Le protestantisme en Danemark , Norwége et Islande
En Danemark, comme en Norwége (1), le pouvoir politique était partagé entre la noblesse et l'épiscopat. L'évêque de Rœskild possédait seul trente-trois fiefs. Les prélats étaient d'ailleurs ignorants et débauchés. Les deux ordres presque indépendants, élisaient le roi, souvent à de pénibles et honteuses conditions pour l'élu. Christiern II [1513-23] songea à renverser le pouvoir usurpé par l'aristocratie. Le protestantisme lui parut favorable à ses desseins, car les principes de Luther lui permettaient d'enlever sans scrupule aux évêques leurs biens et leur influence politique. C'était là l'unique but de ce tyran corrompu, soumis lui-même au joug de la mère de sa concubine. Lorsque les terribles massacres de Stockolm eurent momentanément assuré l'exécution de son plan en Suède, il se tourna vers le Danemark, et livra l'Église de Copenhague à Martin, disciple de Luther [1520]. Les États, le clergé et le peuple protestèrent. Christiern persista, eut recours à toutes sortes de violences, fit exécuter l'archevêque nommé de Lund, défendit aux ecclésiastiques non mariés d'acheter des biens, etc. Les barons et les prélats se conjurèrent contre cet odieux despotisme. Le successeur de Christiern, Frédéric Ier, duc de Schleswig et Holstein [1523-33], quoiqu'il eût juré, à son couronnement, de maintenir l'Église catholique, favorisa d'abord secrètement le protestantisme, par les mêmes motifs que Christiern, puis se déclara ouvertement protestant, protégea le prédicateur luthérienHans Tausen[dep. 1521], et se justifiaà la diète d'Odensée [1527], en disant que le serment de soutenir l'Église catholique ne l'avait pas engagé à en souffrir les abus. Il parvint à procurer les droits de citoyens aux luthériens, jusqu'au moment1
(l) Précis de l'hist. de laréform. en Danemark, par Erico Pontoppidano. Lub., 1734. Id. Annal. (Voyez ci-dessus, t. II, § 179). Munter, Danske reform. Historie. Klœbenh. 2 vol., et Hist. ecclésiast. du Danemark et de la Norwége. Leipzig, 1834, t. III. Cf. Holberg, Hist. polit, du Danemark et de la Norwége. Copenh., 1731, in-4. Dahlmann, Hist. du Danemark, Hamb.; 1841, 2 vol.
EN DANEMARK. NORWEGE ET IRLANDE. ' IZo (
d'un concile universel; et, en attendant, il rompit ses relations avec Rome, et se réserva la confirmation des évoques nommés. Ceux-ci, ignorants et mondains, ne se sentirent pas assez forts pour lutter seuls contre les luthériens, dans une conférence religieuse que le roi avait réunie à Copenhague [1529]; ils appelèrent à leur secours les grands champions du catholicisme en Allemagne, Eck et Cochlœus. Mais ces théologiens firent défaut : on ne vit arriver que Stagefyr, théologien de Cologne, qui ne put entrer en discussion avec les luthériens, parce que ceux-ci ne voulurent ni disputer en latin, ni reconnaître, à côté de la Bible, l'autorité des Pères, et des conciles. On fut donc réduit à remettre de part et d'autre, ses griefs, par écrit, au roi et aux conseillers d'Etat, qui, on pouvait s'y attendre, déclarèrent le luthéranisme la pure et divine doctrine du Christ. Aussitôt les violences contre les catholiques recommencèrent. La ville de Malmoë donna l'exemple. L'évêque de Rœskild, Rœnnov, dut payer 6,000 florins au roi pour le pallium.
Après la mort de Frédéric, les évêques protestèrent contre la succession de son fils aîné Christiern III, personnellement lié avec Luther; mais ce prince sut se concilier la faveur des États, emprisonna tous les évêques du Danemark [20 août 1536], et exigea la résignation de leur charge comme prix de leur liberté. Rœnnov de Rœskild résista et mourut martyr en prison [1544]. En 1537 on appela Bugenhagen de Wittenberg, pour achever l'œuvre de la réforme. Il couronna le roi et donna à l'Église une organisation complètement dépendante du pouvoir royal. En place des évêques il institua sept surintendants, qui, quelques temps après, reprirent le titre, désormais insignifiant d'évêques. La diète d'Odensée [1539] confirma cette organisation ecclésiastique, et la diète de Copenhague [octobre 1546] abolit tous les droits politiques de l'Eglise catholique, dont le roi et la noblesse se partagèrent les biens. Les catholiques furent déclarés incapables de toutes charge et de tout droit de succession. Les ecclésiastiques ne purent séjourner en Danemark sous peine de mort; la même peine fut portée contre ceux qui leur donneraient asile : les catholiques n'eurent à choisir qu'entre l'abjuration et l'exil.
Le luthéranisme s'était répandu en Norwége par Tinter-
médiaire de l'archevêque de Drontheim (1). Fidèle partisan du roi Christiern, il fut obligé, lors de la chute de ce prince, de fuir dans les Pays-Bas [1537], Un autre évèque fut contraint de résigner sa charge, un troisième fut jeté en prison, et le protestantisme resta maître du terrain. Il fallait l'embrasser ou quitter sa fonction. Beaucoup de moines préférèrent le banissement.
L'Islande (2) s'insurgea d'abord contre les tentatives faites pour y introduire le luthéranisme ; mais l'exécution de l'évêque Jon Arsen découragea les habitants qui, après avoir résisté encore quelque temps, finirent par se complaire aux nouveautés religieuses [dep. 1551].
Au milieu des mouvements religieux et politiques qui agitaient l'Europe, toutes les questkras qui intéressent la famille et la société avaient été soulevées. Celle du mariage devait l'être nécessairement comme les autres (3), et elle devint l'origine de la révolution religieuse et politique en Angleterre.
