‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 57 sur 332 · ET SA RÉFORME A. GENÈVE · texte numérisé non relu

ET SA RÉFORME A. GENÈVE

doctrine de la Trinité, n'échappa au supplice qu'en faisant publiquement amende honorable, ce qui ne l'empêcha pas d'être décapité plus tard à Berne [1566]. Ainsi, enfin, le médecin, espagnol Servet, de passage à Genève, y fut brûlé, à cause de son œuvre sur la Trinité [1553] : terrible et inique exécution, qui n'était pas chez Calvin le résultat d'une fureur rapide et passagère, comme en ressentait Luther, mais l'effet d'une froide, aride et cruelle colère (1).

Calvin, maître du pouvoir politique, sut bientôt, grâce à l'académie qu'il avait fondée à Genève [1558], faire prévaloir son système sur celui de Zwingle, dans les cantons helvétiques réformés. L'organisation ecclésiastique de Genève devint le modèle des églises réformées en France, dans les Pays-Bas, en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne et en Pologne. Après une vie d'une activité infatigable, Calvin mourut le 27 mai 1564, laissant dans Théodore de Bèze un biographe dévoué et un disciple capable de soutenir l'œuvre du maître. Bèze, élevé en France avec soin, après de brillante études classiques, s'était livré à toutes sortes de débauches d'esprit et de mœurs, et avait fini par devenir le disciple sérieux et zélé de Calvin. Du mélange de ces deux éléments réunis, il se forma dans Bèze un caractère à la fois doux et sévère, qui lui conquit un grand nombre de partisans dans les communautés réformées, dont il devint, à proprement dire, le fondateur. Il se servait de son érudition forte et étendue pour défendre la doctrine calviniste; et quoique emprisonné, en quelque sorte,

(1) Calvlni Fidelis expositio errorum Mich. Serveti et brevis eorum refutatio, ubi docetur jure gladii coercendos esse hœret. 1554 (Opusc, p. G86 sq.). L'opinion de Mélanchthon sur la peine de mort infligée aux hérétiques se montre d'une manière fort curieuse et toute spéciale dans une lettre qu'il écrivit à Calvin à ce sujet, outre son avis motivé (Concilia II, p. 204). On la trouve dans les Calvini Epp., n°187, et il y dit : « Legi scriptum tuum, in qua refutasti luculenter horrendas Serveti blasphemias, ac Filio Dei gratias ago, qui fuit ßpa6cut% hujustui agonis. Tibi quoque Ecclesia et nunc et ad posteros gratitudinem débet et dcbebit. Tuo judicio prorsus assentior. Affirmo etiam vestros magistratus juste fecisse, quod hominem blasphcmum, re ordine judicata, interfecerunt. » Beza, de Hœreticis a civili magistratu puniendis, 1554.

par la rigueur de cet austère système, il sut, dans des pages d'un style classique et animé, faire ressortir avec avantage, contre les froides et plates attaques des humanistes, de Gastellio en particulier, la forme aussi admirable qu'originale des saintes Écritures. On peut, à cet égard, consulter surtout ses Commentaires sur les épîtres de saint Paul (1).

§ 322. — Système de Calvin,

Makler, Symbolique, 5e édit., p. 21. Hilgers, Theologia symb Staudenmaier, Philosophie du christianisme, 1. 1, p. 696-709.

Le système de Calvin, nous l'avons indiqué plus haut, suit les traces de Luther et de Zwingle. Cependant tout y est dans un ordre plus sévère et plus rigoureux. Calvin s'éloigne de Luther quand il accorde à l'homme une sorte de liberté, que, cependant, il soumet plus formellement encore que Luther et Zwingle à la prédestination divine ; car ce qui domine dans Calvin et le caractérise, c'est la doctrine de la prédestination absolue (2), développée avec la plus grande rigueur, comme une conséquence de sa doctrine du péché originel.

Tandis que Luther voit, dans le péché originel, une privation de force (privatio virium), Calvin y reconnaît une véritable corruption ou dépravation (corruptio, depravatio), en vertu de laquelle l'homme a une tendance prédominante vers le mal, et, malgré une certaine liberté ap-

(1) Fajus, de Vita et obitu Th. Bezae. Gen., 1606; Schlosser, Vie de Théod. de Bèze et de Pierre Martyr. Heidelb., 1809; Baum, Théod. de Bèze, d'après les sources authentiques. Leipzig, 1843 sq. 2 vol.

(2) Calvin s'appuie de saint Augustin ; mais Petau, Dogin. theolog., t. I, lib. X, c. 6-15, montre combien il sen éloigne. L'observation de Grotius est aussi fort jute : « Nulluni potuit in christianismum induci dogma perniciosius quam hoc : hominem, qui credidit, aut qui regenatus est (nam haec multis idem valent), posse prolabi in scelera et flagitia, sed accidere non posse ut propterea divino favore excidat aut damnationem incurrat. Haec nemo veterum docuit, nemo docentem tulisset, nee aliud evidentius vidi argumentum detorta? ad privatos et malos sensus Scripturte, quam in hoc negotio. » Cf. Dœllincjer, 1. cit., p. 517-23.

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