‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 134 sur 332 · AGITATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

AGITATION POLITIQUE ET RELIGIEUSE

» enfants nés de mariages mixtes seraient, selon leur sexe, » élevés dans la foi du père ou de la mère. » Le nonce du » pape, Maria Durini, arrivé sur ces entrefaites, protesta contre de pareilles résolutions, et remit au chancelier de la couronne un acte où étaient réservés les droits du Saint- Siège, et qu'il communiqua au clergé polonais. Clément XIII se plaignit (1) également au roi des actes illégaux de la diète. Mais le roi Stanislas s'excusa en alléguant qu'il avait dû céder aux prétentions des dissidents, appuyés par une grande puissance : « On aurait, disait-il, tout compromis en » résistant à cette réclamation. Au milieu de la tempête » soulevée par l'indiscrétion de quelques magnats, il fallait » encore s'estimer heureux d'avoir pu gagner le port le » plus voisin. Toute résistance contre la tyrannique puis- » sance du Nord serait désormais une tentative stérile et » fatale. » Plus courageux que Stanislas, le clergé protesta contre les résolutions de la diète, particulièrement à l'égard des mariages mixtes, et délara, en ce qui concernait ces derniers, qu'il ne pouvait, malgré la signature de plusieurs évêques apposée aux bas des résolutions, regarder celles-ci comme obligatoires pour l'Église, attendu que les dignitaires n'avaient siégé à la diète que comme dignitaires laïques. Le consistoire de Posen, dans une circulaire, récusa, par conséquent, la force obligatoire de ces décisions de la diète, et les évêques, s'étant à diverses reprises adressés à Clément XIV, en reçurent pour réponse qu'on devait s'en tenir aux prescriptions de Benoît XIV [1777]. Les dissidents, en mettant tout en œuvre pour faire valoir leurs prétentions exagérées, avaient mis leur patrie au bord d'un abîme. La Pologne entière sentit alors avec une douleur profonde s'appesantir sur elle le joug humiliant de la Russie, et voua un profond mépris aux auteurs de ses maux. Après la confédération de Bar, il y eut de hardies tentatives pour soustraire la nation polonaise à l'influence toute-puissante de la Russie; mais ces tentatives

(1) « Innumeras pœne animas in aeternae salutis suae discrimen abduci et sacrilegas pacüones, cum gravissimo fklei cath. detrimento, Deo injuriosas ejusque sanct.« Ecclesiae prorsus adversas. ipsiaue regno periculosas, ac régis nomine prorsus indignas fuisse initas, etc. a C'est ainsi que le pape se plaignait.

§ 373. — ABOLITION DK i.' ORDRE DES JÉSUITES. 347

infructueuses ne purent empêcher le premier partage de la Pologne [1772]. L'exaspération qui résulta de ce triste événement fit refuser aux dissidents, par la constitution de 1755, le droit d'admissibilité aux emplois et aux dignités de l'État. Les luthériens et les calvinistes, pour se fortifier, se réunirent au synode général de Lissa, dans la même année. Enfin, les magnats polonais s'étant derechef divisés à propos de la nouvelle constitution de mai 1791, qui concédait quelques droits aux bourgeois et aux paysans, et ayant encore une fois rempli de troubles leur malheureux pays, il s'ensuivit le second partage [1793]. En vain Kosciusko, l'héroïque défenseur de sa patrie, lutta-t-il à la tête de sa brave armée; il succomba sous le nombre. La Pologne, démembrée complètement par un troisième partage, fut retranchée du rang des nations en 1795; son roi Stanislas Poniatowski, fut invité, pour prix de sa soumission à vivre à Saint-Pétersbourg d'une pension que lui paya la couï de Russie ; il y mourut en 1798.

§ 373. — Abolition de l'ordre des Jésuites.

Riffel, abolition de l'ordre des Jésuites. May., 1S48. Crétineau-Joly, t. V. Theiner, Hist. du pontif. de Clément XIV. Buss, la Société de Jésus, P. Il, p. 1262. De Ravigiian, Clément XIII et Clément XIV. Paris, 1854.

