GUERRE
on troubla violemment une procession. La Chambre impériale mit la ville au ban de l'Empire. Maximilien 1er de Bavière (1), aussi résolu dans ses actions que dans ses sentiments, exécuta la sentence, s'empara de Donawerth et l'occupa, parce que cette ville ne pouvait payer les frais de la guerre. Dans Aix-la-Chapelle même, malgré son inébranlable attachement au catholicisme, les protestants, après avoir appelé des Néerlandais à leur aide, exercèrent publiquement leur culte et élurent des bourgmestres de leur choix (2). En 1581, lorsqu'une commission impériale voulut rétablir les choses dans leur ancien état, les protestants excitèrent un soulèvement, et l'on fut obligé d'en venir à la violence pour faire rentrer les catholiques dans leurs possessions : il en fut de même à Strasbourg. Toutes ces hostilités étaient entretenues sous main par la France. Jalouse d'affaiblir la maison d'Autriche, elle parvint à fomenter Y Union des princes protestants à Ahausen [4mai- 1608] ; ils élurent pour chef l'électeur palatin Frédéric. Les princes catholiques formèrent par contre la ligue de Wurtzbourg [1609], dont le chef fut Maximilien, duc de
Cologne, 1591, in-4. De semblables retours eurent lieu plus tard, particulièrement chez les hommes haut placés, qui, pour suivre la voix de leur conscience, renonçaient volontiers à leurs charges et à leurs familles, tels, par exemple, que le savant légiste Helfrich- Ulrich Hunnius (fils d'un célèbre théologien). Il se convertit en 1625, et publia à cette occasion l'ouvrage suivant : Invicta prorsus et indissolubilia argumenta, quibus convictus et constrictus, relicta lutherana secta, cathol. profitetur fidem H. U. Hunnius,. Heidelb., 1631. La seconde édition contient cette addition : Evidentis démonstrations, quod archihœresis lutherana e vetustissimis haeresibus sit compilata. Cf. Galerie des hommes remarquables qui ont abandonné l'Église évangélique pour rentrer dans le catholicisme, pendant les XVP, XVIIe et XVIIIe siècles, par Ammon. Erlangen, 1833; Hcenin,' ghaus, Liste chronologique des conversions remarquables faites au profit de l'Église catholique jusqu'à nos jours; Theiner, Hist. de la conversion des maisons régnantes de Brunswick et de Saxe. Einsiedlen, 1843. Voyez contre : Hœck, Ant. Ulrich et Elisab. Christine de Brunswick, Wolfenb., 1845. Cf. aussi A. Menzel, t. VIII, p. 286-310.
(1) Baron Aretin, Hist. de l'électeur Maximilien Ier, duc de Bavière, d'après les sources authentiques. Un vol. Passau, 18 i2. Cf. encore sur le prince Maximilien Ier, les Feuilles hist. et polit., t. VIII, p. 279 et suiv., 513 sq.
(2) Fr.-D. Hœberlein, Nouv. hist. de l'empire d'Allemagne, t. XI, p. 353; t. XII. p. 319; .4. Menzel, 1. cit., t. V, p. 141 sq.
Bavière. Ainsi la guerre était imminente. Elle eût immédiatement éclaté, si le chef de l'Union, Henri IV, n'eût été assassiné. On n'attendait plus qu'une occasion, que la Bohême fournit enfin. Le protestantisme s'était'introduit dans les États héréditaires de la maison d'Autriche, sous Ferdinand 1er, en Bohême, sous Maximilien H, principalement par les efforts des Utraquistes, qui avaient, en même temps et parla même, répandu de tous côtés l'ancien esprit des Hussites. Ils excitèrent des soulèvements, entrèrent en pourparlers avec des princes étrangers, réclamèrent avec arrogance, dans les diètes, la liberté religieuse, en retardant leur concours dans la guerre contre les Turcs. C'est ainsi que les seigneurs et les chevaliers avaient obtenu de Maximilien II la liberté du culte, et l'avaient aussitôt, contrairement à la convention, étendue aux villes et aux bourgades. En Bohême, ils obligèrent l'empereur Rodolphe II à accorder, par un rescrit impérial, la liberté du culte et tous les droits des catholiques aux seigneurs, aux chevaliers et aux villes qui avaient embrassé le protestantisme. De plus en plus enhardis par ces succès, ils finirent par attaquer ouvertement la puissance impériale, sous l'empereur Matthias. Celui-ci n'ayant point eu de postérité, Ferdinand II, petit-fils de Ferdinand 1er, avait été couronné en 1617. Dévoué à la foi et aux intérêts de l'Église catholique, excité par les mouvements séditieux des protestants et par leurs secrètes alliances avec l'étranger (1), Ferdinand avait, de tout son pouvoir, combattu et étouffé le luthéranisme dans ses États héréditaires de Styrie, de Carinthie et de Carniole, et s'était, en même temps, chargé de la haine des protestants d'Autriche et de Bohême. Un rescrit impérial de Rodolphe avait autorisé les seigneurs, les chevaliers et les villes royales, mais non les vassaux des possessions catholiques, à construire des églises protestantes sur un sol catholique. Les vassaux de l'archevêque de Prague à Klostergrab et ceux de l'abbé de Braunau n'eurent point égard au rescrit, malgré les protestations de leurs seigneurs. L'empe-
(1) Lutte de l'empereur Ferdinand II contre les États protestants en Autriche. (Feuilles hist. et polit., t. III, p. 673 et suiv.; t. IV, p. 168 et suiv., 219 et suiv.)
