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MOUVEMENTS RELIGIEUX LES PLUS IMPORTANTS

Voulant réaliser sa promesse de « laisser l'Église s'administrer elle-même, » le roi convoqua, en synode général à Berlin, les notables de l'Église et de l'État. Trente-sept ecclésiastiques et trente-huit laïques y assistèrent, sous la présidence du ministre des cultes [du 2 juin au 29 août 1846]. Les projets, qui furentfpartagés entre huit commissions, puis débattus dans soixante assemblées générales, concernaient :

^0 La question d'union, dont le rapporteur fut Jules Muller de Halle. Il fut décidé que, pour faire partie d'une Église évangélique, il suffit d'admettre le Consensus fidei.

2° La question de la profession de foi, que l'on devait exiger des ecclésiastiques avant leur admission aux ordres. Le rapporteur Nitsch de Bonn, proposa, pour l'avenir, un formulaire composé de paroles empruntées à l'Écriture sainte, mais sans aucune précision de dogmes, et sa proposition fut votée.

3° La constitution de l'Église. Le rapporteur Stahl fit adopter la résolution suivante : Les conseils presbytéraux et les consistoires seraient composés de membres laïques et de membres ecclésiastiques, et, à côté du consistoire permanent, il y aurait un synode général où les deux éléments seraient représentés en nombre égal.

Ces décisions rencontrèrent, en dehors du synode et surtout dans la Gazette ecclésiastique de Hengstenberg , une puissante opposition. Les membres de l'assemblée furent traités de dépositaires infidèles, de renégats du Christ, et on réussit à empêcher d'exécuter les décisions prises par la majorité.

III. Contre le parti orthodoxe et piétiste des « hommes de ténèbres, » qui allait sans cesse grandissant et se fortifiant, se levèrent les « amis de la lumière, » esprits remuants et frondeurs, qui fondèrent, à Kœnigsberg, à Magdebourg et en Thuringe, trois communautés d'une religion indépendante, sous la direction de Rupp, Wislicenus et Uhlich. Ils surent profiter de l'agitation que causèrent longtemps les soi-disant catholiques allemands, avant que le gouvernement y mît ordre, (p. 209). Ils affichaient un Christianisme pratique fondé sur l'interprétation rationnelle de la Bible accommodée aux progrès du dix-neuvième

EN ALLEMAGNE. OQ5

siècle. D'après leurs idées, ainsi que d'après les élucubrations scientifiques de la nouvelle école de Tubingue, les travaux des missionnaires chrétiens et de l'Église catholique ont été des hors-d'œuvre. La marche du temps et la sagesse des écoles païennes auraient aussi bien et même mieux fait les choses que la religion chrétienne.

IV. Tout autres furent les tendances mystiques et piétistes des sectes multiples dont nous parlerons plus loin.

2° Hors la Prusse.

Dans les pays allemands, autres que la Prusse, se produisirent aussi des mouvements religieux qui revêtirent des caractères particuliers selon les chefs qui en eurent la haute direction. De grands et persévérants efforts furent tentés, malgré quelques divergences d'idées, pour la restauration du dogme, du culte et de la discipline, dans le Mecklembourg, sous l'impulsion des zélés luthériens Kliefoth et Mejer, et en Bavière, par Harless, avec l'aide de la Faculté de théologie luthérienne d'Erlangen. Aussi, le savant et estimé professeur Thomasius (1) se plaisait-il à constater le « réveil de la vie évangélique dans l'Église luthérienne de Bavière » (fragment de l'Histoire ecclésiastique du sud de l'Allemagne, Erlangen). Toutefois, le zèle ardent d'Ébrard, pour le retour à l'ancien symbole, n'eut point de prise sur les réformés de la Bavière rhénane. Le peuple se réunit, protesta contre les décisions des synodes généraux de 1853 et de 1857, repoussa le nouveau catéchisme et le nouveau recueil de cantiques, et réclama le maintien de l'union, qui ne lui imposait pas de profession de foi. Le roi Maximilien, qui « voulait avoir la paix avec son peuple, » se garda bien de le contraindre.

Le prélat Ullmann rencontra la même opposition dans le grand-duché de Bade, lorsque après avoir condamné l'Histoire biblique de Hébel, il voulut faire reparaître, sous un titre nouveau, le catéchisme luthérien d'Heidelberg , et

(l) Tkomasius, Origènes, pour servir à l'hist. du dogme. Nuremb., 1837. Dogmatique luthérienne évangolique. 1857, 3 vol.

266 § 430. — ASSOCIATIONS DE religion

introduire une liturgie rédigée dans le même esprit. Les tentatives réitérées faites dans les duchés d'Altembourg (p. 242) et de Hesse, pour obliger les prédicateurs à prendre les livres symboliques ou au moins le livre intitulé : Christianisme positif, comme guide dans l'éducation de la jeunesse et l'instruction du peuple, n'eurent point de succès (1). Dans lalHesse électorale, on se disputa vivement pour savoir si le pays devait appartenir au Luthéranisme ou au Calvinisme. Un ouvrage récent de Dorner (2) paraît devoir contribuer puissamment à calmer ces violentes discussions et à faciliter la réalisation des projets d'union de la Prusse.

§ 430. — Associations de religion et de bienfaisance.

Lorsque ces tentatives d'union, appuyées de la science des théologiens et de la diplomatie des princes, eurent échoué, elles furent reprises sur un terrain plus pratique et suivies de meilleurs résultats.

1. La conférence évangélique réunie en 1846 à Berlin, à l'instigation du Wurtemberg et de la Prusse, suivit les errements des précédentes tentatives. Elle se contenta de décider vaguement qu'il faut maintenir la sainte Écriture comme moyen de reconnaître la véritable et salutaire doctrine et conserver le dogme de la justification par la foi. La conférence ecclésiastique qui lui succéda et qui se tint, à la Pentecôte, d'abord tous les ans, puis tous les deux ans à Eisenach, au pied de la Wartbourg, se posa des questions plus spéciales : comme de réunir des notices sur la statistique des Églises, des cantiques substantiels, de revoir et d'approprier, [au temps les traductions luthériennes de la Bible.

2. En même temps, les Anglais, inquiets des progrès du catholicisme dans leur pays, tenaient une réunion prépa-

(1) Ballzer, Tentatives de rapprochement, 2e cahier, p. 73-95. Breischneider, Insuffisance de la contrainte pour faire adopter le Symbole dans l'Eglise évangélique, prouvée par les livres symboliques eux-mêmes. Leipz., 1841.

(2) Hagemaan, Hist. de la théol. protest, considérée à la lumière de la critique. Bonn, 1867.

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