‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 231 sur 332 · DE LA PHILOSOPHIE MODERNE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE MODERNE

Jules Müller à Halle (4), tandis que Marheineke, professeur à Berlin [f 1846], Daub et Rothe à Heidelberg (2), ainsi que Baur à Tubingue, subissaient surtout l'influence de Hegel (3). Ceux-ci s'applaudissaient de ce que la philosophie hégélienne, dont la terminologie a un coloris biblique, admettait et professait « que la religion est en elle-même ce qu'il y a de plus important, que la connaître dans son essence est le but de toute sagesse, que la religion chrétienne a, dans sa constitution ecclésiastique, une signification historique plus profonde que ne l'admettent les rationalistes. » Ainsi, chose étrange ! on en était venu à méconnaître le Christianisme, au point que l'on pensait en retrouver le véritable esprit dans le système de Hegel. L'on sait que Dieu, pour Hegel, n'est que la raison impersonsonnelle n'arrivant à la conscience d'elle-même que dans l'intelligence de l'homme ; et, en détruisant à la fois la liberté divine et la liberté humaine, il ramenait l'humanité des brillantes clartés de l'Évangile dans les ténèbres du paganisme, et évoquait de ce chaos, comme arbitre suprême de toutes choses, la cruelle nécessité (àvây^«). Le mal est à ses yeux une manifestation nécessaire de l'esprit prenant possession de lui-même, et son apothéose de l'État est évidemment emprunté au paganisme (4). L'opposition de la doctrine hégélienne avec le Christianisme se manifesta clairement à la mort de Hegel. Ses disciples se divisèrent en deux partis, dont l'un nia positivement les faits de l'histoire sainte et prétendit que notre mort serait éternelle, tandis que l'autre prit la défense de certaines vérités religieuses comme expression du sentiment de Hegel.

(1) Ttvesten, Leçons sur le dogme d'après le compend. de de Wette. 4« édit., 1838, 2 vol. Nitzsch, Système de la doctr. chrét. Bonn, 1829. Hase, Manuel dedogmat. évang. 1826, 2« édit. Leipz. 1838. Ullmann, L'impeccabilité de Jésus, 6e éd. Hamb. 1853. J. Müller, la Doctr. du péché 1839.

(2) Rothe, Les commencements del'Égl. et son organis. "Wittemb. 1843; Ethique théolog. 1818, 3 vol.

(3) Leçons sur la philos, de larelig., publiées par Marheineke, Beii. 1832, 2 vol.

(4) Slaudenmaier, Exposition et critique du système hégélien, Mayence, 1844.

248 § 42b. — INFLUENCE

Au premier parti appartenait David Strauss, de Tubingue, sorti de l'école théologique de Baur et de l'école philosophique de Hegel. Il poussa la critique historique jusqu'à ses dernières limites, dans sa fameuse Vie de Jésus, où il ne voit que des mythes dans les récits du Nouveau Testament (1). Cette négation audacieuse, écrite avec une dialectique éblouissante, à l'aide d'arguments déjà vieux et tirés de l'arsenal du frivole Edelmann (ni, 370), émut les plus grands théologiens du temps et leur mit la plume à la main pour venger le Christ historique. Mais plusieurs d'entre eux avaient des principes qui rendaient la défense difficile. On commençait à craindre que cet enseignement subversif de tout Christianisme n'exerçât une influence funeste sur le peuple encore croyant, lorsque l'opposition publique, que rencontra la nomination du docteur Strauss à la chaire de dogmatique chrétienne de Zurich, "le força de quitter l'université de cette ville et le dépouilla de tout prestige (2). L'œuvre de Strauss semble être le dernier mot des hérésies relatives au Christ, car elle prouve qu'il est impossible de produire désormais quelque chose de nouveau à cet égard. Les arguments de Strauss n'ont absolument rien d'original, ils ne sont que la reproduction des assertions bien vieilles du juif Philon sur le Christ et le Verbe, de sorte que le cycle des hérésies se termine comme il a commencé, il y a dixhuit siècles (3).

Tandis que l'on s'écartait ainsi de plus en plus de la vérité chrétienne, on vit tout à coup surgir le présomptueux

(1) La Revue de Bonn, 17e livr. p. 250 et suiv. Les écrits sur la vie de Jésus de Strauss dans le répertoire de Reinwald, art. i et h de la livr. de Nov. 1838. Dorner, Hist. de la théologie protestante p. 826-842.

(2) Appel du Dr Strauss à Zurich. ( Feuilles hist. polit, t. III, p. 321-349). Gelzer, Strauss repoussé de Zurich en 1839, Pour servir à l'hist. du protestantisme, Hamb. 1843.

(3) Strauss, la Doctr. chrét. considérée dans son développement histor. et dans son opposition avec la science moderne, Tub. et Sttug. 1840, 2 vol. suiv. Strauss, C'est l'espèce humaine qui est le Verbe, idée déjà formulée par Philon, quand il dit : cûtax«v àvôpwTicjuv y£vo;. De somniis lib. II, (opp. ed. Mang. t. I, p. 683). Staudenmaier, Philosophie du Christianisme, t. I, p. 810-19.

Page 1