‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 104 sur 332 · RAPPORTS DE L'ÉGLISE GRECQUE, ETC · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L'ÉGLISE GRECQUE, ETC

tantinople pouvaient se maintenir sur leur siège : tantôt ils étaient contraints de résigner leur charge, tantôt on les exilait, d'autres fois on les dégradait ou on les étranglait. Les motifs politiques firent, autant que possible, respecter la forme extérieure de l'antique Eglise grecque : à côté du patriarcat de Gonstantinople subsistaient toujours ceux d'Alexandrie (au Caire), d'Antioche (à Damas) et de Jérusalem. Le patriarche de Constantinople, comme chef de toute l'Église orthodoxe se nommait le patriarche universel. Les archevêques et les métropolitains étaient élus par le patriarche et son synode, confirmés par la Porte : les archevêques élisaient les évêques. Les moines vivaient tous conformément à la règle de saint Basile.

>58. — Rapports de l'Église grecque avec les Églises luthérienne, calviniste et catholique.

Leo Allatius, de Eccles. occidental, et oriental, perpétua consensione, lib. III, cap. il. Voyez t. II, p. 554, note 1. Hefele, Revue trim. de

Tub., 1843, 4« livr., P. 541-93.

Les Églises grecque et luthérienne reposant sur des bases toutes différentes, il ne semblait pas qu'il pût, de prime abord, être question d'union entre elles. Cependant diverses tentatives furent faites, premièrement par 'le patriarche de' Constantinople Joasaph HT [1555-65], qui envoya le diacre Demétrius Mysius à Wittenberg, pour s'y instruire du protestantisme aux sources mêmes. Mélanchthon lui remit une traduction grecque de la confession d'Augsbourg faite par Uolscius, et une lettre pleine d'avances pour le patriarche, dans laquelle, avant tout, il lui exprimait sa joie « de ce que Dieu avait conservé son » Église en Orient, au milieu des plus cruels ennemis » du Christianisme», et lui donnait l'assurance « que les » protestants étaient restés fidèles à l'Écriture sainte, aux » décrets dogmatiques des saints conciles, à la doctrine

280 § 358. — RAPPORTS DE l'église grecque

» des Pères de l'Église grecque, Athanase, Basile, Gré- » goire, etc. ; qu'ils détestaient et rejetaient les erreurs » scandaleuses de Paul de Samosate, des manichéens, et » de tous les hérétiques condamnés par la r.ainte Église, » de même qu'ils repoussaient toutes les superstitions et le » culte idolâtrique inventés par l'ignorance des moines la- » tins; qu'ainsi le patriarche ne devait point accorder de » confiance aux bruits injurieux répandus sur les protes- ') tants (1). » Le patriarche clairvoyant ne fut pas dupe de ces innocentes protestations et n'y répondit pas. Quelque temps après, les théologiens de Tubingue, Jacques Andrœ et Crusius entrèrent en correspondance avec le patriarche Jérémie II [1574-81], et n'y mirent pas moins de duplicité que Mélancthon. Mais le patriarche, dans sa réponse, se prononça fortement contre divers thèses protestantes, à savoir : que la foi seule justifie, qu'il n'y a que deux sacrements, qu'il ne faut pas invoquer les saints, qu'il faut rejeter le monachisme; comme aussi contre le dogme catholique qui fait procéder le Saint-Esprit du Père et du Fils. Les théologiens répliquèrent, et reçurent du patriarche la prière de lui épargner désormais l'ennui de leur correspondance théologique (2). Onze notabilités protestantes de Wurtemberg firent une nouvelle tentative ; mais, cette fois, le patriarche garda complètement le silence. Enfin, la dernière tentative de l'infatigable Crusius, qui traduisit en grec quatre tomes in-folio de sermons luthériens, à l'usage du clergé d'Orient, fut tout aussi inutile, et le synode grec de Jérusalem s'exprimait encore, en 1672, avec indignation contre l'impertinente manie des théologiens luthériens de Tubingue.

Les tentatives faites par les réformés pour se rapprocher de l'Église grecque devaient paraître bien plus extraordi-

(1) Dans Crusius, Turcogrœcia, p. 557.

(2) Acta et scripta theologor. Wirtemb. et Patriarch. Const. Jeremiœ. Viteb., 1584, in-4. Il est bon de rappeler que précisément les lettres qui compromettaient ces théologiens luthériens manquaient; mais on les trouve dans Crusius, Turcograecia. Cf. Schelstrate, Acta eccles. oriental, contra Lutheri haeresin. Romœ, 1739; Schnurrer, de Actis inter Tubing. théolog. et patriarch. Constantinop. (Oration. acad.ed. Paulus. Tub., 1828. Cf. Hefele, 1. cit., p. 545-67).

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