LE PROTESTANTISME EN LIVONTE, ETC
Les démêlés survenus entre les deux rois Ferdinand d'Autriche et Jean de Zapolya, permirent aux nobles de saisir les biens des évêchés vacants, qu'ils gardèrent en passant au protestantisme, dont l'agent le plus actif était Mathias Devay. Celui-ci, de luthérien devenu zwinglién, en 1543, tint déjà en 1545 une espèce de synode de vingt-neuf prédicateurs à Erdœd, dans le comitat de Szatmar. Au synode d'Épéries, dans la haute Hongrie, les cinq villes royales et libres de Lentschau, Seben, Barfa, Épéries et Kaschau se déclarèrent pour la confession d'Augsbourg. En vain la diète de Presbourg [1548J rendit, au nom du roi et des États, un édit contre l'hérésie et pour le maintien de la vraie foi, le protestantisme, protégé par le nouveau palatin, Thomas Nadasdy [dep. 1544], continuait à faire des progrès, que ralentirent néanmoins les discussions soulevées ici, ainsi qu'ailleurs, parmi les sectaires eux-mêmes. Les uns passèrent de la confession d'Augsbourg aux opinions de Zwingle, les autres embrassèrent celles de Calvin. Le synode de Tarczal [1563] admit le symbole de Bèze et ordonna qu'on enseignât au peuple la doctrine de Calvin sur la grâce. Bientôt le calvinisme prédomina en Hongrie, et ses partisans traitèrent, au synode de Czenger, les luthériens d'hommes charnels et stupides, enseignant une communion sanglante et cruelle, tandis que, de leur côté, les luthériens déclarèrent, au synode de Bartfa [1594], que la solution de toute discussion théologique devait être tirée des écrits de Luther. Les défenseurs delà foi catholique, qui se signalèrent par leur vigoureuse résitance, furent le vertueux Nicolas Olahi, archevêque de Gran, et les Jésuites, établis depuis 1561 dans le collège de Tyrnau. Au synode de cette ville [10 avril 1560], on décréta la restitution de tous les biens ecclésiastiques tombés entre les mains des laïques. Malheureusement les actifs travaux des Jésuites furent interrompus par l'incendie de leur collège, qui leur fit abandonner, en 1567, la Hongrie, où ils ne revinrent qu'en 1586.
En Transylvanie, les nouvelles doctrines furent importées par des marchands de Hermannstadt, qui avaient été à Leipzig [1521], et furent publiquement annoncées par deux prédicateurs luthériens de Silésie. On donna aussitôt les
ordres les plus sévères contre les sectaires; on devait les exterminer par le fer et le feu. On n'en fit rien, et bientôt s'éleva à Hermannstadt une école luthérienne [1524], tandis que les nobles s'emparèrent des biens du clergé. Les protestants s'enhardirent davantage encore après la malheureuse bataille de Mohacz, qui eut pour la Transylvanie les mêmes résultats que pour la Hongrie, et la ville d'Hermannstadt chassa de son sein moines et papistes [1529]. A Cronstadt, Jean Honter prêchait avec succès et répandait de tous côtés les ouvrages de Luther. Bientôt la messe fut abolie dans une partie de la Transylvanie ; on distribua la communion sous les deux espèces [1542], et le synode de Medwisch vit passer en masse à la confession d'Augsbourgla nation saxonne, convertie au XIIe siècle, par le roi Geysa, à la foi catholique. Les Madgyares s'étaient prononcés pour l'Église réformée, tandis que les Valaques restèrent unis au culte grec. En 1556, et durant la vacance du trône de Hongrie, la diète provinciale de Clausenbourg accorda pleine liberté religieuse. Le désordre arriva à son comble. Les Luthériens voulurent repousser les réformés ; les unitariens accourus augmentèrent la mêlée, et obtinrent à leur tour [1571], de la diète provinciale de Maros-Vasarhely, l'égalité des droits accordés aux autres partis.
La première traduction complète de la Bible, d'après la Vulgate et Luther, parut en 1562, par les soins du prédicateur luthérien de Clausenbourg, Gaspard Heltai. Une autre traduction, faite d'après le texte original, parut en 1589; le prédicateur Gaspard Karoly, de Gœnz, en fut l'auteur ; elle fut améliorée par le prédicateur réformé Abraham Molnar.
