‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 98 sur 332 · D UNION. 2G · texte numérisé non relu

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si calme à la fois et si sûr de lui-même, blessa les dissidents ; Wladislas chercha donc à gagner les esprits en partant d'un autre point de vue. Dans une invitation adressée aux dissidents le 20 mars 1644, il leur dit : a Ce serait » n'avoir plus de cœur que de rester insensible à la vue » d'une guerre si longue, si cruelle, si acharnée, et de ne » pas se demander pourquoi, comment, dans quel but, » tant de haines allumées, tant de sang versé, tant de » forces épuisées. L'Europe, ébranlée, chancelle et s'af- » faisse sous le poids de ses crimes et de ses malheurs. Les » divisions religieuses ont seules pu produire, parmi les » chrétiens, des haines si vives, que rien d'humain ne sem- » ble plus pouvoir les calmer. Les moyens que le Dieu de » la paix a donnés aux hommes pour cimenter leur union, » le père du mensonge et de la guerre les a employés pour » fomenter parmi eux la haine, l'injustice et la défiance. » Or notre désir est de rétablir l'union dans le corps du » Christ, déchiré par les opinions humaines, de restaurer » la paix religieuse, depuis si longtemps troublée. Quoique » l'Eglise, dans sa maternelle sollicitude, n'ait rien épar- » gné pour atteindre ce but, l'infatigable génie de la Po- » logne, et, bien mieux encore, l'esprit de la charité cbré- » tienne, nous ont inspiré la confiance de voir l'infinie » miséricorde de Dieu rétablir et perfectionner ce que la » malice de l'ennemi a perverti et renversé. Ne sommes- » nous pas tous enfants d'un même père, n'avons-nous pas » tous une même origine, un même baptême, un même » nom? N'est ce pas la même mère, l'Église, lavée dans le » sang du Christ, qui nous a engendrés? N'est-ce pas une » même loi qui nous a régis, nous et nos ancêtres, durant » tant de siècles? De tristes dissidences d'éducation, les » artifices de l'ennemi du genre humain, ont divisé, séparé » ceux que l'amour fraternel devait tenir toujours unis et » d'accord. De là des malheurs que nous devons déplorer » tous, qui émeuvent le cœur du souverain pasteur, et » dont nous devons chercher, autant que possible, le rc- » mède. Jusqu'à ce jour, les doctes écrits, les conférences » particulières n'ont pu amener le résultat désiré, mais » peut-être obtiendrons-nous le rétablissement de la paix, » la réconciliation des opinions, par des conférences ami-

26ß § 355. — GUERRE

» cales entre les deux partis. L'Église, en mère tendre et » dévouée, s'adresse à vous, comme à des fils bien-aimés; » son âge, ses malheurs, ses blessures commandent le » respect; car elle est plus vigoureuse que les siècles qui » la vieillissent sans l'abattre; elle triomphe du malheur » par la charité; elle guérit ses blessures par la patience... » Il n'est qu'une douleur que nul art ne peut adoucir : » c'est celle que lui donne la perte des enfants que l'hé- » résie et le schisme lui arrachent. Elle sèche dans l'at- » tente et l'espoir de les voir revenir de leurs longs éga- » rements; elle observe les vents, elle parcourt le rivage, » elle tend ses bras vers les naufragés, elle les appelle, elle » les convie à reconquérir l'héritage de la paix qu'ils ont » perdu depuis un siècle. Tel est aussi notre vœu, tel est » le cri de notre tendresse pour nos frères séparés. » • Le colloque désiré n'eut lieu qu'en octobre 1645. Les princes électeurs de Saxe et de Brandebourg y envoyèrent des théologiens. Le duc de Brunswick consentit à ce que George Calixt, l'homme du juste milieu, se rendît aussi à Thorn. Mais les catholiques en furent mécontents, et les luthériens extrêmes, tels que Calov et Hülsemann, l'évitèrent comme une peste, parce qu'il avait cherché à se mettre en rapport avec les réformés. « Je l'ai vu, à ma grande surprise, écri- « vait Calov, assis au milieu des faux prophètes calvinistes, « qu'il considère comme des frères dans le Christ. » Ces dispositions passionnées ne pouvaient guère amener la réconciliation tant désirée. La cause du catholicisme fut défendue avec un zèle remarquable par le Père Schœnhofer, Jésuite, qui, dans une excellente exposition, prouva qu'aucun des griefs reprochés à l'Église catholique par les protestants ne portait sur les véritables principes, sur les vrais dogmes de l'Église, tels qu'ils sont exposés, par exemple, dans les décrets du concile de Trente et le catéchisme romain. On se sépara plus irrité que jamais.

§ 355. — Guerre de Trente Ans.

Ginzel, Legatio apost. Pétri Aloysii Caraffce [î 624-34], Wircéb., 1839. Barthold, Hist. de la grande guerre d'Allemagne depuis la mort de Gustave-Adolphe, particulièrement dans ses rapports avec la

France. Stuttg., 1842 et suiv., 2 vol. Cf. aussi C. A. Menzel, Nouv. hist. d'Allem. t. VI-VIII. Mailalh, Hist. de l'empire d'Autriche, t. III. Gustave-Adolphe et sou temps, par Gfrœrer. Stuttg., 1852.

Les sentiments exprimes par les protestants à l'égard de l'Église, dans les diverses conférences tenuespour traiter de la paix, ne firent qu'aigrir leurs adversaires. Les prédications des protestants, leur polémique, leur controverse opiniâtre et de mauvaise foi, qui représentaient sans cesse les catholiques comme un parti superstitieux et idolâtre, exaspéraient ces derniers. La paix d'Augsbourg [1555] avait posé dans le reservatum ecclesiasticum une véritable pierre d'achoppement, car cet article essentiel était presque constamment violé. Peu à peu, et surtout dans le nord de l'Allemagne, les protestants s'emparèrent des biens des évêchés catholiques de Havelberg, Brandebourg, Naum bourg, Meissen, Schwerin, Lébus, Gamin, Magdebourg, Halberstadt, Minden, Verden, Brème, Lübeck, Osnabrück et Batzebourg, sans que les catholiques pussent s'y opposer pour le moment; cependant il y eut résistance, lorsque l'électeur Gebhard de Cologne [dep. 1577], qui avait vécu dans de criminelles relations avec Agnès de Mansfeld, chanoinesse de Gerresheim, passa dans l'Église réformée et voulut entraîner avec lui tout son diocèse. Le chapitre de Cologne lui opposa le duc Ernest de Bavière, qui fut installé de force à Cologne après la déchéance de Gebhard, prononcée par le pape [1583]. Les luthériens se récrièrent contre cette prétendue iniquité, et, tandis que rien n'arrêtait leurs princes dans l'exercice de leurs droits, au point que les habitants du Palatinat furent obligés de changer quatre fois de religion dans l'espace de soixante ans, ces mêmes luthériens protestèrent, comme contre une violation de la paix religieuse, contre la tentative que firent Jules, évêque de Wurtzbourg [dep. 1585], et Philippe, margrave de Baden-Baden [dep. 1571], de ramener leurs peuples à la foi catholique. L'abjuration du margrave Jacques de Baden et Hochberg fut décriée de même (1). A Donawerth, on opprima le culte catholique,

(1) Cf. les Motifs qui ont déterminé le margrave Jacques de Baden et Hochberg à qui lier le luthéranisme pour embrasser le catholicisme.

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