§ 329. — Le protestantisme en Angleterre.
Vera et sincera historia schismatis Anglicani a Nie. Sandero, aucta per Ed. Richtonum, tandem aucta et castigata per Ribadeneiram. Colon., 1628. Hundeshagen, Epp. aliquot ineditte Buceri, Cal- -vini, etc., ad hist. Eccles. britann. Bern., 1844. Rumet, Hist. of the réf. of the church of England. London, 1679 sq., 2 vol. in-fol.; Oxf., 1816; London, 1825, 6 vol. Dodd's Church history of England, from the commencement of the sixteenth Century to the révolution in 1688, with additions and a continuation by the Rev. M.-A.
Tierney. London, 1840, 2 vol. Hume, Hist. of Great-Britain of
England. London, 1754-59, 4 vol. in-4. John Lingard, Hist. of England, t. VI-XII. Cobbett, Hist. of the protestant reformation in England and Ireland (l). Challoner, Documents mémorables sur les prêtres et les catholiques qui ont souffert la mort pour leur religion de 1577 à 1684. Paderborn, 1852. Roost, Hist. de la réforme
(1) Gebhardi, Hist. du Danem. (33» part, du l'Hist. univers. Halle, 1770), p. 150.
(2) Hnrboe, la Réforme en Islande. (Mém. hist. de la société scientifique de Copenh., t. VI et VII. Altona, 1796.)
(3) On a donné le nom de pamphlet à cet écrit adressé à un public immense, et, de fait, on aimerait à y trouver un ton plus grave; mais, après tout, le sujet était de ceux où l'on est porté à dire : Difficile est satyram non scribere velle.
et de la révolution en Angleterre. Augsb., 1843. Dahlmann, Hist. de la révolution anglaise. Leipzig, 1848. Idem, Sépar. de l'Eglise anglic. avec celle de Rome. Darmst., 1845. Weber, Hist. des sectes do la Grande-Bretagne. Leip., 1845-53, en 2 part.
Henri VIII, âgé de quatorze ans (1), avait immédiatement après la mort de son frère Arthur, épousé, avec dispense du pape Jules II, la veuve de son frère, Catherine d'Aragon [1509]. Il naquit de cette union, qui fut heureuse durant dix-sept ans, trois fils et deux filles, dont Marie, plus tard reine d'Angleterre, survécut seule. Tout à coup Henri eut des scrupules sur la légitimité de son mariage : la reine avait huit ans de plus que le roi, et la belle Anne de Boleyn, dame d'honneur de Catherine et nièce du duc de Norfolk, l'avait séduit. Il demanda au pape Clément VII de casser son mariage [1527]. Le pape chargea le cardinal légat Campeggio, ainsi que le cardinal Wolsey, ministre de Henri, de commencer une information juridique sur l'affaire. La reine crut indigne d'elle de comparaître devant un tribunal, qui, composé de sujets du roi (Campeggio était évêque de Salisbury), n'était pas même libre. Elle en appela immédiatement au pape, qui, ne pouvant lui accorder sa demande, chercha à gagner du temps, avec l'espoir de voir le roi revenir à la raison. Mais l'impatience de Henri augmentait avec les retards. Thomas Cranmer lui conseilla de soumettre l'affaire aux universités de l'Europe. Celles d'Oxford et de Cambridge se montrèrent favorables à Henri ; les universités allemandes lui furent contraires. Quelques- , unes de celles de France et d'Italie n'admirent la possibilité du divorce, qu'au cas où le mariage entre Arthur et Catherine aurait été consommé, ce qui n'était pas, comme le déclarait la reine. La corruption, la fraude, toute espèce d'artifices furent employés, sans succès, pour obtenir des consultations favorables. La décision du pape se faisait toujours attendre. Le roi, irrité commença par abolir les annates [1532]. C'était une première menace. Il était pressé, car il s'était secrètement lié à Anne de Boleyn [janvier 1533]. Cranmer avait tout préparé pour une séparation avec
(1) Voyez § 309.
(2) C'était l'âge exigé par les canons.
Rome. On chercha à gagner le clergé en l'intimidant. On l'accusa de s'être illégalement soumis à la juridiction du cardinal Wolsey, et on lui fit espérer le pardon s'il consentait à reconnaître la juridiction du roi dans les affaires ecclésiastiques. Le clergé accepta « en tant que la loi du » Christ le permettait, » et le roi se contenta de cette soumission conditionnelle. Mais il avait besoin, pour l'accomplissement de ses desseins, d'instruments plus dociles et plus dévoués. Il les avait trouvés dans Cranmer et Thomas Cromwell. Cranmer, jadis envoyé sur le continent comme légat de fienri, s'y était initié aux opinions de la réforme, et, quoique engagé dans les ordres sacrés, y avait secrètement épousé la nièce du célèbre Osiander. Il n'en accepta pas moins, après la déposition de Wolsey, l'archevêché de Canterbury. Henri en fit son conseiller intime, etil ne pouvait mieux choisir. Cranmer, au jour désigné pour prêter au pape le serment ordinaire, se rendit d'abord dans une chapelle, où il déclara, devant témoins, que, parle serment qu'il allait prêter, il n'entendait se lier en aucune façon, de manière à entraver les réformes ecclésiastiques projetées parle roi. C'était le prélude de tous les actes d'hypocrisie qui allaient suivre. Ainsi, sachant que le roi était déjà marié avec Anne, il le pria [avril 1533] de consentir à l'information relative à son mariage et de se soumettre d'avance à la décision qui interviendrait. Le roi accepta, en déclarant toutefois qu'il entendait ne reconnaître aucune puissance terrestre supérieure à la sienne. La reine fut invitée par Cranmer à comparaître devant lui ; elle s'y refusa, et le mariage fut déclaré invalide et dissous.
