‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 15 sur 332 · NOUVEAUX ÉCRITS DE LUTHER · texte numérisé non relu

NOUVEAUX ÉCRITS DE LUTHER

au pape Léon X (1). La vente de ces écrits, pleins de fielet de méchantes plaisanteries, accompagnés de gravures obscènes et injurieuses, dues au burin du célèbre Luc de Kranach, était annoncée aux portes des églises, à côté des livres de piété. Hütten et son parti ne négligeaient rien pour arriver à leur but et détruire toute la race monacale : ils cherchèrent à gagner les princes. « Il faut, écri- » vait Hütten à Pirkheimer, les gagner de toutes façons, » s'attacher à eux sans relâche, accepter de leurs mains » toutes les fonctions publiques et privées ; car c'est de » cette manière que les juristes et les théologiens entrent » et se maintiennent en faveur. »

Ainsi, s'était déjà formée, avant l'explosion de Luther, et en dehors de ses tendances pseudo-mystiques, une conjuration toute païenne contre l'Église, et une véritable réaction matérialiste contre les idées religieuses et révélées (2). Deux partis si extrêmes, l'un tout charnel, l'autre tout spirituel, dans son origine du moîns, ne pouvaient s'unir contre l'Église que par le lien d'une haine commune.

Hütten, appartenant par sa naissance à la chevalerie, sut faire partager la haine originelle des humanistes et des philologues contre le clergé à la noblesse, qui, tout en pillant souvent les trésors de l'Église, n'avait jusqu'alors jamais songé à s'insurger contre son autorité. Au souvenir des jours anciens et des mœurs de leurs aïeux, les nobles frémissaient de ne pouvoir plus résoudre leurs querelles et soutenir leurs prétentions l'épée au poing, à la tête de leurs amis, de leurs valets et de leurs vassaux ; et l'obligation de recourir, d'une manière peu chevaleresque, à la justice d'un tribunal pacifique, leur était insupportable. Les habitudes guerrières avaient étouffé tout sentiment de justice et d'humanité chez eux ; leur maxime était toujours : « Che- » vaucher et piller, ce n'est pas une honte, car les plus » vertueux le font le mieux du monde. » Et ils soutenaient

(i) Voyez t. I, § 16, n° 4. De falso crédita et ementita Const. donatione declamatio.

(2) Voyez dans les Feuilles hist. le travail intitulé: Alliance de Luther avec l'aristocratie, et préparatifs de la guerre de Siekingen, t. IV, p. 465-82, p. 577-93, p. 669-78, p. 725-32.

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