§ 327. — Le protestantisme en Suède.
Baaz, inventarium eccles. Sueco-Gothor. Lincop., 1642, in-4. Messe, nias, Scandia illustrata. Stockholmiae, 1700, 8 vol. Fr. Riihs, Hist. de la Suède. Halle, 1805-14, 5 vol., surtout les t. I et II. Aug. Theiner, la Suède et ses rapports avec le Saint-Siège sous Jean III- Sigismond III et Charles IX, d'après des papiers d'État secrets. 2e part. Augsb., 1838-39. (La 2e partie renferme un recueil de pièces formant 350 pages.
La célèbre union de Calmar [1397], avait soumis les royaumes de Suède, Norwége et Danemark, si longtemps
divisés entre eux, à la domination des rois de Danemark, qui devaient être élus par les trois États à la fois. L'union, loin d'atteindre son but et de fondre les intérêts de ces peuples, entretint la jalousie parmi eux, nourrit et fit enfin éclater l'ancienne haine nationale.il s'ensuivit de sanglantes luttes, qui affaiblirent l'autorité et la considération du trône, augmentèrent l'influence et les richesses de la noblesse et du clergé. Cependant la domination du clergé était douce et bienveillante, et la religion florissait parmi le peuple comme parmi les nobles et les ecclésiastiques. La Suède était sincèrement attachée au chef suprême de l'Église. Les solennités religieuses étaient des fêtes nationales; telles furent celles que les Suédois célébrèrent à Abo [1513], et à Linkœping [1520], lorsqu'on publia la canonisation de leurs compatriotes Hemming et Nicolas.
Politiquement ces peuples étaient moins heureux. La Suède, administrée par le grand et hardi Stenon Sture, le jeune, chercha à secouer le joug du Danemark ; mais Sture, déjà en lutte avec le perfide archevêque d'Upsal, Trolle, fut battu par Christian II de Danemark [1519], qui, aussitôt après son couronnement par Trolle, ordonna le terrible massacre de Stockolm [8-10 novembre 1520], et nomma l'archevêque Trolle régent de la Suède. Parmi les victimes de ces fatales journées se trouvait le père de l'intrépide Gustave Erichsen, de la maison de Wasa, qui, jeune encore, avait été donné en otage à Christiern. Gustave parvint à s'enfuir du Danemark, fut reçu à Lübeck, y trouva assistance, se rendit de là en Suède, inspira à ses compatriotes le désir délibérer leur patrie, battit, à leur tête, les Danois, et fut, au milieu de l'enthousiasme général, nommé d'abord par le peuple administrateur de l'État et généralissime [1521], et, deux ans après, roi de Suède par la diète de Strengnses [1523],
Gustave, pour éviter à sa patrie les agitations et les malheurs des monarchies électives, voulut faire de la Suède une monarchie héréditaire. La doctrine luthérienne, qu'il avait appris à connaître à Lübeck, devait lui en faciliter les moyens. Il se mit donc en hostilité ouverte avec l'épiscopat et la vieille noblesse, et créa une nouvelle église et une noblesse nouvelle. « Il ne se ferait point couronner, disait-
i) il, avant d'avoir renversé l'épiscopat catholique et l'an- » cienne Église. » Ses actifs coopératenrs furent d'abord les frères Olaf et Laurent Péterson, tous deux formés à Wittenberg, et revenus en Suède en 1519. Le premier devint principal prédicateur à Stockholm, le second professeur àUpsal. Laurent Anderson, archidiacre de Strengnœs, partageant leurs vues et les ayant pris sous sa protection, fut nommé chancelier de Gustave Wasa. La résistance du peuple et du clergé fut vaincue par la violence : les évêques fidèles à leurs devoirs furent déposés, les Dominicains chassés. '