Cranmer pria hypocritement le roi de se soumettre avec respect à la décision de la justice ecclésiastique, et de rompre désormais tout rapport avec Catherine. En même temps il déclara, « en vertu de son pouvoir spirituel et de » sa juridiction émanant des apôtres, » le mariage de Henri et d'Anne valide et légitime. Le pape cassa la décision. La rupture avec Rome fut décidée, et l'autorité du pape abolie en Angleterre. C'était non plus le pape, mais l'archevêque de Canterbury qui devait confirmer la nomination des évêques, distribuer les dispenses ; du tribunal de l'archevêque on devait en appeler à la chancellerie
royale. Le roi était chef suprême de l'Église d'Angleterre, source de toute juridiction spirituelle, papale et épiscopale. On établit le serment de suprématie ; ne pas le prêter était un acte de haute trahison. On ne devait plus prononcer le nom du pape, qui, d'après la découverte faite par Cranmer dans l'Apocalypse, était l'Antéchrist lui-même. La suprématie royale fut enseignée, justifiée dans les chaires et les écoles. Henri nomma [1535] Thomas Cromwell, quoique laïque, vicaire général des affaires ecclésiastiques, avec les plus larges pouvoirs spirituels. Tous les évêques furent suspendus en même temps, et réintégrés dans leur pouvoir à mesure qu'ils reconnaissaient la suprématie spirituelle du roi. Alors commença la confiscation des biens ecclésiastiques. On fit une visite des couvents, afin de trouver dans leur imperfection reconnue un prétexte de les abolir. Et en effet un acte du Parlement de 1536 en abolit du coup trois cent soixante-treize, « pour la gloire du Dieu » tout-puissant et l'honneur du royaume. — On avait frappé d'abord, comme par essai, les couvents les moins considérables, sous prétexte que la discipline y était moins bien observée que dans les grands monastères. Ce premier essai ayant produit de l'agitation et des désordres, on procéda avec plus de précaution et de ruse à l'égard des couvents. On les accusa de prendre part à des soulèvements, d'être mécontents des nouveautés religieuses ; mais, de cette façon, le dépouillement marchant trop lentement, on en revint aux procédés violents. En 1540, la sécularisation des couvents était accomplie : on avait exécuté la volonté royale avec un effroyable vandalisme : on n'avait épargné ni les chefs-d'œuvre de l'art ni les monuments de la science. Dans une rage aussi aveugle qu'insensée, on s'en était pris jusqu'au tombeau de saint Augustin, l'apôtre des Bretons, et de saint Thomas, le martyr de Ganterbury, dont on répandit les cendres au vent ; le tombeau d'Alfred, fondateur de la grandeur de l'Angleterre, ne fut pas plus respecté. Henri créa, avec les biens résultant de ce pillage, six nouveaux évêchés et quatorze églises cathédrales et collégiales ; mais le principal bénéfice en resta aux visiteurs royaux et aux favoris de la cour. Cette confiscation et dispersion des biens de l'Église devint la vraie source
du paupérisme en Angleterre. Cependant Henri prétendait encore n'être pas séparé de l'Église catholique. Il avait écrit contre Luther. Il avait fait maintenir l'usage de l'eau bénite et des cendres, le culte des saints ; un acte royal avait veillé à la conservation du dogme. Il défendit, dans six articles qu'il publia, la transsubstantiation, le célibat, fondé, disait-il, sur un commandement du Christ. Il limitait l'autorisation de lire la Bible. Mais les images et les reliques ne trouvèrent point grâce et furent brûlées. Quant à la suprématie royale, il ne souffrait pas la plus petite résistance. Forest, confesseur de la reine Catherine, expia son opposition dans les flammes d'un bûcher allumé avec les images des saints. On pendit au même gibet les fidèles et les hérétiques (luthériens), qui refusaient de reconnaître l'autorité spirituelle du roi. Parmi les victimes les plus célèbres de ce cruel despotisme on compte le chancelier Thomas Morus et l'évêque de Worcester, Fisher, dont le roi avait dit autrefois avec orgueil : « Aucun prince ne « peut se vanter d'avoir un pareil sujet. » Mais Fisher refusa de prêter le serment de suprématie, de reconnaître le divorce de la reine, et sa noble tête tomba sous la hache du bourreau, après un emprisonnement de treize mois. Thomas Morus était parvenu par sa science et par sa vaste capacité à la dignité de grand chancelier. Littérateur distingué, jurisconsulte profond, d'une piété sincère, d'un caractère sûr et aimable, d'une inviolable fidélité, Thomas réunissait les qualités de l'homme d'État à celles du savant et du chrétien. Ni ses vertus ni ses talents ne purent le sauver de la fureur de Henri. Ayant désapprouvé le divorce de la reine et la rupture avec Rome, malgré les menaces et les moyens de corruption qu'on employa pour le gagner, il monta sur l'échafaud, toujours calme et sérieux en face delà mort, comme il l'avait été durant toute sa vie [6 juillet 1535] (1).
