SOUS UN SYNODE PERMANENT
femmes, comme l'atteste une série d'ordonnances depuis 1702. Puis vint le tour du clergé séculier : le czar daigna dresser, de sa propre main, vingt-six articles réglementaires, et adresser, en sa qualité d'évêque suprême, une instruction pastorale aux évêques prescrivant les qualités exigibles pour l'ordination, la consécration, etc. L'Église russe fut alors soumise à l'organisation suivante :
Toute Église épiscopale devait avoir un protopope, deux trésoriers, cinq popes, un protodiacre, quatre diacres, deux lecteurs et deux sacristains ; plus trente-deux choristes pour chanter à l'église. Dans d'autres métropoles il y avait un protopope, deux popes, deux diacres, deux chantres et deux sacristains; dans les grandes églises paroissiales, deux popes, deux diacres, deux chantres et deux sacristains ; dans les paroisses de deux à trois cents maisons, trois prêtres, trois diacres et trois sacristains étaient chargés des soins du culte. Si une église avait un clergé trop nombreux, on en devait reporter l'excédant sur d'autres églises.
Le czar, habitua, par ces dispositions arbitraires, le clergé et le peuple à reconnaître, avec une obéissance passive, sa toute-puissante volonté, et parvint ainsi à abolir peu à peu la dignité patriarcale. Il déclara enfin, dans une assemblée solennelle des évêques, qu'il ne voyait ni la nécessité du patriarcat pour le gouvenement de l'Eglise, ni son utilité pour l'État; qu'il était résolu à introduire une nouvelle forme d'administration ecclésiastique , qui tiendrait le milieu entre le gouvernement d'un seul individu et un concile général, la vaste étendue de l'empire rendant ces deux formes de gouvernement fort difficiles et très-périlleuses; qu'il y aurait donc désormais un petit concile choisi et permanent (synode) auquel serait confié le soin des affaires ecclésiastiques. Quelques évêques ayant représenté que le patriarcat de Kiew et celui de toute la Russie n'avaient été érigés qu'avec le consentement du patriarche d'Orient, le czar répéta d'un ton dictatorial, en se frappant la poitrine : « Voici votre patriarche ! »
On ne tarda pas à voir des ecclésiastiques et des évêques assez lâches et asssez perfides pour prendre la défense de a mesure impériale, et pour sacrifier aux tendances am- III. 22.
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bitieuses du czar la liberté et l'indépendance de leur Église. Théophanes, archevêque de Plescow, se mit à leur tête. Aussi dès le premier concile russe tenu à Moscou [1720], Pierre put soumettre à l'approbation et à la signature des évêques, des archimandrites et des hégumènes des principaux couvents, le règlement ecclésiastique, corrigé de sa main. On décida de plus, dans ce concile, que le saint synode serait considéré comme autorité ecclésiastique suprême et concile permanent, prononçant en dernier ressort sur toutes les affaires de l'Église. Ce règlement renfermait en même temps les motifs, assez subtils d'ailleurs, qui étaient censés avoir guidé le czar dans l'érection d'un saint synode législatif permanent (1). Peu de temps après [le 25 février 1721], le synode fut ouvert solennellement par un discours de l'archevêque Théophanes, son vice-président ; il se composait de onze membres, savoir : un président, deux vice-présidents, quatre conseillers et quatre assesseurs. Mais dès 1722 le nombre en fut porté à quatorze. Le savoir et la capacité des premiers membres de ce synode, choisis par le czar, avec une prudente politique, parmi les évêques, les archimandrites, les hégumènes des principaux couvents et les protopopes, leur valurent l'estime générale. La création du synode acheva de rompre le lien qui unissait l'Église de Russie à l'Église d'Orient. Tout s'y passa au gré de la politique du czar, seul mobile des actes de l'assemblée. Les successeurs de Pierre Ier trouvèrent sa politique excellente, y persévérèrent, et la servitude la plus complète de l'Église russe, la naissance de sectes diverses, l'absence de toute influence morale sur
(1) l° Un concile est plus capable de juger et de décider qu'un seul homme; 2° les décisions d'une telle assemblée sont d'un plus grand poids et d'une plus grande autorité que celle d'un seul homme; 3° comme le concile est assemblé par l'ordre et sous les yeux du monarque, on n'a point à craindre la partialité ou l'imposture, le monarque n'ayant point en vue l'intérêt privé (?), mais le bien général (?); 4° les aQ'aires ne peuvent être interrompues ni par la maladie, ni par la mort ; 5° dans une semblable réuniou de personnes appartenant à différents ordres, la corruption ou la passion est moins à redouter; 6° un certain nombre de personnes agissant dans le même but n'ont rien à craindre de la vengeance des grands, tandis qu'elle pourrait bien ne pas être sans influence sur un individu isolé;