‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 232 sur 332 · DE LA PHILOSOPHIE MODERNE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE MODERNE

parti de la jeune Allemagne (1) qui fit, de l'erreur hégélienne sur le développement de Dieu dans l'histoire, une sorte de théorie sociale et révolutionnaire, et, professant le plus grossier panthéisme, prêcha, en opposition avec le spiritualisme chrétien, l'émancipation de la chair. Combattu et bientôt vaincu, ce parti matérialiste céda le terrain à d'autres disciples de Hegel, qui se créèrent un organe périodique dans l'Annuaire de Halle, puis dans l'Annuaire allemand, d'Arnold Ruge [1840], et professèrent, avec une logique effrayante, une doctrine qui se rattache à la théologie de Strauss et foule aux pieds les prétendues ruines du Christianisme à jamais renversé. Ils prétendaient que la mission de l'Eglise protestante est de déraciner la foi au Christianisme évangélique, que Luther n'a été que le précurseur du grand Hegel, que le Protestantisme peut exister sans la Bible, depuis longtemps vieillie et remplie d'erreurs sur les questions les plus importantes de la vie, et remplacer efficacement, à l'aide de la science et de la civilisation, toute discipline morale. Et lorsque Feuerbach (2) et Bruno Bauer (3), marchant à la suite de Strauss, eurent, en peu de temps, tout renversé sur le terrain religieux, Ruge, abordant franchement la question politique et sociale, déclara, notamment dans son programme de 1843, que le libéralisme vieux et usé devait faire place à la démocratie et au communisme ! Le poëte Herwegh, de Stuttgard, poussa l'audace jusqu'à crier au peuple : « Arrachez les croix du sol et faites-en des glaives ! »

Lorsque cette agitation, qui se couvrait du manteau de ia philosophie et de la politique, eut été comprimée, l'école du rationalisme vulgaire, tenue par Vegscheider à Halle, David Schulz à Breslau, Rœhr à Weimar, et Paulus à Heidelberg, vit éclore dans son sein un nouveau parti qui inscrivit sur son enseigne le nom séduisant « d'Amis

(1) Heine, Gutzkow, Laube et autres dans le répert. deRheiirwald, 1834, n° 5.

(2) Feuerbach, L'essence du christianisme, Leipz. 1841. Journal théolog. de Fribourg, 1842, t. VIII, p. 151 et suiv.

(3) Bruno Bauer, L'Eglise nationale évangélique de Prusse et la science, 2* édit. Leipz. 1842.

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