Henri VIII voulut également se venger du cardinal Réginald Pole, qui avait désapprouvé les mesures royales ;
(1) Thom. Mort Opp. Lovani, 15G6. Voyez Rudhart, Thomas Morus. Kuremb., 1829, in-8. Sir Thomas More, his life and time by W.-J. Walter. London, lS-iO. in the Catholic family library. Cet ouvrage, qui parut d'abord en Amérique, a été réimprimé à Londres.
mais le cardinal se trouvait sur le continent. Henri ne pouvant, malgré tous ses efforts, parvenir à s'emparer de Pole, fit juger, sous de faux prétextes, et mettre à mort la mère et deux parents du cardinal. Le même sort atteignit l'instrument de toutes ses cruautés, Thomas Cromwell, qui, accusé d'hérésie et de trahison, emprisonne en 1540, se montra aussi lâche qu'il avait été cruel, et fut exécuté malgré ses hypocrites protestations. Le sort de la reine est connu. Peu de temps après son divorce, Catherine mourut [f 1536], et elle fermait à peine les yeux que la cause de tous ses malheurs, Anne de Boleyn, accusée d'adultère, d'inceste et de trahison, montait sur l'échafaud à la Tour [19 mai 1536]. Cranmer, qui avait ratifié jadis le mariage d'Anne avec Henri, « en vertu de sa puissance apostoli- » que, » avait décidé depuis, au nom du Christ et pour la gloire de Dieu, la nullité de ce môme mariage. Le lendemain de l'exécution d'Anne, l'impudique Henri épousa Jeanne Seymour, qui mourut deux jours après avoir mis au monde Edouard VI [1537]. A Jeanne succéda Anne de Clèves, que Henri répudia bientôt, sous prétexte qu'on l'avait trompé en exagérant la beauté d'Anne. Catherine Howard la remplaça ; elle fut exécutée comme coupable d'adultère, toujours d'après les avis de Cranmer. Et enfin Catherine Parr, sixième femme de Henri, survécut à ce monstre [f 1547], qui, dans l'espace de trente-huit ans, avait fait exécuter deux reines, deux cardinaux, deux archevêques, dix-huit évêques, treize abbés, cinq cent prieurs et moines, trente-huit docteurs, douze ducs et comtes, cent soixante-quatre gentilshommes, cent vingt-quatre bourgeois, cent dix femmes. Edouard VI, âgé de dix ans, , monta sur le trône, en vertu du testament de son père. Le comte Seymour, frère de Jeanne Seymour, zélé partisan de la réforme, fut mis à la tête de la régence, sous le titre de duc de Sommerset, et fit élever son royal pupille dans la haine de l'Eglise catholique. Dès lors le schisme avec Rome devint patent. Le Parlement enleva aux chapitres le droit d'élire les évêques. Cranmer, remis en possession de la juridiction, rédigea, « sous l'inspiration du Saint Esprit, » outre le recueil d'homélies et le catéchisme publiés par» ordre du Parlement, une liturgie nouvelle, le Livre de la
prière commune et de l'Administration des sacrements (Book of common pray er) [1549]. La messe fut abolie, le mariage des prêtres autorisé, l'usage de la langue nationale introduit dans le culte ; on détruisit les objets de l'ancien culte, les images, les statues, les autels, les ornements sacrés, les chapelles privées. Les évêques récalcitrants furent dépossédés, leurs biens confisqués, et l'Église nouvelle, a l'Église établie par la loi, » fut définitivement constituée, à l'aide de troupes étrangères. En place des aumônes abondantes que l'Église, si riche jadis, versait parmi le peuple, on promulgua des ordres sévères contre les mendiants. Sommerset, appuyé, comme Henri, par les conseils de Cranmer, fit exécuter son propre frère, et bientôt après, accusé de trahison, il monta lui-même sur l'échafaud, et fut remplacé par Dudley, comte de Norwich et duc de Northumberland. Au bout de trois ans, la liturgie de Cranmer fut re visée et autorisée par le Parlement, qui décréta des peines sévères, et jusqu'à un emprisonnement perpétuel, contre ceux qui s'écarteraient de cette liturgie. Quarante-deux articles nouveaux, sanctionnés par le Parlement, remplacèrent les six articles de Henri VIII (1).
Dudley chercha alors à faire passer la couronne dans sa famille ; car si, d'après l'arrêt prononcé par Cranmer, le premier et le second mariage de Henri étaient illégitimes, Marie, fille de Catherine, et Elisabeth, fille d'Anne de J3oleyn, étaient inaptes à succéder au trône. Le protecteur maria donc son fils avec Jane Gray, dont la grand'mère avait été la sœur de Henri VII. Edouard déclara, par son testament, Jane Gray héritière du trône. Jane, à la mort d'Edouard [6 juillet 1553], fut proclamée reine ; mais Marie vint réclamer ses droits à la tête d'une armée, triompha de la résistance du duc de Northumberland, et entra victorieuse dans Londres. Le protecteur fut emprisonné, et, après plusieurs séditions excitées pour sa délivrance, il fut exécuté avec son fils et Jane Gray. Marie voulut rétablir la religion catholique en Angleterre : mais elle trouva une forte opposition parmi tous ceux qui avaient pris une si large part à la distribution des biens ecclésiastiques, et que
(l) Ces articles dans Bumet, t. II, p. 402 sq.
