NOUVELLES CONTROV. SUR LA GRACE, ETC
sept propositions, tirées des écrits de Jansénius [1649]. L'examen les fit réduire à cinq (1). Après bien des mouvements, des agitations, du trouble et des appels au parlement, les cinq propositions furent portées à Rome, [lt>531. Quelques-unes de ces propositions se trouvaient textuellement dans 1' Augustinus; les autres formaient la base ou l'âme du système de Jansénius comme dit Bossuet. Les partisans de Jansénius réclamèrent, protestèrent, se défendirent avec opiniâtreté, et virent enfin les cinq propositions condamnées par la bulle du pape Innocent X, Cum occasione [31 mai 1653]. Cette bulle fut reçue presque universellement en France. La Sorbonne donna l'exemple de l'obéissance , et les partisans des cinq propositions l'imitèrent par respect pour l'Église, dirent-ils. Cependant beaucoup d'entre eux prétendaient que ces propositions, réellement hérétiques, n'appartenaient point à Jansénius, qu'on ne pouvait les trouver dans son livre. Cette distinction renouvelait la controverse : elle éclata, en effet, plus vive que jamais, dans la période suivante.
La controverse sur l'immaculée conception de la sainte Vierge, née jadis entre les Dominicains et les Franciscains, se renouvela également lorsque le Franciscain François de Santiago assura qu'il avait eu une vision confirmant l'opinion de son ordre. La vive résistance des Dominicains porta la cour d'Espagne à demander une solution au pape, qui se contenta de rappeler la défense faite par Sixte IV [1476 et 1483] aux deux partis de déclarer hérétique Tune ou l'autre des opinions controversées. Paul V permit, il est vrai, que la question fût scientiquement débattue, défendit cependant
(1) « I. Aliqua Dei praecepta hominibus justis, volentibus et conantibus secundum présentes quashabent vires, sunt impossibilia; deest illis quœque gratia qua possibilia fiunt. — II. Interiori gratiae in statu naturae lapsae nunquam resistitur. — III. Ad merendum et demerendum in statu naturae lapsae non requiritur in homine Überlas a riecessitate, sed suftîcit liber tas a coactione. — IVr. Semipelagiani admittebant praevenientis gratiae interioris necessitatern ad singulos actus, etiam ad initium fidei, et in boc erant haeretici, quod vellent eara gratiam talem esse, cui possit humana voluntas resistere vel obtemperare. — Y. Semipelagianum est dicere Cbristum pro omnibus omnino hominibus niortuum fuisse autsanguinemfudisse.»
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toute controverse à ce sujet dans la chaire chrétienne, et ordonna par sa bulle de 1622 de ne se servir dans le missel et l'office public que de l'expression : la conception de la bienheureuse Vierge Marie (1). Les deux ordres religieux renouvelèrent auprès de Grégoire XV leurs tentatives pour avoir une solution, que le prudent pontife ne leur accorda pas plus que ses prédécesseurs.
§ 352. — L'art encore au service de l'Église. Cf. § 292.
Gerbert, de Cantu et musica sacra a prifna Ecclesiae eetate usque ad praesens tempus. S. Blas., 1774, 2 vol. in-4. Rochlitz, Esquisse d'une histoire du plain-chant. Leipzig, 1832, 4 vol. Kiesewetler, Hist. de l'art dans l'Europe occidentale. Leipzig, 1834.
L'attachement profond qu'inspirait encore l'Église se montra d'une manière éclatante dans les efforts que firent les artistes, tels que le Corrége, le Titien, les Carrache, le Dominiquin, Guido Réni, en Italie; Alonso Berruguate [f 1561], Perez de Morales [f 1586], Alonso Cano [f 1677], en Espagne ; Nicolas Poussin [f 1665], Gh. le Brun [f 1690], en France; Rembrandt [f 1674], Rubens [f 1640], dans les Pays-Bas; sur les bords du Rhin, Albert Durer [f 1528], et Holbein [f 1554], pour réaliser par leurs œuvres les idées du catholicisme. La poésie ne fit pas défaut non plus à l'Église ; elle prit un nouvel et religieux essor, lorsque le Tasse [f 1595] la consacra au récit des pieux exploits du moyen âge dans sa Jérusalem délivrée ; lorsque Caldéron de la Barca [f 1687], devenu prêtre et chanoine de Tolède, après avoir vaillamment porté les armes, chanta l'héroïsme des chrétiens et l'immortelle gloire qui leur est réservée, ou révéla les mystères du Christianisme dans d'admirables pièces sacrées, et mieux encore lorsque Lope de Véga, mort en 1653 dans la solitude du cloître, voua sa féconde imagination, son intarissable verve, à embellir les sujets les plus graves ou à exprimer les idées les plus sublimes de la religion. Il faut mentionner aussi avec hon-
(1) Ces bulles se trouvent jointes à la session V, de Peccato origi* nali, dans l'édition du Concilium Tridentinum donnée par Gallemart.
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neur en Allemagne, Jacques Bälde et Frédéric de Spée, et le poëte Angelas Silésius, c'est-à-dire Jean Scheffler (l),né de parents protestants à Breslau [1624], qui, après avoir exercé d'abord la médecine, se convertit à l'Eglise catholique à l'âge de vingt-neuf ans, devint prêtre, défendit avec ardeur, dans divers écrits, sa foi nouvelle, et mourut religieux dans un couvent de sa ville natale [9 juillet 1677]. Parmi ses œuvres de poésie religieuse, celle qui émut le plus les cœurs de ses contemporains et qu'on estime encore de nos jours, est le recueil intitulé : Saintes délices des âmes (2), qui parut en 1657, avec musique de George Josephi, maître de la chapelle épiscopale.
La mufiquc s'associa encore à la peinture, à la sculpture et à la poésie (3). Au XIVe siècle les Flamands furent les maîtres de la musique religieuse. Mais leur style avait quelque chose de roide et d'étudié et souvent aussi se rapprochait trop des mélodies profanes. On se plaignit sérieument, au concile de Trente, de cette profanation de la musique religieuse, et l'on se demanda s'ilne fallaitpointbannir complètement la musique de l'église. Le génie de Palestrina (4) rendit alors à l'art sa véritable dignité et en assura pour toujours la conservation. Jean Pierluigi ou Palestrina, du nom de sa ville natale, naquit en 1524 de parents pauvres. Sontalentle fit remarquorparun musicien etadmettre comme enfant de chœur dans la cathédrale de la ville. Il s'y distingua, et à l'âgé de vingt-sept ans il fut nommé directeur de la musique de la chapelle Julia, érigée nouvellement parle pape Jules III dans Saint-Pierre. On prétend que l'habile et jeune artiste reçut du pape Marcel II communication de ses idées sur la musique religieuse, et il les exprima merveilleusement dans la messe dite Missa Mar-
(1) Wiltmann, Angélus Silésius; sa conversion, ses poésies mystiques, ses écrits de controverse; avec des considérations sur la vraie poésie, sur le mysticisme et sur la polémique légitime. Augsb.,
(2) Saintes délices des. âmes, par Angelas Silésius, publ. par W. Winterer et H. Sprenger., Mannh. 1338.
(3) N'c. Wisemin, Considérations sur la liturgie suivie dans la chapelle papale pendant la semaine sainte.
(4) Baini, Memorie délia vita di G. P. da Palestrina, Roma, 1828 2 vol. in-4.