AFFINITÉ DE SON SYSTÈME AVEC LE NOUVEAU PAGANISME
avec une naïve franchise que le sort du commerce était d'être pillé par la noblesse.
Toutes ces dispositions de la noblesse de l'empire se résumaient parfaitement dans le caractère de François de Sickengen, modèle achevé des chevaliers dégénérés de l'époque. Idolâtre d'une liberté sans bornes, il était guidé dans toute sa conduite, non plus par l'idée sublime qui faisait jadis la grandeur d'une chevalerie toute dévouée à la vérité, au droit, à la religion, au service de l'empereur et de l'Église, mais par un vil égoïsme qui lui mettait l'épée à la main, pour un gain sordide, pour les causes les plus iniques. Et telle était la faiblesse de l'empire, que ces chevaliers, indignes de leur nom, pouvaient satisfaire impunément leurs ignominieuses passions, et que François Ier et Charles-Quint cherchèrent l'un et l'autre à attirer Sickingen à leur parti, à cause de ses talents militaires. Aussi le vit-on tour à tour perturbateur de la paix publique, mis au ban de l'Empire, ou chef des armées de l'empereur. Luther s'adressa à cette puissance matérielle, depuis longtemps ennemie de la paix publique, disposée à toutes les violences, résolue à renverser la constitution de l'Empire, et d'autant plus dangereuse que Sickingen, par sa considération personnelle et son caractère énergique, pouvait disposer de toutes les ressources de l'ordre. Du reste, Sickingen, pas plus que Hütten, ne portait aucun intérêt aux opinions religieuses de Luther. La controverse des indulgences, l'insurrection qui en résultait contre l'Eglise, n'étaient pour lui qu'une simple occasion de trouble, un levier pour soulever les masses et produire la révolution qu'il avait en vue. Il ne s'était jamais beaucoup inquiété des choses religieuses, et les formes et les usages de l'Église, tels qu'ils étaient, lui suffisaient pleinement. Aussi le vit-on, sans doute par suite de quelque remords de conscience, faire toutes sortes de dons aux églises et aux couvents, fonder et doter une chapelle [10 mai 1520] que, sur sa demande, Albert, archevêque de Mayence, autorisa, en accordant une indulgence de quarante jours à ceux qui viendraient y prier. En 1H19, Sickingen voulut même fonder un couvent de Franciscains, et ne fut retenu que par les sarcasmes de Hütten. Mais en vain celui-ci voulut l'at-