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la restauration de l'Eglise dans ses droits, ses privilèges et ses possessions, menaçait d'une ruine prochaine. Le nombre de ces possesseurs de biens confisqués était considérable. La reine se contenta donc de rendre les annates, les dîmes et les autres revenus ecclésiastiques de la couronne : elle reconnut la suprématie du pape dans les affaires spirituelles, renoua les relations avec la cour de Rome par une ambassade, rétablit la messe et le célibat des prêtres, remplaça les évêques protestants, qui, d'après leurs propres principes, ne tenaient leur pouvoir que de l'État, par des évêques catholiques. Le cardinal Pole revint en Angleterre, en qualité de légat du pape, et prononça sur tout le pays la sentence d'absolution. Pole pensait qu'il était prudent de procéder d'une manière lente et successive à la restauration de l'Église, et qu'il fallait surtout s'appliquer à élever un clergé instruit et capable. Marie malheureusement ne partagea point ces vues sages et modérées. Elle eut hâte d'en finir, et, remettant en vigueur [1554] les vieilles maximes qui assimilaient les hérésies à des crimes politiques, elle crut devoir faire justice par le feu des hérétiques opiniâtres. Quelque déplorable que fût cette rigueur, Marie ne mérita point cependant le surnom de sanguinaire, que lui donnent ses ennemis, si l'on compare ses actes à ceux des règnes qui précédèrent et suivirent le sien. D'ailleurs la cause politique et la cause religieuse se confondirent alors, et firent imputer à l'une ce qui appartenait à l'autre. C'était le catholicisme de Marie qui avait appelé Jane Gray à la régence. C'était les principes religieux de Marie qui excitaient contre elle de continuelles séditions. Ses adversaires politiques étaient en même .temps ses ennemis religieux. Enfin, parmi les deux cent soixante-dix-neuf malheureux qui furent exécutés sous son règne, se trouvaient des misérables comme Cranmer, Ridley, l'infidèle Latimer. Cranmer se montra bas et rampant jusqu'à la fin de sa vie ; dans l'espoir d'obtenir son pardon, il se déclara en faveur du catholicisme, et se rétracta dès qu'il vit sa manœuvre échouée [f 21 mai 1556].
La mort de Marie rendit un nouvel essor au protestantisme [1558], dont les intérêts s'identifiaient complètement avec ceux d'Elisabeth. En effet, si Elisabeth restait caiii. «
tholique, elle proclamait par là même l'adultère de sa mère, Anne de Boleyn, l'illégitimité de sa propre naissance et son exclusion du trône. Le protestantisme seul pouvait appuyer sa royauté (1). Enfin, ce qui était décisif, les vues politiques de l'Angleterre s'unissaient aux intérêts personnels d'Elisabeth ; car, Elisabeth exclue, c'était Marie, reine d'Ecosse, qui montait sur le trône de la Grande-Bretagne, et. comme «lie avait épousé le dauphin, le royaume tombait au pouvoir de la France. Cette pensée seule soulevait l'Angleterre, dont le patriotisme se prononçait pour Elisabeth, comme les intérêts et l'honneur d'Elisabeth proclamaient le protestantisme. Aussi, malgré les protestations publiques et fréquentes d'Elisabeth en faveur du catholicisme, durant le règne de Marie, peu d'Anglais s'y étaient laissé prendre. Cependant Elisabeth se fit encore couronner suivant le rit de l'Église catholique, dont elle jura le maintien pour obtenir la consécration d'un évêque.
Mais, à peine couronnée, Elisabeth rappela l'ambassadeur de Rome. Les protestants exilés revinrent à la cour, rentrèrent dans les deux Chambres. Le Parlement [1559] renouvela les décrets contre la puissance papale, concéda à la reine les dîmes et les annates, lui transféra l'autorité suprême en matière religieuse. Il rétablit le serment de suprématie. Les catholiques, ne pouvant le prêter, furent exclus des charges; bientôt même, à l'instigation du ministre Cécil Burleigh, le refus de serment fut assimilé au crime de haute trahison. Les ecclésiastiques réfractaires furent remplacés par des protestants. L'archevêque nommé de Canterbury, Matthieu Parker, se fit sacrer par l'évêque Barlow, qui s'était fait calviniste, afin de pouvoir en sacrer d'autres à son tour (2). On revisa de nouveau le Common
(l) Feuille", hist. et pol., t. I et III. Hefele, Isabelle d'Espagne et Elisabeth d'Angleterre (le cardinal Ximenès, p. 89-101).
(ü) On a souvent discuté la question de la validité de cette consécration des évêques protestants. Lorsqu'on eut laissé tomber comme non fondée la principale objection, à savoir : que le consécrateur de Parker, Barlow, n'avait pas été consacré lui-même (selon le rit catholique), on insista d'autant plus sur l'objection tirée de la formule de consécration des évêques, dans le rituel d'Edouard VI : « Reçois le Saint-Esprit et songe à réveiller en toi la grâce de Dieu qui est en loi par l'imposition des mains, » formule qui ne parle* pas du
praycrbook. Les quarante-deux articles furent fondus en trente-neuf (1) articles assez vagues, mais qui, cependant, rejetaient positivement la primauté du pape, la messe, la transsubstantiation, le purgatoire, l'invocation des saints, le culte des images. On ne conserva, comme sacrements, que le Baptême etlaCène sous les deux espèces. L'Ecriture sainte fut proclamée Tunique source de la révélation. Cependant, d'après l'article 34, les traditions ecclésiastiques devaient, en tant qu'elles ne contredisaient pas les saintes Écritures, être respectées. Enfin, l'art. 36, contrairement à toutes les autres fractions du protestantisme, conserva le sacre des archevêques et des évêques, l'ordination des prêtres, des diacres et tous les autres degrés de la hiérarchie, comme une institution essentielle et nécessaire dans l'Église.
L'Église établie rencontra bientôt des adversaires dans son propre sein. Les non-conformistes ouïes puritains trouvèrent la liturgie encore trop empreinte de papisme. Ils admettaient bien la suprématie de la reine, en tant qu'elle n'était point papale : ils rejetaient l'épiscopat et sa descendance des apôtres à travers l'Église catholique (église épiscopale — presbytériens).
