RAPPORTS ENTRE LES CATHOLIQUES
pas, sous ce rapport, exempte du tiraillement des partis : opiniâtres dans leurs dispositions haineuses, les protestants refusaient encore, au milieu du siècle dernier, d'admettre le calendrier grégorien corrigé, et le prince de IIohenlohe ayant voulu obliger ses ministres luthériens à célébrer la fête de Pâques de 1744 en même temps que les catholiques, Je Corpus evangelicum, poussé d'ailleurs par d'autres griefs, jugea à propos d'intervenir à main armée [1750.J On cria à la barbarie lorsque l'archevêque de Salzbourg, Léopold-Antoine contraignit les protestants, révoltés contre son autorité, à émigrer [1731], et qu'environ vingt mille de ses sujets allèrent paisiblement s'établir tant en Lithuanie qu'en Angleterre et en Amérique (1). Les réformés du Palatinat élevèrent de leur côté de fréquentes plaintes contre l'oppression qu'ils prétendaient avoir à souffrir de la lignée catholique des Neubourg du Palatinat (2).
Le sort des huguenots de France fut bien autrement dur après la révocation de l'édit de Nantes (voyez § 332), et celui des dissidents polonais ne fut guère meilleur à la suite de l'intervention des puissances étrangères dans les affaires de la Pologne (3).
Tandis que les catholiques de la Grande - Bretagne supportaient un despotisme dont rien n'approche, en Autriche Joseph II rendit l'édit de tolérance de 1781, qui accordait à tous les protestants à l'exclusion néanmoins des seuls déistes, la jouissance des droits civils et le libre exercice de leur culte. En Silésie la conquête de Frédéric II mit les deux Eglises sur un pied de parfaite égalité [1742]; l'Eglise catholique eut cependant réellement à souffrir de la suppression des couvents.
(1) De Caspari, Hist. authentique de l'émigration de Salzbourg, trad. du latin par Huber. Salzb., 1790; Zauner cl Gœrtner, < lu on. do Salzb., t. X. Salzb., 1621, p. 20-399. Hist. complète de l'émigration des luthériens chassés du dioc. de Salzb., 3' édit. Leipzig, 1733; 4 part. in-4.
(2) Cf. Planck, Nouv. bist, de la religion, P. II, p. 125-226, dans les pièces justificatives.
(3) Cf. Huth, 1. cit., t. II, p. 233-41 ; Wach, Nouv. hist. religieuse. P. VII, p. 7-1G0.
Les mariages mixtes entre les catholiques et les protestants, de plus en plus fréquents par suite du rapprochement des deux partis, soulevèrent, jusque dans les derniers temps, de graves difficultés. Les protestants, émancipés politiquement, voulaient encore l'être religieusement dans le sein même de l'Eglise, et prétendirent recevoir, comme les catholiques, en se mariant, la bénédiction sacerdotale, bien qu'ils ne crusseut pas au sacrement du mariage. Quoique, dans la question alors controversée parmi les théologiens, on pensât, à Rome, que le sacrement du mariage résulte de la déclaration réciproque des contractants (1) plutôt que de la bénédiction sacei dotale, Benoît XIV ne pouvait faire, d'après les principes imprescriptibles de l'Eglise, qu'une réponse invariable aux demandes adressées par les évêques, entre autres par ceux de Hollande et de Pologne : c'était celle de sa bulle Magnœ nobisadmira<ionis décrétant : que les mariages mixtes pouvaient être tolérés (2) dans l'Eglise sous certaines conditions, notamment sous celle d'élever dans l'Eglise catholique tous les enfants à naître de ces unions, sans qu'on pût jamais les approuver ostensiblement par un acte ecclésiastique. Du reste, bien loin de vouloir, en posant ces conditions, favoriser une sorte de prosélytisme occulte, les papes, les évêques et les
(1) Les Interprètes Conc. Tricl. déclaraient, le 31 juillet 1751 : « Accedit, pavochum in matriraoniis nullam exercere jurisdictionem, quura ex veriori et recepîiori sententia ipse non sit minister MajMji hujus sacramenti matrimonii, qui cum aliis testibus certam reddat Ecclesiam, hune atque illam matrimonium contraxisse, ut ex hac quoque ratione abesse videatur quœstio de jurisdictione a delegato, non subdelegando. » (Thesaurus solutionum sacrae Congr. Conc. Trid., t. XX. Romae, 1752, p. 91-92.)
(2) Luther et Calvin parlaient tout autrement. Ils déclaraient tout à fait inadmissibles et impies les mariages entre catholiques et protestants, se fondant sur le texte de saint Paul, 2 Cor. VI, 14 : « Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. » Même décision aux synodes de Lyon, 1568, et de Saumur, 1596; celui de Montpellier, de 1598, prononçait la suspension et la destitution des ecclésiastiques qui béniraient des mariages mixtes. Gentilis motivait cette dureté, tout à fait dans le sens de Calvin : « Les catholiques pouvaient bien tolérer de pareils rnariages,|puisque, d'après eux, les protestants ne sont que des hérétiques, tandis que les protestants doivent précisément les rejeter, parce que les catholiques ne sont pas seulement à leurs yeux des hérétiques, mais des antéchrists ! »