CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE DE L EGLISE CATHOLIQUE
§ 362. — Les papes du XVIIe siècle.
Guarnacci. Vitae et res gestse Romanorum pontiöcum et cardinalium a Clémente X usque ad dementem XI. Roma, 1751, 2 vol. in-fol. Antonii Sandini Vitee pontif. rom. ex antiq. monum. collectae. Patav., 1739, in-8; Bamberg, 1753, in-8. Storia critico-chronologica de Rom. pontefici (jusqu'à Clément XIII) e di generali e provinciali concilii, scritta da Giuseppe Abbate Piatti. Nap., 1765-70. Bower, Hist. des papes, revue par Rambach, t. X, P. II. Léop. Ranke, Hist. de la papauté pendant les XVIe et XVIIe siècles. Berlin, 1839, t. III.
Un rude et terrible coup avait frappé la papauté sous le règne d'Innocent X. Les princes catholiques et protestants avaient conclu la paix de Westphalie sans aucun égard pour la cour de Rome ; ils avaient sécularisé une grande partie des biens ecclésiastiques, des abbayes et des évêchés, et complètement émancipé le pouvoir temporel. Le Saint- Siège avait par là même perdu de son ascendant moral, de sa considération aux yeux des peuples, et il était à craindre que, d'après de pareils précédents, on ne finît par attaquer et amoindrir la papauté elle-même dans ses droits les plus essentiels. Innocent ne put opposera cette violation de ses privilèges qu'une inutile protestation. Alexandre VII, son successeur (Fabio Chigi) [1655-67], promettait aux Romains un règne heureux, par la sévérité de ses mœurs, sa haine du luxe et de la magnificence, sa prudence et sa connaissance des affaires. Malheureusement le pape ne réalisa pas toutes les espérances qu'on avait conçues des talents et des vertus du cardinal diplomate ; il s'entoura de plus de pompe qu'on ne l'avait pensé, attira ses parents à Rome, et fut, dans diverses occasions difficiles, au-dessous des cir-
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constances et de sa répuiation. Il eut la consolation inespérée de voir la reine Christine (1), fille de Gustave-Adolphe, abjurer le protestantisme et rentrer dans le giron de l'Église. Il la reçut à Rome avec magnificence et lui assigna une pension annuelle. Par contre, la France, qui déjà lui avait été défavorable dans sa nonciature à Munster, devint pour lui une source d'amertume et de chagrin, sous le ministère de Mazarin [f 1661), et plus encore sous le règne de Louis XIV. Ce monarque semblait avoir formellement chargé son ambassadeur, le duc de Créqui, d'outrager le pape. Les mépris de l'ambassadeur et les bravades de ses gens irritèrent la garde corse, qui, poussée à bout, ne respecta pas l'hôtel même de l'ambassade française [1662]. Louis XIV en fut tellement exaspéré qu'il fit sortir du royaume, sous escorte, l'envoyé pontifical, occuper la ville papale d'Avignon et le comtat Venaissin, et marcher des troupes sur l'Italie, pjour obtenir satisfaction. Le pape se vit obligé d'accepter l'humiliante convention de Pise [1664], Alexandre renoua cependant des rapports avec la république de Venise, qui lui accorda les biens de la congrégation des chanoines réguliers du Saint-Esprit, situés dans son territoire, pour soutenir les frais de la guerre contre les Turcs, et rappela, sur sa demande, les Jésuites jusqu'alors repoussés par elle (2). Enfin, Alexandre embellit Rome •de magnifiques édifices, comme celui du collège de la Sapience, qu'il enrichit d'une superbe bibliothèque. Mais ses somptueuses constructions et les insatiables désirs de sa famille mirent, à plusieurs reprises, ses finances dans un grand embarras, et nuisirent à son nom.
Clément IX (Rospigiiosi) [1667-69], littérateur et poète comme son prédécesseur, mais plus économe que lui, chercha à réparer le désordre des finances, parvint à soutenir la république de Venise, par de fortes sommes d'argent, dans sa lutte contre les Turcs, à réconcilier la France et l'Espagne par la paix d'Aix-la-Chapelle [1668], en faisant
(1) Crauert, Christine de Suède et sa cour. Bonn, 1837 et suiv., 2 vol. Relation de tout ce qui se passa entre le pape Alexandre et le roi de France. Col., 1670; Desmarais, Hist. des démêlés de la cour de France avec la cour de Rome. Paris, 1706, in-4; Essais poétiques de ce pape : Philomaü labores juveniles. Paris., 1656, in-fol.
(2) Voyez § 344.