‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 6 sur 332 · MANIFESTE DE LUTHER · texte numérisé non relu

MANIFESTE DE LUTHER

conciles de Constance et de Bâle, et enfin la vie mondaine et belliqueuse de quelques-uns des chefs de l'Église. Le chevaleresque empereur Maximilien, avait, il est vrai, établi [1495] la paix publique dans un assez grand nombre d'États de l'Allemagne, et en avait garanti la durée par l'institution du tribunal impérial ; néanmoins l'autorité du souverain avait été trop abaissée, pour qu'en cas de nécessité l'empereur pût agir avec une véritable efficacité au dedans et au dehors de l'empire. Pendant que les villes s'étaient enrichies et affranchies, la noblesse végétait dans la pauvreté et l'ignorance ; le peuple était mécontent, sans cesse opprimé, sans cesse prêt à se révolter. Les chevaliers, toujours idolâtres de la guerre, murmuraient contre l'abolition du droit du plus fort, et n'attendaient que l'occasion favorable pour tirer l'épée et renverser tout ensemble la domination des princes et celle des prêtres. Enfin la guerre éclata, lorsque, d'un côté, l'appel de Charles, petitfils de Maximilien, au trône d'Espagne [1516], et bientôt après au trône impérial et à la succession d'Autriche [1520], eue excité la jalousie de la France et de son jeune et ambitieux roi, François 1er [1515], contre la maison de Habsbourg, et que, de l'autre côté, à l'est, l'Autriche, l'Allemagne, la Hongrie, la Pologne furent menacées par les progrès de plus en plus effrayants de la domination turque. Dans ces conjonctures politiques et religieuses si difficiles, tandis qu'en France, en Espagne et en Angleterre, la royauté avait prévalu contre l'aristocratie, et qu'en Danemark, en Norwége et en Suède la puissante aristocratie du clergé et de la noblesse limitait singulièrement le pouvoir royal, ou il fallait qu'un génie puissant et organisateur, sincèrement dévoué aux intérêts de l'Église et de l'État, vînt conjurer la violente explosion des passions et les réduire au silence par des institutions nouvelles, répondant aux exigences dumoment ; ou l'on devait s'attendre à voir une main téméraire jeter prématurément l'étincelle qui allumerait l'incendie depuis si longtemps menaçant, et produirait par l'ébranlement des esprits de sanglantes révolutions politiques.

L'homme qui vint le premier lever la main contre l'édifice religieux et social et l'ébranler fut Martin Luther.

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