‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 156 sur 332 · U84 § 384. — MISSIONS DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

U84 § 384. — MISSIONS DES PROTESTANTS

missions les prêtres de l'Église catholique, et jamais, malgré leurs immenses moyens d'action et leurs nombreux éléments de succès, les missions entreprises par les premiers n'ont atteint les résultats féconds obtenus par les seconds. C'est surtout en considérant les fruits des missions protestantes les plus récentes qu'on est fondé à dire que jamais l'Église protestante, vu la nature particulière qui la caractérise, n'eût pu réaliser, parmi les peuplades farouches des races germanique et slave, ce que l'Église catholique accomplit parmi elles avec tant de succès, malgré des dangers toujours renouvelés, des difficultés immenses etau milieu des circonstances les plus défavorables. Pourquoi les protestants, au moment même de leur premier enthousiasme, ne furent-ils point entraînés, comme l'ordre des Jésuites, né à la même époque, à porter les consolations de l'Évangile aux populations païennes les plus lointaines? Pouvons-nous admettre, comme excuse légitime, le spécieux prétexte allégué par les protestants, à savoir qu'ils avaient près d'eux assez d'idolâtres catholiques à convertir? Mais les Jésuites n'auraient-ils pas pu, à leur point de vue, le faire valoir également contre les protestants, et se soustraire ainsi à la tâche difficile et périlleuse des missions étrangères? Ce furent encore les Herrnhuters qui se sentirent la vocation la plus réelle pour les missions ; mais leur Évangile bizarre ne pouvait guère être goûté que par des hommes déjà instruits et préparés à cette doctrine étrange; elle devait rester sans action et sans puissance sur le sauvage ignorant et grossier. L'Angleterre chercha à convertir au Christianisme les tribus indigènes de l'Amérique du Nord, afin de s'assurer la possession paisible de ses colonies ; et, lorsque John Eliot commença à y prêcher l'Evangile [1646], il se forma, sous la direction de l'Eglise anglicane (1), une société pour la propagation du Christianisme [1649], tandis que les pieux Herrnhuters (2) et les Méthodistes zélés travaillèrent, de leur côté, à la conver-

(1) Eliot, Christian commonwealth or the rising kingdom of J. Ch. 1652 sq., 2 vol. in-4; Mather, Eccl. Hist. of New England. London, 1702, in-fol.

(2) Coup d'œil sur l'hist. des missions des Frères évangéliques. Gnad. 1833. Cf. Walch, Nouv. hist. relig., t. VIII, p. 251 et suiv.

sion des sauvages, mais sans aucune mission officielle^ sans l'appui du gouvernement, et sous la seule impulsion de leur foi et de leur dévouement.

Le gouvernement danois, imitant celui d'Angleterre, envoya une mission à Tranquebar, pour ses possessions de l'Inde [depuis 1706]. Cette mission fut surtout vivifiée par la part active qu'y prit la maison d'orphelins de Halle. Cependant les résultats furent peu considérables dans les Indes orientales ; on réussit mieux parmi les esclaves des Indes occidentales (1). Le Danemark et la Suède tournèrent aussi leur sollicitude vers Jes contrées glaciales de la Laponie et du Groenland (2), où avaient pénétré jadis des missionnaires catholiques dont les efforts héoïques avaient malheureusement échoué. Un pieux zèle conduisit «n Groenland le ministre norwégien Jean Egede (3), qui, secondé par le gouvernement danois, reconquit à l'Europe et à l'Évangile cette terre mystérieuse [1721]; les colonies danoises y consolidèrent l'existence du Christianisme (4). N'oublions pas, en terminant cette énumération, l'Institut fondé à Halle par le professeur Gallenberg, pour la conversion des juifs et des musulmans [1728], œuvre dont le succès ne répondit pas au zèle de son fondateur.

§ 385. — Rapports entre les catholiques et les protestants.

Les rapports des catholiques et des protestants, divers dans les divers pays, étaient empreints d'un caractère plus pacifique que partout ailleurs dans l'empire germanique, si longtemps ravagé par les malheurs de la guerre de Trente-Ans. Et cependant l'Allemagne elle-même n'était

(1) Haller, Nouvelles des missions depuis 1708 ; Walch, 1. cit., t. Y, p. 119.

(2) Acta hist. ecclesiast., t. XI, p. 1 sq.; t. XV, p. 230 sq.

(3) H.\ Egede^ Nouv. de la mission du Groenland. Hamb., 1740 ; Paul Egede, Situation du Groenland, d'après un journal tenu de 1721 à 1740. Copenh., 1790.

(4) Hist. de l'Institut jusqu'en 1791 ; Acta hist. eccles. nostn temporis, t. II, p. 711 sq.

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