L'infortunée reine d'Ecosse, Marie Stuart, menacée par le soulèvement de ses sujets [1568], avait accepté l'asile perfidement offert par sa sœur Elisabeth. Une insurection de gentilshommes, tramée en faveur de Marie, augmenta la haine d'Elisabeth contre ses sujets catholiques, qu'elle fit exécuter par centaines ; malgré la fidélité de la masse, qui s'était prononcée pour la reine, leur sort empira encore quand Pie V excommunia Elisabeth [1570J. Admettre la bulle ou un bref quelconque du pape était un crime de haute trahison ; refuser d'assister au service protestant (recusancy), un délit puni d'amende, d'emprison-
pouvoir épiscopal, et qui pourrait être aussi bien employée pour la confirmation ou le baptêmed'un enfant, et qui, en effet, fut changée en 1662 de cette manière : « Reçois le Saint-Esprit pour la charge et les fonctions d'un évoque dans l'Eglise de Dieu, etc. » Mais, ajoutait-on, si la consécration des évoques a été invalide sous Elisabeth, nécessairement celle de tous les évêques postérieurs l'a été, etc.. etc. (aj Le texte latin est dans Auyusti Corp. libr. symbolic, p. 126-42.
nement, de châtiments corporels ; une commission (véritable inquisition) instituée, non pour entendre et juger les accusés, mais pour trouver des coupables, soumettait les suspects au serment ex officio, afin de les obliger de manifester leurs opinions religieuses. Les inquisiteurs pénétraient dans les maisons, s'emparaient des papiers et de toutes les pièces qui pouvaient compromettre les catholiques.
Cependant les catholiques ne perdirent pas courage. Pour empêcher l'extinction du sacerdoce, un Anglais, Guillaume Allen, institua à Douai, en Flandre, un séminaire pour les catholiques anglais [1568]. Les persécution d'Elisabeth le firent transférer à Reims. L'entrée de l'Angleterre avait été interdite aux prêtres sous peine de mort ; la même peine frappait ceux qui leur donnaient asile, se confessaient auprès d'eux. Tous les prêtres avaient dû, dans le délai de quarante jours, sortir duroyaume. Les retardataires avaient été exécutés ; et tous ces décrets avaient été publiés au nom de la liberté de conscience et en vertu de l'émancipation de l'esprit humain.
Marie Stuart, après dix-neuf années de captivité, vit son sort décidé [1387]. Elisabeth, pour immoler son odieuse rivale, n'avait reculé devant aucun moyen. La malheureuse victime ne put pas même recevoir les consolations de la religion des mains d'un prêtre catholique : on parvint seulement à lui remettre en secret une hostie consacrée par Pie V. Lorsque la tête de Marie tomba, le comte de Kent s'écria : « Puissent ainsi périr tous les ennemis de » l'Évangile ! » en proclamant par là les vrais motifs de cette inique exécution. Cependant Elisabeth pouvait compter sur la fidélité de ses sujets catholiques, dès qu'il s'agissait de l'Angleterre. Lorsque l'Armada de Philippe II menaça la Grande-Bretagne, les catholiques, comme les protestants, de l'aveu de Hume, offrirent avec empressement leur concours pour la défense commune (1). Leur
(1) Dans l'intérêt particulier de l'Angleterre et de la dynastie régnante, un acte du Parlement déclara que même les enfants naturels de la reine vierge pourraient lui succéder sur le trône, afin d'exclure par là tout prétendant étranger et tout d'abord la dynastie écossaise. Cobbett (lettre X) cite le Statute-Book, fol. 13, ch. 1, p. 2.
sincère patriotisme ne leur valut aucun adoucissement. On continua à les emprisonner, à les frapper d'amendes et de peines corporelles, à les pendre, à leur ouvrir les entrailles, et à consolider dans le sang et sur les ruines des libertés religieuses et apostoliques',la haute Église d'Angleterre !
Elisabeth [j- 1 603] eut pour successeur Jacques Ier, roi d'Ecosse, fils de Marie Stuart. A son avènement, les catholiques conçurent quelque espoir. Jacques était peut-être disposé à les favoriser, mais le torrent l'entraîna. Le fanatisme puritain parvint à renforcer les lois pénales contre les récusants. La découverte de la conspiration des poudres [1605] rendit l'oppression plus dure encore, et entraîna l'exécution de quelques missionnaires, entre autres du Jésuite Garnet, qui avait appris la conspiration dans son confessionnal. Le gouvernement enveloppa dans sa haine la masse des catholiques; on leur imposa un nouveau serment d'allégeance, qui condamnait comme hérétique et impie la croyance en la suprématie spirituelle du pape. Une fête annuelle fut fixée au 5 novembre, jour de la découverte du complot, et on inséra dans la liturgie une prière pour obtenir la protection divine « contre desenne- » mis sanguinaires. » En 1606, le Code pénal assimila les récusants aux excommuniés et prononça contre eux la confiscation de leurs biens meubles, des deux tiers de leurs immeubles, le bannissement ou l'emprisonnement perpétuel.
