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EN SILESIE

La décadence de la vie religieuse et ecclésiastique, si marquée, au XVe siècle, dans une grande partie des États de l'Europe, et qui était due surtout à la dépravation du clergé et à l'esprit mondain des évêques, s'était fait vivement sentir en Silésie (1). Le voisinage et l'alliance de la Bohême, fortement travaillée parles Hussites, ne pouvaient rester stériles pour la Silésie. Ainsi préparée aux agitations religieuses, la Silésie embrassa des premières le luthéranisme, et avec d'autant plus d'empressement que la réforme luthérienne séduisait d'abord, par sa nature même, les princes, les laïques et les ecclésiastiques sensuels et voluptueux. Ce fut partout ce qui ouvrit un facile accès et prêta un puissant appui aux doctrines des réformateurs. Le clergé de Silésie donna l'exemple de l'apostasie (2) ; l'évêque Jean V [1506-1520] oublia tellement son devoir et sa mission, qu'il fut des premiers à entretenir une déplorable correspondance avec Mélanchthon et Luther, qui lui accorda ce triste éloge : « Avec dix évêques comme Jean, l'Évangile » se propagerait rapidement en Allemagne. »

Ce fut le moine augustin Melchior Hoffmann [1518] qui le premier, dit-on, répandit les semences du luthéranisme dans les possessions du baron de Zédlitz, au duché de Jauer. Il trouva bientôt un collègue, à Freistadt, dans la personne de Jean de Reichenberg, ami de Mélanchthon. Mais ce qui détermina les progrès du luthéranisme en Silésie, ce fut la conduite de la capitale de la province, Bres-

(1) Cf. t. II, § 287.

(2) Cf. 1. cit., P. I, ch 12, p. 84-85. Le cardinal-évêque Hosius reconnaît et confesse, en toute sincérité, la mauvaise conduite du clergé de ces temps, qui attira sur ce corps non-seulement le mépris, la perte de ses biens, de ses libertés et de sa juridiction, mais qui fut la principale cause ou tout au moins l'occasion de la perte du petit troupeau confié à ses soins et le fit sortir du bercail de l'Eglise romaine. Voici comment il s'exprime à ce sujet dans une lettre à l'archevêque de Gnesen : « Ce sont nos propres péchés qu'il faut accuser, si nous voyons des gens qui nous sont alliés de si près s'entendre pour nous enlever nos droits, nos privilèges, nos libertés et nos biens; car ils remarquent que nous nous éloignons extrêmement des devoirs de notre charge, songeant, en véritable avares, à amasser des richesses, n'ayant du prêtre que le nom, mais, en réalité, étant charnels et mondains au suprême degré. » Cf. aussi Menzel, Nouv. hist. des Allem., t. III, p. 93 sq.

lau, dont le conseil municipal se déclara de bonne heure ouvertement pour la doctrine luthérienne. A la suite d'un conflit avec le chapitre de la cathédrale, le conseil chassa [1521] les vicaires de l'église paroissiale de Saint-Marie- Madeleine et y fit prêcher des prédicateurs luthériens. Oa permit à la populace [1522] de se moquer impunément, en plein marché, des mystères de l'Église, d'en parodier les cérémonies, de porter dérisoirement le costume des moines, des prêtres, des religieuses. Le conseil chassa même les Bernardins de leur couvent, et s'empara bientôt d'autres biens ecclésiastiques. Le roi Louis en ordonna, il est vrai, la restitution ; mais l'imminence des dangers dont les Turcs menaçaient le royaume rendit son décret illusoire et annula les efforts (1) que le pape Adrien VI [ep. die23Julii 1523], l'évêque Jacques de Salza [1520-39] et le roi de Pologne Sigismond firent pour maintenir l'Église catholique. Le magistrat, enhardi, chassa le digne maître Joachim Zieris, institué par l'évêque dans Sainte-Marie-Madeleine, et appela à sa place, comme prédicateur de la cathédrale de Breslau, le docteur Hess [1523], qui venait d'annoncer la doctrine luthérienne du haut de la chaire de Nuremberg, sa ville natale. En même temps le conseil cita les chapelains de Sainte-Elisabeth et de Sainte-Marie Magdeleine à comparaître devant lui, et leur déclara sérieusement que, désormais, ils n'avaient plus d'autre supérieur à reconnaître que le docteur Hesse, et qu'ils eussent à laisser de côté toutes les doctrines humaines et les vaines interprétations des Pères [1524]. Et dans ce clergé lâche et indigne de sa haute mission, il n'y eut que le prieur de Saint-Albert, le docteur Sporn, qui osa s'opposer à ces exigences et déclarer que c'était à l'évêque, et non au magistrat, à indiquer la manière dont devait se prêcher l'Evangile. Sporn fut chassé de la ville (2). L'évêque intervint, s'opposa à l'installation du docteur Hess, engagea une vive polémique à ce sujet (3), mais n'eut pas en somme la tenue sérieuse et ferme qui convenait à un évêque. Aussi le conseil continua

(1) Fibiger, P. I, ch. 5-11, p. 32-77.

(2) Voir les détails dans Fibiger, P. I, ch. Il etl2; ch. 15, p. 131.

(3) Les luthériens disaient de Hess : « Hesse, Dei verbum paris e fontibus offersl » A quoi les catholiques répliquaient : « Schismati-

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