Cependant Gustave, couvrant sa conduite d'un voile hypocrite *aux yeux du légat du pape, Jean Magnus Gothus, continua de feindre un sincère attachement à l'Église catholique, dans plusieurs lettres adressées au pape Adrien VI. Cette duplicité ne pouvait rester longtemps cachée. Jean Braske, évoque de Linka>ping, et Pierre Jacobson, évêque de Westeraes, jadis digne chancelier de Stenon Sture, avertirent hautement et hardiment le peuple du danger que courait la religion de ses pères. Aussitôt Gustave déclara Jacobson coupable de haute trahison, le dépouilla de sa dignité et de ses revenus, ainsi que le prévôt de sa cathédrale, Knut, qui avait sollicité en faveur de 1 évêque. Gustave osait néanmoins encore écrire au pape : « Pour extir- » per aussi promptement que possible la dangereuse » doctrine des Hussites, qu'un moine augustin, nommé » Luther, répand de nouveau au détriment de la paix pu- » blique, nous défendons à tous et à chacun de nos sujets, » sous peine de perdre leurs biens, et même leur vie, de » répandre la doctrine de Luther, d'introduire ses écrits » dans nos États, de les acheter, de les vendre, de s'en » servir. »
Et, cependant, le roi ne favorisait qu'Olaf Péterson et les amis de ce prédicateur, qui, du haut de la chaire, ne cessait d'attaquer avec une violence extrême, les partisans de la vieille doctrine. Le peuple de Stockolm, indigné, le chassa à coup de pierres de l'église et de la ville. Le roi n'en fut pas découragé dans les mesures violentes par lesquelles il marchait vers son but. Il organisa, à Upsal, une discussion régulière entre Olaf Péterson et Pierre Galle, où
l'on soutint àpeu près les mêmes propositions qu'à Leipzig. Olaf, ignorant, comma Luther, l'histoire de l'Église, interprétait l'Écriture d'une manière tout à fait arbitraire, et ce qu'il ne parvenait pas à ébranler ainsi devenait l'objet de ses injures et de ses blasphèmes. Gustave, s'appuyant sur la doctrine exposée par Luther dans son traité « de la con- » fiscation des biens ecclésiastiques, » se mit à l'œuvre et chargea de justifier son entreprise les professeurs de l'université d'Upsal, qui étaient déjà tous luthériens. Le peuple montra plus de sens pour la justice et vint en armes à Upsal défendre l'archevêque, qui protestait contre les violences des commissaires royaux. Le roi attira l'archevêque à la cour et lui fit rudement expier l'attachement du peuple. Tandis que, séduit par l'appât des libertés promises, le bas clergé gardait le silence, les vierges du couvent de Wadsténa résistèrent héroïquement aux violences et aux outrages dont elles furent l'objet. En vain Clément Vil fit entendre sa voix douloureuse. On condamna à mort Magnus Knut, élu archevêque d'Upsal, et Pierre Jacobson, évoque de "Westerœs, sous prétexte qu'ils étaient les moteurs des dispositions hostiles que manifestaient contre le roi les habitants des vallées. On plaça sur la tête de Jacobson une couronne de paille, sur celle de Knut une mitre d'écorce ; on les assit à rebours sur un cheval étique, on les promena dans cet attirail ignominieux à travers la ville, et, après leur exécution, on attacha leurs cadavres à la roue et on les livra aux oiseaux de proie [fév. 1527]. A la diète de Westerœs [1527], où les deux partis religieux, en présence, se disputaient avec acharnement, Gustave, avec la même hypocrisie, déclara qu'il ne pouvait régner dans de pareilles circonstances et qu'il allait abdiquer. La crainte de l'anarchie dans laquelle cette abdication devait replonger la Suède lui fit concéder la possession des évéchés, des couvents, des chapitres de cathédrale : on autorisa les nobles à réclamer les biens qui avaient été anciennement concédés par leurs ancêtres au clergé [depuis 1453], et l'on réduisit l'Église à la plus dure extrémité. Les évèques furent, en effet, tellement humiliés et opprimés que, malgré. les avertissements de l'éloquent et hardi évêque de Linkœping, Braské, ils furent contraints de signer de leurs
propres mains que leurs prédécesseurs avaient abusé de leur haute dignité, de leur pouvoir et de leurs richesses, et excité le peuple contre l'État et le roi. Alors Gustave lâcha le grand mot, qu'il fallait en revenir à la parole pure de Dieu, telle que l'annonçaient les nouveaux docteurs. Aussitôt commença la réforme par une liturgie en langue nationale et par l'abolition du célibat. Ces préliminaires établis, la réforme s'accomplit complètement à l'assemblée d'OErebro [1529], Laurent Péterson obtint le siège archiépiscopal d'Upsal [1531], et sut habilement se procurer une femme d'un rang distingué.
