MOUVEMENTS RELIGIEUX LS3 PLUS IMPORTANTS
les Luthériens et les Réformés. Un ordre du cabinet, du 18 juillet 1798, exprima l'espoir de réunir les deux confessions dans une même liturgie, nonobstant la différence des doctrines. Les événements politiques et l'opposition ardente des théologiens firent avorter le projet. Un édit du roi Frédéric Guillaume III, prescrivant la célébration du jubilé de la Réforme, en 1817, adressé à tous les consistoires, synodes et surintendants, prétendit que l'union était dans la pensée de la Réforme et dans l'esprit du protestantisme. « 11 ne s'agit pas, y disait-on, de transformer l'Église réformée en Église luthérienne, ni celle-ci en cellelà, mais de fondre les deux en une Église évangélique renouvelée dans l'esprit de son fondateur.
Quoiqu'on ne trouvât pas une formule assez indifférente pour embrasser, sans les détruire, les croyances opposées, l'union se répandit peu à peu du clergé de Berlin dans le Wurtemberg [1820], le pays de Bade [1821] et la Bavière rhénane [1819]. Le roi Frédéric-Guillaume III publia une liturgie pour la chapelle de la cour et la cathédrale de Berlin [1822]. Il en recommanda à tous l'adoption, et, ainsi que le constata un ordre du cabinet du 28 mai 1825, sur sept mille sept cent quatre-vingt-deux églises, cinq mille trois cent quarante-trois l'avaient adoptée. Mais bientôt la liturgie fut attaquée, sous prétexte que la politique s'était mêlée aux choses de l'Église, que la forme et le fond de cette liturgie étaient trop anciens, respiraient trop le catholicisme. Il s'éleva une vive discussion, qu'animèrent encore des publicistes qui prétendaient servir les vues du gouvernement (i). Les uns soutenaient que l'union devait être l'effet du temps et non l'œuvre arbitraire des hommes. Schleiermacher, dans son Exposition de la foi, se fit le défenseur de ce sentiment. Les autres faisaient remarquer la
(1) Formulaires pour les églises protestantes et les chapelles de la cour. Berlin, 1822. Augusti, Critique des formulaires prussiens. Francf., 1823, et Explications sur les droits de Sa Majesté dans les choses ecclésiastiques. Francf., 1825, avec un supplém., Bonn, 1826. Marheineke, La Vraie position du droit liturgique, Berl., 1825. Amnion, Éclaircissements historiques et ecclésiastiques sur rétablissement des formulaires prussiens. Dresde, 1825. Schleier mâcher, le Droit liturgique des princes évangéliqnes. Gcettingue, 1824. Sçheibel, a Liturgie de Luther et lalilt. pruss. Leipz., 1836.
différence toujours subsistante des dogmes de la Gène et de la prédestination et nommaient l'union un acte extérieur, superficiel, fondé sur la base creuse et fragile de l'indifférence. Néanmoins, la discussion cessa pour un temps, par suite d'une révision de la liturgie, qui commença à paraître, en 1828, avec des modifications relatives à des particularités locales, pour la Poméranie, le Brandebourg, la Saxe et la Silésie.
Cependant, la lutte, commencée par Nicolas Harnis, contre l'union, fut continuée en Silésie par Scheibel, Kellner, Wehrhan, et, en Saxe, par Guerike, Rudelbach et autres. Il fallut employer, pour la faire cesser, la force armée, dirigée par l'orthodoxe docteur Hahn, devenu surintendant général. Alors le professeur Hengstenberg reprocha à ses anciens partisans de renfermer le Luthéranisme dans des limites trop exclusives, les comparant à des hommes endormis depuis trois cents ans. La désunion qui s'introduisait parmi les Luthériens orthodoxes et les mesures de rigueur prises par Frédéric Guillaume III contre les « rebelles » ranimèrent la querelle. Le roi n'en vit pas la fin. Il mourut « dans le trouble, » en 1840, après avoir fait sentir tout le poids de son absolutisme aux Protestants aussi bien qu'aux Catholiques.
IL Les deux Églises persécutées attendaient de meilleurs jours du nouveau roi Frédéric Guillaume IV. Leur attente ne fut point trompée. Les sentiments personnels du monarque et l'échec de la tentative concertée entre lui et l'archevêque de Cantorbéry [1840] de fonder l'évêché angloprussien de Saint-Jacques à Jérusalem, tentative que l'on avait généralement blâmée en Allemagne, tournèrent à l'avantage des Luthériens. Les deux archevêques de Cologne et de Posen, qui avaient été mis en prison par son père, ainsi que les vieux Luthériens également incarcérés furent rendus à la liberté. Peu après, le roi fit proclamer qu'il voulait que l'Eglise protestante, dont la direction suprême avait été, par les réformateurs, confiée à la couronne, s'administrât désormais elle-même. Alors reparut le « Confcssionalisme luthérien » qui avait été jusque-là tenu à l'écart, et un grand nombre d'Églises séparées se constituèrent avec l'assentiment royal [23 juill. 1845].