En suivant l'histoire des diverses Églises nationales on s'aperçoit que l'ordre des Jésuites, si actif et si utile dans la période précédente, n'a plus dans celle-ci sa force et sa vertu primitives, ou ne sait plus les appliquer à leur destination première.

Le signal de la réaction violente contre les Jésuites fut donné en Portugal (1). Ce royaume avait conclu avec l'Espagne un traité [1750], aux termes duquel le Portugal devait, en échange de la colonie de San-Sagramento, recevoir les sept districts du Paraguay, si admirablement administrés par les Jésuites. Les habitants de ces districts, mé-

(l) Murr, Hist. des Jésuites en Portugal sousPombal. Nuremberg, 1787, 2 vol.

contents de ce changement de gouvernement, se soulevèrent contre les Portugais. On accusa les Jésuites d'avoir excité à la révolte (1) et d'avoir fondé à leur profit, dans la province de Maranon, une république jusqu'alors inconnue. Le contraire fut clairement démontré quand, plus tard, les Jésuites, ayant à leur disposition tous les moyens de défense, préférèrent se résigner et se laisser traîner ignominieusement en Europe. Cette persécution était due surtout à la haine de Pombal, ministre de Joseph-Emmanuel Ier, et du canoniste Péreira. Les ennemis delà Société tirèrent encore parti d'une conjuration tramée contre la vie du roi, pour en accuser les Jésuites. Quoique l'instruction, qu'on poursuivit contre eux avec tout l'arbitraire imaginable, ne pût rien mettre à leur charge (2), on en déporta une partie sur les côtes des États ecclésiastiques [1759J, après avoir préalablement confisqué leurs biens ; d'autres, accusés de haute trahison languirent dans d'affreux cachots jusqu'à la mort du roi [1T77].

En France, les Jansénistes, les encyclopédistes et le Parlement conspiraient à la fois la ruine des Jésuites. Ceux-ci n'étaient parvenus à s'établir à Paris qu'en 1550, sous Henri II, malgré l'opposition du Parlement, de l'archevêque et de l'Université, et dans toute la France par l'édit de Soissons. qui leur imposait toutes sortes de restrictions gênantes. L'Université vit avec une extrême jalousie un Ordre dont les leçons gratuites étaient suivies avec empressement. Les huguenots s'étonnèrent de l'audace qu'on avait eue de fonder un ordre positivement destiné à les combattre, et manifestèrent en toute occasion l'esprit de haine et de persécution que Calvin (3) leur avait légué. Enfin les jansénistes, considérant les Jésuites comme leurs plus re-

(1) Cf. Aug. Theiner, Hist. des établissements ecclésiastiques d'éducation. Mayence, 1835, p. 235, note 345.

(2) C'est le résultat des dernières enquêtes : J.-J.-M. von Olfevs, sur l'attentat commis contre le roi de Portugal, le 3 sept. 1758. Recherches historiques. Berlin, 1839.

(3) « Jesuitœ vero, » dit-il, « qui se maxime nobis opponunt, aut necahdi, aut si hoc commode fieri non potest, ejiciendi, aut certe viendaciis et calumniis opprimendi sunt. » Cf. Maur. Schenkt, Institut, juris ecclesiast, Landish., 1830, 1. 1, p. 500.

