AGITATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE
libertés, ils élevèrent leurs prétentions, et prirent même, à l'égard des catholiques, un ton de supériorité qui contrastait singulièrement avec leur origine et leur première position. Il en résulta, depuis Sigismond III, une vive réaction de la part des catholiques. Les résolutions de la diète, de 1717 et 1733, apportèrent toutes sortes de restrictions aux droits religieux et civils des dissidents ; le consistoire de Posen fit défense aux ministres luthériens [1743] de baptiser et d'instruire aucun enfant né d'un mariage mixte. Ces mesures furent surtout provoquées par la conduite de la ville protestante de Thorn. La magistrature, composée de luthériens, y avait souvent refusé aux catholiques les droits les plus simples et repoussé leurs vœux les plus légitimes. La haine des deux partis longtemps contenue, excitée par la présence des Jésuites, éclata enfin. Le 10 juillet 1724, une émeute populaire vint interrompre une procession des catholiques, et aboutit à la destruction du collège des Jésuites (1). Par suite de l'instruction qui eut lieu à ce sujet, le bourgmestre Rœsner, le vice-président Zernike et neuf bourgeois furent condamnés à mort et tous exécutés, à l'exception de Zernike. La diète de pacification, de 1736, convoquée pour le salut de la patrie, menacée par la trahison des dissidents, accorda à ces derniers la paix, la sécurité de leurs possessions, ainsi que l'égalité des droits civils; mais il leur fut défendu de tenir des assemblées et d'appeler à leur aide 1rs puissances étrangères. Malgré cette défense, deux Lithuaniens, les frères Grabowski, et deux Polonais, les frères Golz, s'adressèrent d'abord à Télecteur Frédéric Christian de Saxe, et lui offrirent la couronne de Pologne. Après la mort de ce prince, ils jugèrent plus avantageux de se joindre au parti russo-prussien qui s'était formé en Pologne. Eclairée par ces expériences, la diète de 1766, oùLadislas Lubienski, archevêque de Gnesen et primat de Pologne, prononça un discours plein d'énergie, confirma toutes les lois générales contre les dissidents [des années 1717, 1733, 1736 et 1747]. Mais, à la suite de cette résolution, la Russie et la Prusse, provoquées par les appels réitérés des dissidents, s'immiscèrent enfin,
(l) Jablonski, les Troubles de Thorn. Berlin. 1725. Cf. Chronique de Thorn.
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de concert avec le Danemark, dans les affaires intérieures de la Pologne. Ces puissances s'efforcèrent même de gagner les cours de Suède et de France. Dès l'année suivante [15 octobre 1767], le despotisme russe dominait la diète de Varsovie. Les orateurs les plus hostiles à la Russie, évêques ou dissidents, furent emmenés prisonniers en Russie, et, sous l'empire de la crainte, la Pologne conclut avec la Russie un traité, en vertu duquel la religion catholique devait être religion dominante du royaume, et professée par le roi; mais, en même temps, les dissidents devaient rentrer dans tous leurs droits spirituelles et politiques, en adoptant pour base normale l'année 1717. La diète de 1768 alla plus loin encore : en accordant des avantages toujours plus grands aux dissidents, elle restreignit les droits des catholiques, et porta même la main sur des affaires purement ecclésiastiques. Les nombreux conflits nés à propos des mariages entre catholiques et dissidents ou grecs non unis portèrent les évêques catholiques à s'adresser au Saint-Siège ; ils reçurent de Benoît XIV la bulle Magnœ nobis admirationis (1), dans laquelle ce pape déclare que ces mariages ne seront tolérés par l'Église catholique qu'à certaines conditions, entre autres que les enfants à naître de mariages mixtes seront élevés dans la religion catholique. La diète, de son côté, décida (2) que ces » mariages ne pouvaient être empêchés par qui que ce fût; » que la bénédiction nuptiale serait toujours donnée par » le ministre du culte professé par la fiancée, et que les
(1) Imprimée dans les Mémoires de Binterim, t. VII, P. I. Kunstmann, les Mariages mixtes et la Confession chrétienne. Ratisb., 1839, p. 217 et suiv.
(2) Matrimonia inter personas diverse -eligionis, id est Rom. cath., Graeese non unitate et evang. utriusqi e confessionis a nemine prohibeantur aut impediantnr. Proies ex mixto ejusmodi matrimonio religionem parentum sequentur, filii nempe patris, filiae matris : excepto casu, quo persona? nobiles in pactis ante initum matrimonium inter se convenerint. Gopulatio a sacerdote vel ministro ejus religionis, quam sponsa confitetur, peragatur; quod si vero parochus sponsse Rom. cath. copulationem denegaret, ministro religionis dissidenticae libertas estö, eamdem copulandi. Décréta denique, si quae forte huic sanctioni contraria ex quoeumque judicio emanata fùerint, pro nullis dcclarantur. » Art. il, § 10, dans Friese, 1. cit., p. 352.