Mais Péterson et les nouveaux ministres ne furent pas longtemps sans ressentir les effets du despotisme de Gustave, qui déclara ouvertement que des prêtres ne devaient pas être des seigneurs, et qu'il saurait bien empêcher que les prélats pussent jamais obtenir le glaive. A leur tour les coryphées de la réforme, Olaf Péterson et Laurent Anderson, attaquèrent le roi dans leurs prédications, et formèrent même une conspiration contre sa vie. Ils furent découverts, condamnés à mort par les États d'OErebro [1540], et ne parvinrent à se racheter qu'à prix d'argent. Anderson seul perdit sa dignité, et mourut, abandonné et méprisé, à Strengnœs [1552], au lieu même où il avaitlevé l'étendard ' de la révolte contre l'Église catholique. Enfin la diète de Westerees de [1544] acheva le renversement de l'Église et accorda à Gustave l'hérédité du trône pour sa postérité mâle.
En Suède, comme ailleurs, avec la doctrine s'étaient altérées les mœurs. Gustave crut reconnaître un châtiment du ciel dans une affreuse tempête qui éclata sur la Suède, et, en sa. qualité de chef suprême de l'Église, il ordonna un jeûne, de huit jours [8 juin 1544]. L'archevêque d'Upsal 1 renouvela le même ordre en 1558. « Car, disait-il, bien » des gens, sous prétexte de la liberté évangélique, se per- » mettent de pécher, comme si telle était la fin de l'Évan- » gile que nous annonçons, comme si la liberté chrétienne » consistait à autoriser le pécheur à faire ce que bon lui » semble. Sachons bien que nous avons mérité les cala- » mités qui nous visitent, en abusant de la miséricorde » divine qui nous appelle à la pénitence. » Telles furent
les justes plaintes qui retentirent aux oreilles de Gustave mourant [30 sept. 1560], comme fruit de ses efforts pour établir l'église luthérienne.
Sous son fils aîné, Erich XIV, l'Église catholique resta dans la même situation; mais une vive lutte éclata, au sein même de la réforme, entre les calvinistes, soutenus par un Français, nommé Denys Beurreus, ami de Calvin et de Bèze, qui avait pris de l'ascendant sur l'esprit du roi, et les luthériens, dirigés par Jean Oseg, évêque de Westeraes. La tentative des calvinistes avorta, et amena le renversement [14 septembre 1568], la captivité et la mort ignominieuse d'Erich [25 février 1571].
Jean III, frère puîné et successeur d'Erich [1508-92], mécontent de la polémique des protestants, se mit à étudier les Pères de l'Église. Il y puisa le désir de revenir au catholicisme et fut confirmé dans son projet par sa femme, Catherine, princesse polonaise, et par le Jésuite Herbst, confesseur de la reine. Jean se mit dès lors à travailler, avec une noble confiance et une sage circonspection, à l'œuvre de sa réconciliation avec l'Église et de la restauration de la foi catholique dans son royaume. Il en donna les premiers signes publics dans les treize articles qu'il publia pour relever la moralité de son clergé, et de nouvelles marques, plus manifestes encore, dans les additions au rituel, qu'il fit publier [1571] par le vieil archevêque Laurent Anderson, et dans lesquelles il était dit, entre autres : « Saint Anschaire et les autres saints de la Suède » ont annoncé la vraie foi du Christ : les œuvres des Saints » Pères sont nécessaire« à l'intelligence de l'Écriture (1). » De son côté, le Jésuite Herbst, pour faire connaître la doctrine de l'Église, défigurée par les hérétiques, répandit le catéchisme de Pierre Canisius. Le roi, persuadé que le rétablissement de la foi y était intéressé, crut nécessaire que la reine reçût la communion sous les deux .espèces : mais le cardinal Hosius (2) sut l'en détourner. A la mort du plus vieux et du principal moteur du luthéranisme, l'archevêque d'Upsal, et des évêques de Linkœping et de
(1) Theiner, 1. c, P. I, p. 348-353.