L'Ecosse, à l'encontre du système de la royauté absolue de l'Angleterre, fut bientôt amenée à celui de la souveraineté populaire. Jacques était tout dévoué au système épiscopal. Il trouvait dans la hiérarchie un appui pour le trône. Pas d'évêque, disait-il, pas de roi; cependant il craignait qu'en rendant justice aux catholiques il ne déchaînât le fanatisme des presbytériens. Il contint, sans le réprimer, le torrent qui déborda complètement sous son successeur, Charles Ier. Le fanatisme des puritains ou « des saints » éclata en Angleterre et menaça à la fois la monarchie et la hiérarchie. Le mouvement révolutionnaire devint d'autant plus effrayant qu'il avait les apparences d'un zèle pieux et désintéressé, et que ces fanatiques en-
138 § 329. — Lri PROTESTANTISME
thousiastes, trouvant dans la Bible, non pas ce qui y est, mais ce qu'ils voulaient y mettre, y puisaient le prétexte des crimes les plus horribles. Charles Ier, malheureux dans toutes ses mesures, obtint toujours le contraire de ce qu'il se proposait. Dès le principe il s'était brouillé avec son Parlement. Il avait augmenté le mécontentement public par l'élévation du duc de Buckingham, son ministre et son favori, par la nomination de Laud, rigoureux épiscopalien, à l'archevêché de Canterbury, et par son mariage avec Henriette de France qui était catholique. No popery (point de papisme) ! devint le cri de ralliement général. Nulle mesure ne parut plus assez sévère contre les catholiques. Il fallait leur enlever leurs enfants et les élever dans la religion protestante, exécuter les prêtres expatriés qui osaient entrer en Angleterre. Mais le ressentiment ne connut plus de bornes lorsque le roi voulut rétablir le droit ecclésiastique de l'église épiscopale, et régler le culte par l'établisd'une liturgie [1636]; les saints s'écrièrent que c'était « garrotter l'esprit de Dieu. » Ils s'élevèrent avec force contre ce culte de Baal. Un co venant presbytérien s'assembla [1638] « pour le maintien de la religion, de la liberté » et des lois du royaume. » Il déclara l'Église indépendante, abolit l'épiscopat, la liturgie et le droit ecclésiastique dévolu au roi, excommunia les évêques. Charles fut forcé d'en venir à une convention avec les rebelles à Dunbar, et à réunir le Parlement pour lui demander des subsides nécessaires à la guerre civile qui allait éclater. Ce Parlement, convoqué par les ordres, mais contre le gré de Charles, portait en effet dans son sein tous les éléments de la révolte [1640-1649]. Il fitrenvoyer d'abord les ministres du roi, exécuter l'un d'eux, le comte de Strafford, comme coupable de haute trahison, emprisonner ' l'archevêque Laud; il finit par retirer le pouvoir législatif au roi [1642], et alors la guerre civile éclata. Les chefs de la révolte se rattachèrent au covenant écossais, a pour le maintien de la liberté de l'Église d'Ecosse et la réforme de l'Église d'Angleterre ; » afin d'affaiblir de plus en plus la considération et le parti du roi, ils l'accusèrent de papisme. B eut beau faire exécuter plusieurs prêtres, on n'en crut pas moins à l'existence d'une conspiration papiste favorisée par le roi.
Catholiques et anglicans curent également alors à souffrir de la part de leurs ennemis communs, les presbytériens, qui s'emparèrent des bénéfices des anglicans et de leurs places dans le Parlement. La violence des presbytériens provoqua dans le parti même, la réaction des indépendants, dirigés par Fairfax et Cromwell. Pour eux, plus de sacerdoce, plus de prêtres, plus de prédicateurs en titre : chacun prêchait quand il était saisi de l'esprit de Dieu. Le soldat, comme l'officier, montait en chaire et annonçait la parole divine. Cette armée d'enthousiastes, conduite par un homme de tête, calme et réfléchi, était capable des choses les plus extraordinaires. Elle triompha en effet partout, Charles perdit la bataille décisive de Naseby [1645], Dédaignant de sacrifier ses principes et ses convictions à sa sûreté personnelle, il fut pris, livré au Parlement, et demeura entre les mains des indépendants comme un otage contre les presbytériens. Le terrorisme de la domination soldatesque atteignit bientôt son apogée. Les indépendants, ou, comme ils se nommèrent eux-mêmes plus tard, les levellers (les ni vêle urs), démontrèrent, laBibleà la main, non-seulement le principe de la souveraineté populaire, mais la haine de Dieu contre les rois. De nouvelles victoires de Cromwell sur les Ecossais [1648] assurèrent le triomphe du parti radical. 11 résolut de mettre Charles en jugement. Les presbytériens, qui s'y opposèrent, furent chassés du Parlement par les radicaux, et les membres restants (le Parlement Croupion), jugèrent Charles, accusé de haute trahison, pour avoir porté les armes contre le Parlement. Un tribunal, présidé par Cromwell, demanda, au nom de la Bible, la tête du roi, qui tomba le 30 janvier 1649. La république fut proclamée en Angleterre, et Charles II reconnu roi par los Ecossais, fut contraint de fuir en France. Cron well fut nommé protecteur [1653], et le despotisme de cet homme extraodinaire mit fin à l'anarchie (1). Sa
(1) Villcmain, Hist. de Cromwell : « Avec quelle fatale vérité s'accomplirent dans la suite les prévisions de lord Herbert, lorsqu'il dit, dans le conseil d'Henri VIII, qu'à la place d'une autorité morale il s'établirait une force matérielle à laquelle on sacrifierait l'indépendance de l'Eglise, et qu'enfin la majesté du trône lui-même en serait obscurcie! » Voyez le discours de Herbert dans de Lamennais, de la
main de fer dompta toutes les résistances, et lorsqu'il mourut, en 1659, le royaume était calme et soumis à ses lois. Son fils abdiqua. Charles II fut rappelé [1660]. La profonde conviction des Stuarts, que l'épiscopat était le soutien de la royauté, prévalut encore, et il fut rétabli, non-seulement en Angleterre, mais en Ecosse. Cette mesure impopulaire suffit pour faire soupçonner le roi de catholicisme et exciter les partis contre lui. Cromwell avait accordé la liberté de conscience à toutes les sectes, excepté aux papistes, dont le sort ne s'améliora guère sous Charles II, malgré le duc d'York, son frère, catholique zélé. Le grand incendie de Londres [1666] leur fut imputé, sans preuve ni information; et ce mensonge historique n'en est pas moins resté gravé, jusqu'à nos jours, sur le monument érigé en mémoire de la catastrophe. Un bill du Parlement, dirigé surtout contre le duc d'York, établit le serment du Tesl, par lequel quiconque acceptait une charge était forcé de prêter le serment de suprématie au roi, de recevoir publiquement l'Eucharistie selon le rit anglican, de déclarer par écrit qu'il ne croyait pas à la transsubstantiation. Tout fut mis en œuvre pour perdre les catholiques. Le comte de Shaftesbury, principal moteur du bill du Test, prétendit avoir découvert un complot papiste, dans lequel était impliquée presque toute la catholicité, le général des Jésuites entête. Les suites de cette prétendue découverte dépassèrent les prévisions les plus hardies. Tout le royaume en fut ému, comme s'ii avait été menacé d'une invasion »ennemie et du massacre de tous les protestants. Le Parlement ordonna des informations : Titus Oates, l'inventeur et le lâche instrument, de l'intrigue, reçut les louanges et la récompense dues à son zèle : les prisons se remplirent de catholiques et beaucoup d'entre eux, malgré leurs protestations d'innocence, perdirent la vie sur l'échafaud.