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doutables adversaires, se liguèrent contre eux avec leurs ennemis les plus acharnés. Déjà le père du grand Arnauld, avocat au Parlement de Paris, y avait prononcé un violent discours, dans lequel il accusait les Jésuites d'être les ennemis du roi et les partisans de l'Espagne. L'opposition devint plus vive et plus violente encore, sous Henri IV, qui avait choisi son confesseur dans la société, malgré le peu de peine qu'elle s'était donnée pour mériter cette marque de confiance. La tentative du régicide Jean Châtel [1594] leur fut imputée, sous prétexte que Châtel avait autrefois étudié chez eux, et parce qu'il prétendait avoir entendu dire par le Jésuite Guéret qu'il était permis de tuer le roi, proposition condamnée de la manière la plus formelle par l'Ordre comme par le pape, mais soutenue d'ailleurs par les luthériens et les calvinistes, sous une autre forme et avec un appareil complet de citations puisées dans l'Écriture. Un arrêt du Parlement [29 décembre 1594] bannit de Paris et de France l'Ordre tout entier, malgré les protestations réitérées de Jean Châtel en faveur des Jésuites. Mais les Parlements de Bordeaux et de Toulouse prirent les Jésuites sous leur protection et décidèrent plus tard Henri IV à les rappeler. On essaya encore même, mais en vain, d'impliquer les Jésuites dans le régicide consommé par Ravaillac. On se vit alors réduit à chercher quelque autre moyen d'entamer l'Ordre, et il est fâcheux de dire que quelques-uns de ses membres fournirent des armes à ses ennemis. Dans leur zèle pour la vérité et pour le bien, les Jésuites s'étaient parfois égarés et n'avaient pas toujours eu recours aux meilleurs moyens ; dans la conscience de leur mérite, ils s'étaient souvent élevés avec orgueil au-dessus des autres ordres religieux. Ce reproche avait pu s'adresser surtout aux ouvrages d'un Hardouin, d'un Berruyer, d'un Pichon, d'un Escobar, d'un Tamburini, dont les erreurs, condamnées par des sentences pontificales, avaient été particulièrement relevées par Biaise Pascal, zélé janséniste, qui sut les exploiter de toutes manières dans ses Lettres provinciales. Pascal eut le tort, dans ces lettres fameuses, de présenter avec infiniment d'esprit et non moins de partialité, comme la morale de tout l'ordre, des décisions erronées, des passages scandaleux, extraits

de quelques théologiens et casuistes de la société, et la plupart tronqués, quelqus-uns interpolés, d'autres dénaturés dans leur sens ou leur suite. Ainsi l'on prétendait, en s'appuyant sur quelques propositions réellement scandaleuses et condamnables, mais peu nombreuses, présenter un tableau fidèle de la doctrine morale des Jésuites, et l'on se gardait bien de parler des nombreux ouvrages ascétiques de la société, si excellents et si propres à faire connaître son esprit. A tous ces ennemis se joignirent plus tard Mme de Pompadour, à qui les Jésuites refusaient de donner un confesseur tant qu'elle n'aurait pas quitté la cour, et le duc de Choiseul, ami de la favorite et protecteur des encyclopédistes. Ceux-ci, Voltaire (1) et d'Alembertà leur tête, avaient un intérêt particulier au renversement des Jésuites, qui, par leur zèle ardent pour la religion, par leur influence sur l'esprit et l'éducation de la jeunesse, par la considération dont ils jouissaient auprès des princes, et par leur respect inébranlable pour le souverain pontife, opposaient naturellement le plus grand obstacle aux desseins de la secte philosophique et révolutionnaire. Aussi Voltaire dirigea-t-il contre l'ordre toute la force de ses armes, toute la verve de son esprit, toute l'amertume de ses sarcasmes. « Une fois que nous aurons détruit les Jésuites, écrivait-il » à Helvétius [1761], nous aurons beau jeu contre l'infâme » (la religion chrétienne). » Ce fut à son instigation et sur les insinuations du marquis de Pombal, de Mme de Pompadour et du duc de Choiseul, que d'Alembert publia son fameux livre De la destruction des Jésuites, dont l'apparition fut en quelque sorte le signal de l'attaque générale. Pombal dépensait depuis longtemps des sommes considérables contre les Jésuites, et cherchait par ce moyen à faire goûter ses projets à la cour de Rome ; Choiseul en fit autant de son côté, tandis qu'une association de jansénistes formait un fonds considérable (caisse de salut) pour soudoyer les pamphlétaires lâchés contre la Société de Jésus. L'agent de cette association écrivait de Rome : « Le cordon tracé au- » tour des Jésuites est de telle nature qu'ils ne sauraient le » rompre, malgré leur crédit et tous les trésors de l'Inde. »

(1) Cf. Thelaer, ï. cit., p. 222 sq.

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