsen, qui fussent demeurées fidèles à l'empereur. Les bourgeois de Krummau se rendirent ; mais ceux de Budweis repoussèrent les menaces et les attaques du comte, et conservèrent à l'empereur cette importante place d'armes. C’est donc un fait constant, que ce sont les protestants de Bohème qui ont commencé la guerre, et non la cour impériale, comme il est dit dans plus d’une histoire !,
Le roi Ferdinand, qui dans l'intervalle avait été couronné à Presbourg roi de Hongrie, voyant que la conduite méticuleuse du cardinal Klésel entraverait sans cesse toute mesure de vigueur, résolut, avec l’archiduc Maximilien, de l’éloigner des affaires. Il le fit donc arrêter, transporter dans une forteresse du Tyrol, enfin à Rome.
1 Menzel, t. 6, c. 16, p. 215.
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à 1660 de l'ère vr.] D L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 557
Lorsque Ferdinand fut empcreur, il lui permit de revenir à Vienne gouverner son évêché : 1l y fut reçu solennellement, et l'empereur se servit même de ses conseils 4,
tôt après le renvoi de Klésel, deux corps de troupes impé-
ales s'avancèrent en Bohême sous le commandement du Lorrain Lampierre et du Belge Bucquoi, car la défiance envers les indigènes igeait de recourir à des étrangers. Les insurgés de Bohême demandent à négocier la ereur nomme pour médiateur l'électeur de Saxe, et « que les insurgés déposent les armes. Ceux-ci réclament l'intervention des protestants de Silésie, qui leur envoient du secours, tout en protestant à l’empereur de leur fidélité. L’électeur pal: 1n négocie avec le duc de Savoie, pour attaquer l’Autriche par l'Italie, Le comte de Mansteld entre au service de l’union protestante, puis des insurgés de Bohême, attaque et prend d'assaut la ville de Pilsen, demeurée fidèle à l'empereur. Les insurgés s’excusent auprès du prince, et demandent un armistice pour négocier la paix. L'empereur Mathias rt le 20 mars 14619. Ferdinand, son successeur en Autriche, en Hongrie et en Bohême, offre aux insurgés de ce dernier royaume de confirmer toutes les “oncessions et promesses qui leur avaient été faites, à condition qu'ils observeraient eux-mêmes la fidélité qu'ils avaient jurée : il leur envoie de son propre mouvement la confirmation de leurs priviléges, avec l'offre d’un armistice. Directeurs ou chefs des insurgés repoussent toutes ces offres, et déclarent incapables d'aucune charge les membres de la régence impériale. Ferdinand envoie un commissaire à Breslau, pour rappeler aux états de Silésie la fidélité qu'ils lui doivent: le commissaire est congédié avec froideur. Des états de la haute et basse Autriche, assemblés à Linz et à Vienne, se détechent également de Ferdinand. Le comte de Thorn, avec les troupes insurgées de Bohême, pénètre en Moravie. Le colonel Wallenstein reste fidèle à la cour. Thorn paraît devant Vienne, où il a des intelligences parmi les députés des états. C'était le 5"° de juin. Dans la ville régnait la plus grande confusion : les états et les habitants protestants parlaient de faire cause commune avec ceux de Bohême ; les catholiques étaient abattus par la terreur ; le roi Ferdinand, retiré dans la citadelle sans défenseurs, se voyait supplié, importuné par d:'3 amis sincères, comme par des amis faux, d'abandonner la ville, pour soustraire à la captivité sa personne, son épouse et ses enfants. Ferdinand considérait que sa présence retenait encore les chefs, et que sa fuite leur donnerait le prétexte qu’ils souhaitaient de livrer aussitôt la ville, et
1 Menzel, c. 16.