Le duc d'York, Jacques II, quoique exclu du trône par deux actes du Parlement, succéda à son frère [1685]. Il proclama aussitôt la liberté des cultes et des consciences. S'il en était resté là, il aurait probablement apporté de
Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. Paris, 1826, in-8, p. 234 sq.
grands adoucissements au sort de ses coreligionnaires; mais il voulut rétablir la prédominance de la religion catholique, et il en prépara ainsi la ruine. Il renoua les rapi ports avec Rome, dispensa les catholiques du serment du Test, et renvoya devant la justice les évêques qui avaient refusé de publier sa déclaration sur la liberté de conscience. La naissance du prince de Galles hâta la catastrophe. Dans la prévision d'une nouvelle lignée royale, les mécontents, et surtout les possesseurs de biens ecclésiastiques, entrèrent en négociation avec Guillaume d'Orange, qui avait épousé Marie, fille protestante de Jacques. Le « libérateur » ■ Guillaume apparut en effet, en 1688, avec une armée « pour remettre l'ordre dans le royaume. » Jacques, trahi par ses gardes, passa en France, et facilita la victoire de ses ennemis par une fuite qui devint un chef d'accusation contre lui. Lorsque Guillaume fut monté sur le trône, les catholiques, comme ceux qui épouseraient des catholiques, furent déclarés à jamais exclus de la couronne d'Angleterre. Un nouveau serment de fidélité fut prescrit. Tout papiste, ou quiconque passait pour tel, devait rester à la distance de dix milles de Londres ; le droit de patronage appartenantà des catholiques fut transféré aux universités. La patente de tolérance de \ 698 accorda le libre exercice de leur religion à toutes les sectes, excepté aux sociniens et aux catholiques. Ceux-ci n'obtinrent aucune espèce de droit civil ou politique, et furent soumis aux plus dures restrictions sous le rapport religieux. On abolit les écoles catholiques; on poursuivit les prêtres; on accorda de magnifiques bénéfices à ceux d'entre eux qui entrèrent dans la haute Église, « dans l'Église apostolique, seule vraie, » seule sanctifiante, » et l'on décréta que l'enfant catholique qui embrasserait la religion de l'État obtiendrait par là même, du vivant de ses parents, et à l'exclusion de ses frères et sœurs, tout l'héritage paternel. > La protection divine peut seule expliquer comment, sous de telle conditions, l'Église catholique a pu se maintenir dans la Grande-Bretagne, se relever d'un si profond abaissement et promettre un avenir plus heureux. La même oppression pesa sur l'Église à travers tout le XVIIP siècle; à peine la guerre de l'indépendance de l'Amérique et
les craintes conçues par les hommes d'État et les hauts fonctionnaires de l'Église établie, durant la révolution française, purent-elles apporter quelque léger adoucissement à la rigueur des lois pénales dirigées contre les catholiques.
§ 330. — Le protestantisme en Ecosse.
Gilbert Stuart, Hist. of reformation of Scotland. London, 1780, innL Cook, Hist of the church of Scotland from the reformation, Edinb., 1815, 3 vol. (Bradshaw) The English Puritanism. London, 1605; en latin : Puritanismus angl. Francof., 1610. Robertson, Hist. of Scotland. Bas., 1791, 2 vol. GuilL de Schütz, Marie Stuart. Mayence, 1839. Feuilles histor. et polit., t. I, p. 458-69; t. III, p. 696 sq. Mignet, Vie de Marie Stuart, Paris.
La réforme prit en Ecosse un caractère formidable. En 1528, on brûla Patrik Hamilton, qui, le premier, avait répandu les doctrines nouvelles. D'autres exemples de sévérité effrayèrent les novateurs qui s'enfuirent en Angleterre et sur le continent; mais ces violences, offrant un triste contraste avec la conduite d'un clergé perverti, objet de la risée et du mépris publics, échauffèrent encore davantage l'esprit de parti, qui se vengea cruellement du cardi- « nal Beatoun, primat et archevêque de Saint-André. Il avait fait exécuter le réformateur Wishart [1546]. Les partisans de Wishart assassinèrent le cardinal, comme un ennemi acharné du Christ et de son Évangile, et pillèrent son palais. La réforme dut ses principaux progrès à Jean Knox (1), qui avait embrassé les nouvelles doctrines en 1542. Après la prise du palais de Saint-André par les troupes royales, Knox fut conduit en France avec d'autres prisonniers, s'échappa et vint prêcher avec un zèle fanatique en Angleterre [1544]. Lorsque Marie la Catholique monta sur le trône, il s'enfuit à Genève, où il adopta le système de Calvin. Il alla de nouveau et successivement de Genève en Ecosse, d'Ecosse en Suisse [1556-59], et fit paraître, pendant ce temps, son livre intitulé : « Premier son de la » trompette de Dieu contre le gouvernement satanique des » femmes. » Son active correspondance soutenait l'ardeur de ses partisans d'Ecosse, qu'il exhortait à en venir à la