DE CALVIN
rente, ne peut, par lui-même, vouloir accomplir que le mal.
Dieu, d'après Calvin, auteur primordial du bien et du mal, a, de toute éternité, rejeté une partie de ses créatures et les a destinées à des peines éternelles, pour manifester en elles sa justice. Pour avoir de justes motifs de haine et de punition, il a nécessité le premier homme à la chute par le péché, et a enveloppé toute la postérité d'Adam dans sa révolte. Il nécessite de même les reprouvés d'ajouter leurs propres péchés au péché originel ; il leur enlève la capacité de reconnaître, la faculté de faire le bien ; il les excite à la désobéissance, etc. Alors même que les réprouvés reçoivent les sacrements, ils n'ont pas plus la vraie foi que la grâce sanctifiante. La prédestination est « ce conseil » éternel de Dieu, par lequel il a résolu en lui-même ce qui » sera de chaque homme ; car tous ne sont pas créés pour » le même sort. Aux uns est réservée la vie éternelle, aux » autres une éternelle damnation. Selon donc que chacun » a été créé pour l'une ou pour l'autre, nous disons qu'il a » été prédestiné à la vie ou à la mort (1). »
Dans la doctrine de la justification imputative, Calvin va encore plus loin que Luther. Il prétend que le croyant est non-seulement parfaitement assuré de sa justification, mais encore de son salut éternel. Quant aux sacrements, il diffère de Luther, en ce qu'il prétend que la grâce sanctifiante est absolument séparée du sacrement, signe sensible, mais non toujours efficace. Et pour ce qui concerne la Cène et la présence du Christ dans l'Eucharistie, son langage est équivoque et obscur, et l'on croirait parfois qu'il parle d'une vraie manducation du corps et du sang du Christ, et que, selon lui, la réception du corps du Christ
(1) Calvin fait le commentaire suivant sur l'Epître aux Romains, IX, 18 : « Nam res externse, quœ ad excaecationem reproborum faciunt, illius irae (Dei) sunt instrumenta. Satan autem ipse, qui iutus efficaciter agit, ita est ejus minister, ut nonnisi ejus imperio agat. Corruit ergo frivolum illud effugium quod de prœscientia scholastici habent. Neque enim prsevideri ruinam impiorum a Domino Paulus tradit, sed ejus consilio et voluntate ordinari. » Il trouve même un exemple pour justifier sa doctrine : « Absalon incesto coitu patris torum polluons detestabile scelus perpétrât : Deus tarnen hoc opus suum esse prommliat, etc. »
est indépendante de la foi, et que les indignes le reçoivent aussi. Toujours est-il que sa doctrine est beaucoup moins superficielle et moins désolante que celle de Zwingle. Mécontent de l'interprétation du curé de Zurich, d'après lequel le corps du Christ n'est présent dans la Gène que par et pour la pensée, et la Cène n'est qu'une simple commémoration de la mort du Christ, Calvin prétendait, contrairement il est vrai au dogme de la Transsubstantiation, que le pain et le vin restent ce qu'ils sont, et ne deviennent pas le corps du Christ, qui n'est présent qu'au ciel ; mais qu'au moment de la communion il découle dans l'âme du fidèle, et en vertu de sa foi, une vertu divine émanée du corps du Christ qui est dans le ciel. Ainsi, à côté de l'élément sensible, il admettait un aliment divin, qui néanmoins n'était accordé qu'aux prédestinés. Enfin, en ce qui concerne l'Église, Calvin s'accordait avec Luther à défigurer son histoire et à mettre un abîme entre les Ier et XVIe siècles. Mais il s'écarte des opinions du docteur de Wittenberg, en enseignant d'une manière plus nette la nécessité d'un ministère ecclésiastique (pasteurs, anciens, diacres), auquel il faut être véritablement appelé de Dieu, nul ne pouvant prêcher et administrer les sacrements sans cette vocation, que consacre et confère la voix de la communauté. C'est pourquoi l'ordination a une plus grande importance dans le système de Calvin que dans celui de Luther, qui la consacre avec l'investiture du pouvoir temporel. Calvin cherche aussi à attribuer à l'Église une plus grande indépendance vis-à-vis de l'État que Luther et Zwingle. Son principe est : Ecclesia est sui juris, mais il ne l'applique que par moment. Enfin, les communautés calvinistes devant être strictement organisées en petites républiques indépendantes les unes des autres, pour établir et conserver entre elles un lien commun, Calvin eut recours aux synodes, qui sont beaucoup plus nombreux et jouent un plus grand rôle chez les calvinistes que chez les luthériens. Malgré la rigueur exclusive de ses opinions et de son caractère inflexible, Calvin se montra conciliant au moment où l'union des Suisses lui parut nécessaire, et dans sa conférence avec Bullinger (consensus tigurinus, 1549), il s'exprima comme Zwingle, en tenant pour absurdes les opinions luthé-