(2) Sur sa vie et son influence, voyez Tlieiner, P. I, p. 368 sq.
Westerœs, le roi essaya de mettre sur les sièges vacants des hommes qui partageaient ses sentiments. Enhardi par l'habile Jésuite Warszewicki (1), il prit des mesures plus décisives (1574), convoqua un concile, qu'il ouvrit en faisant un triste tableau des divisions de l'Église protestante. Les dispositions favorables du clergé lui permirent de mettre sur le siège archiépiscopal d'Upsal Laurent Péterson Gothus, et sur ceux de Linkœping et de Westerœs, Martin et Erasme. Le premier s'obligea à souscrire dix-sept articles, tout à fait catholiques, fut consacré suivant le rit romain, et conclut avec le roi une convention à laquelle peu à peu on devait gagner les autres évêques. Bientôt le roi publia une liturgie [1576] probablement rédigée par son chancelier Pierre Fech (2). Elle fut presque généralement adoptée. Mais le duc Charles de Sudermanie, qui espérait, comme son père, toutes sortes d'avantages du protestantisme, s'y opposa, sous prétexte « qu'il ne lui était point » permis d'introduire des nouveautés dans la religion que » lui avait léguée son père, qu'il n'était point en son pou- » voir de contraindre la conscience de ses prêtres, et de » les forcer d'abandonner la doctrine de l'Évangile, prati- » quée depuis cinquante ans dans leur patrie et confirmée » par le sceau et la signature de tant de personnages. » Ce fut à cette époque seulement que l'auteur présumé de cette liturgie, le Jésuite Laurent Nicolai', vint de Belgique en Suède, et fut nommé, par Jean, professeur de théologie à Stockolm. Il remporta une éclatante victoire [janvier 1577] dans des conférences très-vives soutenues contre les professeurs Pierre Jone et Olaf Luth sur l'autorité et la puissance de l'Église et le sacrifice de la messe. La diète qui eut lieu bientôt après, et le concile national qui en dépendait, admirent la liturgie. Encouragé par ces heureux commencements, le roi députa à Rome le chancelier Fecht et l'habile Pontus de la Gardie, qui était à la fois homme d'État et homme du monde, pour s'entendre avec le pape Grégoire XIII sur la réunion de la Suède à l'Église catho-
(1) Cf. Theiner, P. I. p. 390.
(2) Munter a donné cette note dans le Magasin d'hist. et de droit ecclés. septentrional, t. II, p. 41-48; mais il l'attribue faussement aux Jésuites. Cf. Theiner, P. I, 421 sq.
üque, sous la condition d'en obtenir le calice pour les fidèles, l'usage de la langue nationale pour le culte divin, le mariage des prêtres, etc. — Fecht se noya dans la traversée. Grégoire XIII envoya, en qualité de nonce, en Suède, le savant Jésuite Antoine Possevin (1), qui, après plusieurs conférences sérieuses, reçut l'abjuration du roi Jean [1578]. La congrégation formée alors à Rome pour donner son avis sur les douze concessions que demandait le roi, en rejeta quelques-unes, et une vive lutte, alimentée surtout par les théologiens allemands, s'éleva en Suède sur l'adoption ou le rejet de la liturgie proposée (philoliturgistes, misoliturgistes).
Durant son séjour en Allemagne, le duc Charles avait provoqué les princes protestants à se liguer contre son frère. Sa jeune femme, Marie, Allemande de naissance et luthérienne d'opinion, devint, en Suède, la protectrice des novateurs. Le roi Jean lui-même était entouré d'intrigues. L'adroit diplomate Pontus de la Gardie et Jacques Typotius l'excitaient à persister dans ses exigences vis-à-vis de Piome. Le Saint-Siège, dans les instructions données à Possevin [1579], revenant en Suède, y répondait nettement: « Quand nous aurons fait tout ce qui était en notre pou- » voir pour ramener ce pays à l'Église catholique, s'il ne » plaît point à Dieu qu'il en soit ainsi, nous serons justifié » devant le Seigneur et nous continuerons à vivre sans » avoir obtenu ce que nous désirons, comme il nous arrive » depuis plus de quarante ans. i Jean renouvela encore une fois sa tentative, et les nouveaux refus qu'il essuya de la part de Rome le refroidirent dans son zèle pour l'Église catholique, malgré tous les efforts de Possevin.
