‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 19 sur 332 · DE WORMS · texte numérisé non relu

DE WORMS

gieuses (1). Enfin George, duc de Saxe, l'ardent ennemi de Luther, avait produit, de son côté, douze plaintes particulières, entre autres contre les abus des indulgences et les mauvaises mœurs du clergé. Il réclamait aussi vivement la tenue d'un concile universel. Luther, muni d'un sauf-conduit de l'empereur, vint donc à Worms [16 avril], et déclara « qu'il ne demandaitpas mieux que d'être convaincu « de ses erreurs par des témoignages positifs des saintes « Écritures, ou par des principes clairs, simples, évidents, « et qu'il ne ferait pas d'autre appel. « L'official de Trêves lui montra combien il était contradictoire d'en appeler uniquement à l'Écriture et à son interprétation privée, et d'ébranler, comme il le faisait, l'autorité des Écritures en en approuvant ou rejetant arbitrairement certains livres, selon sa convenance (2) ; que d'ailleurs cette prétention d'en appeler exclusivement à l'Écriture sainte avait été, dès l'origine de l'Église, l'occasion de toutes les hérésies, et Luther lui-même expia durement sa prétention dans sa controverse sur l'Eucharistie. Ayant opiniâtrement refusé de se soumettre aux décisions d'un concile universel, comme le lui conseillait une commission composée de princes, d'évêques, des docteurs Eck et Cochlseus, et répétant sans cesse le mot de Gamaliel : « Si l'œuvre est de la » main des hommes, elle périra ; si elle est de Dieu, elle » persistera, » Luther reçut l'ordre de quitter immédiate-

(1) Walch, t. XV, p. 2058 sq.

(2) Voici comment Luther s'exprime sur le Pentateuque : Nous ne ■voulons ni voir ni entendre Moïse. Laissons-le donc aux juifs pour leur servir de Miroir des Saxons, sans nous en embarrasser. Car Moïse a été donné aux juifs seuls et ne nous regarde pas, nous autres païens et chrétiens. De même que la France se soucie fort peu du miroir des Saxons, tout en s'accordant avec lui pour la loi naturelle, de même la loi convient très-bien aux juifs, mais ne nous lie plus du tout. Moïse est le maître de tous les bourreaux; personne ne le surpasse, quand il s'agit de frapper de terreur, de torturer, de tyranniser.» — Sur l'Ecclésiaste, l'hérésiarque dit: «Ce livre aurait besoin d'être plus complet; il est tronqué; il n'a ni bottes ni éperons; il chevauche en chaussons absolument comme moi, quand j'étais encore moine. » — Sui- Judith et Tobie: «Judith, ce me semble, n'est qu'une tragédie qui nous apprend quelle est la fin des tyrans. Quant à Tobie, c'est une comédie où l'on parle beaucoup des femmes et qui renferme bien des choses risibles et folles. » — Sur l'Ecclésiastique: «L'auteur de ce livre était un bon prédicateur de la loi

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ment Worms avec un sauf-conduit de vingt et un jours. Mais à peine en route, et probablement comme on en était convenu, il fut arrêté par les ordres de Frédéric, électeur de Saxe (1), et mené au fort de Wartbourg, près d'Eisenach, où du mois de mai 1521, jusqu'au 8 mars 1522, il vécut déguisé, s'occupant assez activement, entre autres d'une traduction de la Bible, arrangée selon les besoins de son système. Nous avons vu ailleurs que ce n'était pas la première traduction qui paraissait.

La diète publia un nouvel édit [26 mai 1521] qui mettait Luther au ban de TEmpire, ordonnait à tous les sujets de le livrera l'empereur, d'anéantir ses écrits sous des peines graves. La Chambre impériale de Nuremberg était chargée d'exécuter l'arrêt contre Luther, et l'on crut généralement que tout était terminé. Ce n'était pas l'opinion de l'Espagnol Alphonse Valdez (2), qui avait dit : « Voilà le com- » mencement d'une longue lutte ! »

ou un juriste, et il enseigne la manière de se bien comporter à l'extérieur; mais ce n'est pas un prophète, et il ne sait absolument rien du Christ. » — Sur le livre II des Machabées : « Je suis tellement l'ennemi de ce livre et de celui d'Esther, que je voudrais qu'ils n'existassent pas, parce qu'on y trouve une foule de juiveries et de corruptions païennes. » — Sur les quatre Évangiles: « Les trois autres évangélistes ayant beaucoup plus parlé des œuvres du Seigneur que de ses paroles, l'Evangile de saint Jean est le seul vraiment tendre, le seul véritable Évangile, celui qu'il faut préférer de beaucoup aux autres. De même, les Épîtres de saint Pierre et de saint Paul sont au-dessus des trois autres évangélistes. » — Sur l'Épitre aux hébreux : « Nous ne devons pas nous arrêter si nous rencontrons sur notre route un peu de bois, de foin et de paille. » — Sur l'Épitre de saint Jacques : «C'est pourquoi l'Epitre de saint Jacques est une véritable épîtrede paille en regard des épîtres de saint Paul; elle ne renferme rien qui rappelle la manière évangélique.» — Sur l'Apocalypse: «Je ne trouve absolument rien d'apostolique, ni de prophétique dans ce livre. Car les apôtres n'ont pas coutume de parler en figure: ils prophétisent en termes clairs et nets. Que chacun en pense ce que lui dicte son esprit; pour moi, mon esprit y répugne, et cela me sullit pour le repousser. »

(1) Voyez là-dessus les Lettres de Luther, dans de Wette, t. II, p. 3, 7, 89.

(2) Ep. ad Petrum martyrem : « Habes hujus tragœdiae, ut quidam volutit, finem, ut egomet mihi persuadeo, non finem, sed initium ; aam video Germanorum animos graviter in sedem Romanam concitari. » Cf. d'autres lettres de ce Valdez dans Lessing, 1. cit. Lorsque que le légat du pape, Chieregati, lit observer que, si la Hongrie était

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