‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 91 sur 332 · NOUVELLES CONTROVERSES · texte numérisé non relu

NOUVELLES CONTROVERSES

Jésuites(l). Ceux-ci défendaient les opinions de Scot contre les opinions de saint Augustin, adoptées par ceux-là, et cherchaient à faire prévaloir leurs opinions sous le prétexte qu'il était très-difficile de combattre les doctrines des réformateurs au moyen de ce que l'on donnait pour le strict augustianisme. Molina, ayant entrepris d'accorder le plus possible les deux systèmes, avait soutenu que l'homme peut, par ses forces naturelles, coopérer en quelque chose à sa conversion et accomplir de bonnes œuvres. Il justifiait cette proposition par la doctrine de son maître Fonséca, sur la science moyenne de Dieu (Scien/ia Del media), d'après laquelle Dieu connaît les future conditionnels, c'està-dire ce qui arriverait à telle ou telle conditions (I Sam. XXIII, 11 sq. ; Matth. XI, 21), et c'est à cette prévision divine que se rapporte la prédestination aussi bien que la réprobation. Le livre de Molina -fut attaqué par les Dominicains Alvarès et Thomas de Lemos, et non moins chaudement défendu par les Jésuites Grégoire de Valencia, Arrunal, la Bastide, François Toléto et d'antres. Le pape Clément VII, sollicité par les deux partis consulta plusieurs des évêques, des universités, des théologiens, institua à Rome la congrégation deAuxiliis [dep. 1599], pour résoudre la question du rapport de la grâce divine avec la question de l'homme. Clément VIII mourut avant la solution. Son successeur, Paul V, fit continuer d'abord les recherches, suspendit, en 1607, les travaux de la congrégation, en se réservant d'en faire connaître le résultat plus tard, et défendit aux deux partis de rejeter à l'avenir d'une manière absolue les opinions de leurs adversaires. Les Jésuites sentirent bien qu'il fallait adoucir le système de Molina, qui so rapprochait du Pélagianisme, et ils s'approprièrent la doctrine dite le Congruisme (Gratia congrua et incongrua). que, plus tard, les Jésuites Suarez et Vasquez perfectionnèrent et qui diffère notablement du molinisme (2). En effet, d'après le molinisme, la grâce agit seulement en conséquence du libre consentement de la volonté, tandis

(1)11 parut d'abord à Lisbonne, en 1588, puis à Anvers, en 1593, in-4.

(2). Cf. Hortig, Manuel d'hist. eccl!s. continue par Dœllinger, t. II, en. 2, p. 810 et suiv.

SUR LA GRACE. BAIUS ; MOMNA ; JANSENIUS. 255

que, d'après le congruisme l'efficacité dépend de la congruité de la grâce, par conséquent de la nature et de la vertu même de la grâce. Aquaviva, général de la Compagnie, ordonna d'enseigner ce nouveau système dans toutes les écoles des Jésuites [1613]. *

La controverse moliniste fut néanmoins soulevée de nouveau par un écrit du Jésuite Garasse, contre lequel s'éleva avec force l'abbé Duverger de Saint-Cyran, et qui détermina un des amis de Saint-Cyran, Jansénius, alors professeur à Louvain et qui devint plus tard évêque d'Ypres, à examiner derechef la doctrine de saint Augustin sur la grâce. Jansénius résuma le résultat de ses recherches dans un livre qu'il intitula Augustinus, en déclarant dans la préface, comme il le fit plus tard dans son testament, qu'il soumettait le contenu de son ouvrage au jugement du Saint- Siège (2). Cet ouvrage était divisé en trois parties : dans la première, l'auteur recherche en quoi les opinions des pélagiens et des semi-pélagiens s'accordent avec celles des molinistes ; dans la seconde, il démontre que la lumière de la raison ne suffit pas pour arriver à la connaissance de la doctrine de la grâce, et qu'il faut la puiser dans les saintes Écritures, les conciles et les Pères de l'Église ; il traite, en même temps, de la grâce, de l'état originel et bienheureux de l'homme, et du péché ; dans la troisième, il parle de la perfectibilité de l'homme, de l'action irrésistible de la grâce, qui fait tout ce que l'homme ne peut faire. Déjà les Jésuites s'étaient opposés à l'impression du livre de Jansénius et l'avaient accusé des erreurs du calvinisme sur la prédestination. 11 parut néanmoins après la mort de l'évêque d'Ypres [1640], et suscita une polémique ardente. Les Jésuites réunirent les propositions condamnables, et tout ce que Jansénius avait dit contre les Pères, les scolastiques et surtout contre eux-mêmes. Urbain VIII défendit la lecture du livre de Jansénius par la bulle In eminenti [1642]. Les Jésuites ayant cherché à démontrer que toutes les propositions déjà condamnées par Pie V et Grégoire XIII se retrouvaient exactement dans Y Augustinus, le syndic Cornet soumit à la Faculté de théologie de Paris

(l) Augustinus, s. doctriua de humanse natura sanitate, aequiui äiiic mediana ad. Pelagianos et Massilienses.

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