La mort de la reine Catherine [16 sept. 1583], fit évanouir les dernières espérances de la restauration de l'Église catholique en Suède ; car le roi Jean, oubliant bientôt sa pieuse et catholique compagne, annonça à la diète de Westerees, son second mariage avec la jeune Guncila Bjelke, qui devint la plus puissante protectrice du protestantisme dans le royaume. On vit, peu de temps après son mariage, les effets de son influence sur son mari, que travaillait,
(1) Sur cet homme remarquable, voyez Theiner, P. I, p. 457.
d'un autre côté, le célèbre théologien de Rostock, Chyirseus. Le roi maintint, il est vrai, sa liturgie, entra même en lutte ouverte à ce sujet avec son frère, le duc Charles ; mais du reste il n'essaya plus rien en faveur de l'Église catholique [f 1592].
» Son fils et son successeur Sigismond III avait été, à la mort d'Etienne Bathory, élu roi de Pologne, en sa qualité de dernier rejeton des Jagellons, et y était encore à la mort de son père. Elevé, par la sollicitude de sa mère, dans la religion catholique, il lui était resté fidèle ; aussi, lorsque les sénateurs suédois, après la mort de sa mère, lui demandèrent, comme garantie de sa succession au trône, qu'il reconnût la confession d'Augsbourg, il répondit : « Je » n'estime pas assez le pouvoir temporel pour l'échanger » contre celui du ciel. » Il gagna bientôt tous les cœurs polonais, et Stanislas Karnkowshi écrivit à son père : « Qui » ne reconnaîtrait et n'admirerait une œuvre providen- » tielle dans tout ce que le Seigneur a fait parce jeune roi » si extraordinaire? » En attendant son retour en Suède, son oncle, le duc Charles, avait été nommé administrateur du royaume. Le duc sut profiter de l'intervalle pour s'ouvrir, par le protestantisme, la route du trône. Il convoqua résolument àUpsalun congrès national, formé d'ecclésiastiques et des États du royaume et des provinces [25 février 1593], « les Suédois, disait-il, ne devant plus, comme des » papistes, n'avoir que des conciles tenus par des créatures » tondues et frottées d'huile. » Les évêques, serviles et tremblants devant le pouvoir, reconnurent publiquement, et d'une manière tout à fait ridicule, qu'ils avaient failli en adoptant la liturgie du roi Jean. Le concile rejeta les prétendus abus du catholicisme, adopta la confession d'Augsbourg, exclut de la prédication et de l'enseignement dans les écoles quiconque ne prêterait pas serment à la confession luthérienne, et termina sa session par cette exclamation triomphante : « Désormais les Suédois n'ont plus qu'un » cœur et qu'un Dieu ! » à laquelle le duc Charles ajouta, avec un ton impérieux : « Sigismond ne sera pas roi, s'il ne » souscrit à ces concessions. a
En effet, Sigismond, revenu pour prendre possession du trône de son père, donna bientôt, par sa bienveillance mar-
quée pour le catholicisme, occasion au clergé luthérien, conjuré avecle duc Charles, d 'indisposer le peuple contre son roi. La présence du nonce Malaspina, qui accompagnait Sigismond, leur fournit le prétexte des plus vives attaques. Bientôt, dans leur zèle intolérant et fanatique, ils allèrent jusqu'à refuser au roi l'exercice public du culte catholique. Eric Schepper, prôdicateurluthérien de Stockolm, fit une violente sortie, en chaire, contre la sépulture solennelle qu'on avait accordée à un Polonais catholique, et, pour punir Stockholm de ce sacrilège, jeta l'interdit sur la ville. Les perfides intrigues et les trames continuelles de Charles ne permirent point à Sigismond de s'assurer l'autorité que devaient lui valoir son équité, sa sincérité, sa condescendance politique et religieuse. Avant de quitter la Suède, Sigismond put encore publier les ordonnances les plus favorables à la paix et à la prospérité de l'État et de l'Église. Il confiait la régence, durant son absence, au duc Charles et aux juges royaux. Les privilèges et les libertés en faveur de la religion du pays furent solennellement confirmés, les revenus du haut et du bas clergé augmentés, l'autorité des évoques (1) et des prélats relevée [16 mars 1594].
