DE LUTHER
tement sur les droits de Fépiscopat allemand (1). Eck, d'ailleurs, dit-on, étendit de son autorité privée, l'excommunication sur quelques-uns des adhérents de Luther, sur des professeurs de Wittenberg, Garlostadt et Dolcius, les conseillers de Nuremberg, Pirkeimer, Lazarre Spengler, et le chanoine d'Augsbo.urgd'Adelmansfelden, et il suscita ainsi de nombreuses difficultés à la publication de la bulle dans bien des localités où les esprits étaient en grande fermentation. A Leipzig on insulta Eck, on le chassa, on se moqua de la bulle. Il en fut de même à Erfurt. A Mayence, Cologne, Halberstadt, Freisingen, Eichstadt, Mersebourg, Meissen, Brandebourg, etc., on publia la bulle, et les écrits de Luther furent brûlés. L'électeur de Saxe engagea Luther à s'adresser encore une fois au pape ; Luther envoya, en effet, au souverain pontife l'écrit grossier dont nous avons parlé plus haut, en y ajoutant son traité « de la Liberté chrétienne. »
Charles V, élu empereur à la mort de Maximilien, joignit au respect héréditaire de sa famille pour la tradition ecclésiastique les principes religieux qu'il devait à son précepteur, Adrien d'Utrecht, qu'il aida plus tard à monter sur le trône pontifical (2). Après son couronnement à Aixla-Chapelle [22 octobre 1520], les légats du pape Caraccioli et Aléandre lui remirent la bulle d'excommunication. Luther, encore incertain des dispositions du nouvel empereur, lui avait adressé une lettre pleine d'humilité, pour obtenir sa faveur (Ü). L'électeur de Saxe, conseillé par Érasme, demanda aux légats du pape que l'affaire fût, avant tout, instruite par des arbitres modérés, pieux et impartiaux, et qu'on réfutât, s'il était possible, une doctrine que Luther prétendait fondée sur l'Écriture sainte. Luther, en même temps, sans égard pour la défense du
(1) Luther, des nouvelles bulles et des mensonges d'Eck, dans Riffel, t. I, p. 242.
(2) Robertson, Hist. de Charles-Quint; Lanz, Corresp. de Charles- Quint, tirée de la biblioth. roy et de la biblioth. de Bourgogne à Bruxelles, 1844, t. I; Heine, Lettres à Charles-Quint (1530-32) de son confesseur, tirées des arch. roy. d'Espagne à Simancas. Berl., 1848; Raumer, Hist. de l'Europe depuis la fin du XVe siècle, t. I, p. 580-86.
{■■) Walch, Œuvres de Luther, t. XV, p. 1636. Cf. Riffel, t. I, p. 103 sq.
III <v
26 § 303. — diète
pape, sans attendre la réponse de Léon X, en appela c!u pape à un concile universel, et fit paraître son libelle : Contre la bulle de l'Antéchrist. Dépassant, dans son audace, toutes les bornes, il brûla publiquement la bulle d'excommunication, le droit canon, toutes sortes d'ouvrages scolastiques et casuistiques, ceux d'Eck et d'Emser, en s'écriant : « Parce que tu as contristé le saint du Seigneur » (Martin Luther), que le feu éternel te consume [10 dé- » cembre 1520] (1) ! » Luther avait annoncé par des affiches le sort qu'il réservait à la bulle du pape : il se hâta d'annoncer sa victoire à Spalatin (3). Quant à l'empereur, voyant le mouvement gagner de proche en proche, il fixa sa première diète à Worms.
§ 303. — Diète de Worms [1521].
Cochions, (Col., 1568), p. 55 sq. Pallavicini, Hist. conc. Trid., lib. I. c. 25 sq. Sarpi, Hist. conc. Trid., lib. I, c, 21 sq. Acta Lutheri in conciliis Vormat. éd. Policario. Vit,, 1546 (Luth. Opp. lat. Jenae, t. II, p. 436 sq. Œuvres allem. Iéna, P. I, p. 432-463). Raynald, ad ann 1521.
L'empereur avait d'abord pensé assigner Luther à la diète. Le légat Aléandre s'y opposa, en s'appuyant sur ce qu'une autorité séculière ne pouvait pas prétendre mettre en discussion une décision pontificale. Il demanda au contraire qu'on exécutât les décrets de la bulle contre Luther [3 janvier 1521]. Les paroles du légat firent plus d'impression sur l'empereur, lorsqu'il lui prouva clairement qu'il s'agissait, non point d'une différence d'opinion entre Luther et Rome, mais bien de l'empire menacé, en même temps que l'Église, d'un bouleversement total. Aléandre fut néanmoins obligé de céder aux désirs des Etats, qui ne voulaient rien décider contre Luther avant de l'avoir entendu, et qui d'ailleurs avaient présenté cent et un griefs (gravamina) contre les abus introduits dans les choses reli-
(1) Luth. ep. ad Spalat. : « Impossibile est enim salves fifri, qui huic bulke aut foverunt aut non repugnarunt (de Wette, 1. 1, p. bzz).
(2) Cf. de Wette, t. I, p. 532 ; Walch, Œuvres de Luther, t. XV, p. 1925.