A peine parti , Sigismond fut l'objet des attaques du clergé luthérien, dirigé par Érich Schepper. On lui reprocha, comme un acte idolâtrique et papiste, d'avoir lavé, le jeudi saint, les pieds à des pauvres, et ceux-ci furent excommuniés et déclarés incapables désormais d'obtenir aucune aumône. De son côté, Charles représenta le roi Sigismond comme traître à son pays et à sa religion. A la diète de Suderkœping [1595], on lui fit un crime d'avoir accordé des fonctions publiques et le libre exercice de leur culte aux catholiques, et l'on résolut de chasser de Suède, dans le délai de six semaines, quiconque n'appar-
(1) De même qu'en Danemarck, la dignité épiscopale n'existe en Suède que de nom ; car les surintendants, quoiqu'ils ne soient pasordonnés, sont les égaux des évoques. Aussi Munter (1. cit., t. I, p. 334) dit-il : « L'Église de Suède est tout à fait d'accord avec celle de Danemark, en ce que l'ordination épiscopale a été conservée seulement comme un usage respectable de l'Église primitive, et en ce qu'on n'en saurait tirer aucun de ces privilèges ni de ces droits que les partisans du siège épiscopal sont dans l'habitude de considérer comme une conséquence de la consécration.
tiendrait point à la confession luthérienne. Défense fut faite d'en appeler au roi, tant qu'il serait hors du royaume : les fonctionnaires devaient être institués, non par le roi, mais par le duc son oncle. On ordonna la destruction du respectahle couvent de Wadsténa. Le duc s'empara des biens de l'Église, le clergé luthérien fit main basse sur les vases sacrés et les ornements de prix. Et plus le peuple résistait, plus les mesures du duc pour assurer le triomphe du luthéranisme devenaient violentes et cruelles.
Sigismond espéra, par son retour [1598] rétablir l'ordre. Il ne tenait qu'à lui d'anéantir son oncle et de raffermir par là son autorité ébranlée ; mais il ne put consentir à répandre le sang suédois. Charles, loin d'apprécier cette magnanimité, encouragé par l'irrésolution et le brusque- départ de Sigismond, réunit les Etats à Jonkœping [janv. 1599], et y accusa Sigismond de vouloir ramener la Suède aux erreurs de l'Antéchrist. L'assemblée suivante, tenue à Stockholm [mai 1599], déclara les États déliés de leur serment de fidélité, si le roi ne consentait à toutes leurs réclamations, et spécialement à confier au duc Charles l'éducation de son fils Wladislas, qui perdrait tout droit à la couronne de Suède en restant catholique. Charles érigea partout des échafauds pour l'exécution de ses décrets, et quiconque se déclarait pour le roi légitime était immédiatement décapité (I). A la diète de Linkœping de 1600, il força les Etats de déclarer Sigismond privé de la couronne de Suède, pour s'être prononcé contre la vraie doctrine de l'Évangile. Beaucoup de sujets de Sigismond, neuf conseillers d'État entre autres, que leur fidélité avait déjà fait emprisonner, furent exécutés, et subirent la mort avec un véritable héroïsme. Enfin les États de Norkœping [22 mars 1604] déclarèrent encore une fois Sigismond déchu du trône , et y appelèrent le duc Charles.
L'histoire a depuis longtemps jugé la manière dont Gustave Wasa et Charles IX se servirent du protestantisme pour s'élever au trône de Suède.
(1) Le journal le Sion, de septembre 1841, contient une lettre remarquable écrite du Nord, dans laquelle on parle du livre curieux intitulé « la Tuerie du duc Charles, » n° 106 sq.