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reur ayant ordonné de détruire l'église de Klostergrab, de fermer celle de Braunau, les Utraquistes s'imaginèrent que c'était une violation du rescrit impérial et présentèrent leur plaintes et leurs réclamations à l'empereur. Sa réponse fut menaçante. Alors les habitants précipitèrent du haut des fenêtres du château de Prague [13 mai 1618J les deux gouverneurs de la ville, Martinitz et Slavata, auxquels on imputait la réponse de l'empereur, instituèrent, sous l'inspiration du comte de Thorn, un gouvernement composé de trente directeurs, s'armèrent et chassèrent les Jésuites. Soutenus par l'Union, ils attaquèrent même les villes restées fidèles à l'empereur, pénétrèrent en Autriche, et, après la mort de l'empereur Matthias, élurent pour roi, non Ferdinand II, mais Frédéric V du Palatinat. Cependant la division se mit parmit les membres de l'Union; le prédicateur des princes électeurs de Saxe, Hoé, s'éleva hautement contre la honte qu'il y avait « de livrer les Bohèmes en proie aux antechrists calvinistes; » les secours promis par l'Angleterre manquèrent ; tout alors concourut à faire perdre aux Bohèmes et à Frédéric du Palatinat la bataille livrée à la Montagne-Blanche, le 8 novembre 1620. La guerre, néanmoins se propagea en Allemagne, et fut conduite, dans les intérêts de Frédéric, par le margrave de Baden-Durlach, le comte de Mansfeld, et Christian, duc de Brunswick, administrateur de Halberstadt (1). Ils furent, à diverses reprises, battus par b vaillant Tilly (2), général de la ligue catholique, et par
(\)Sœltl, la Guerre de religion en Allemagne (aussi Elisabeth Stuart, épouse de l'électeur palatin Frédéric V). Hamb., 1841, 2e partie.
(2) Les historiens protestants sont unanimes pour représenter Tilly comme un type de cruauté, et ils ne manquent jamais de lui reprocher les paroles que Schiller met dans sa bouche au sac de Magdebourg. La vérité sur ce sujet se trouve dans les Feuilles hist. et polit", t. III, p. 43 et suiv.; t. XIV, p. 290-308. Mailath, Hist. de l'emp. d'Autriche, t. III, p. 241 et s. Cf. aussi Nicolai Vermdœi Virtus triumphans illustrissimi et excellentissimi comitis Joannis Tillii, orat. V. Dans l'introduction il est dit: «Gloriosissimas Tillii victorias, celeberrimos et supra invidiam triumphos, inclytumque jam toto orbe nomen, nemo est qui ignoret. Recensent cum laetitia catholici, commémorant cum tristitia hœretici, adrnirantur cum stupore quicurnque mortales. Ipse orbis, qua lato patet, vix tantam unius hominis gloriam esse potuisse putat, quantam ibi Tilliano virtus invidia
Walstein, commandant les troupes impériales. Frédéric perdit même ses États héréditaires, le Palatinat, qu'avec le consentement des princes électeurs l'empereur donna à l'héroïque duc de Bavière, Maximilien. Christiern IV roi de Danemark, soutenu par Jacques Ier, roi d'Angleterre, avait également pris part à la guerre ; mais complètement battu par Tilly, près de Lutter au Barenberg [1626], il fut obligé, à la paix de Lübeck [1629], de renoncer aux affaires de l'Allemagne. Ces victoires permirentà Ferdinand II de manifester sa résolution de ne tolérer dans ses États héréditaires que la religion catholique, d'autant plus que les protestants avaient excité un soulèvement parmi les paysans [1626], et avaient contraint tous les catholiques de la Silésie et de la haute et basse Autriche d'émigrer. Ce fut alors aussi que, sur la demande réitérée des princes et des États catholiques, qui priaient l'empereur de résoudre enfin les difficultés relatives aux biens ecclésiastiques, l'empereur publia [1629] le juste Édit de restitution, qui rétablissait le statu quo de la paix religieuse de Passau, ordonnait la restitution des biens ecclésiastiques, autorisait les princes protestants et catholiques à établir ou à maintenir leur culte respectif dans leurs États, en permettant à leurs sujets protestants d'émigrer, si bon leur semblait. L'édit ne devait être exécuté qu'à dater de l'année 1631. Le roi de Suède, dont le cardinal fiaraffa, alors en Allemagne, avait dit : « La Suède n'a jamais eu, » l'Europe a eu peu de rois semblables à Gustave-Adolphe,» crut qu'il fallait profiter de l'intervalle, dans l'intérêt delà cause, plus que jamais compromise, du protestantisme.
noquicquam frendente comparavit. Glorientur in Marcellis, Scipionibus, Pompeiis, Caesaribus Romani; superbiant in Alcibiade vel Themistocle, aut Epaminonda, Grceci; habuit eetas nostra nuper Tillium unum, quem omnibus illis si non superiorem, at Certesequalem opponat. Erat ipse tanquam quidam in Germania Marcellus, cujus armoruin oppositu terri ta? urbes portas suas aperiebant; erat tanquam quidam pro Eeclesia Scipio, qui hrereticorum Hannibales alienis provinciis incubantes opprimebat ; erat tanquam quidam catholicorum Pompeius, qui christianam religionem nominis sui magnitudine conservabat; erat tanquam quidam pro imperio asserendo Caesar, qui Ferdinandi II imperatoris majestatem tucbatur, etc. » (Elogia orator. Colon., 1735, p. 285 sq. Cf. Feuilles hist. et polk., t. XI (1843), p. 257-268.
Depuis longtemps il travaillait à tirer parti des embarras de l'Allemagne pour agrandir sa couronne. L'appui que l'empereur avait prêté aux Polonais dans la guerre contre la Suède, les mots sonores de « gloire de Dieu, d'honneur » et de salut des chrétiens, » parurent à Gustave-Adolphe des prétextes suffisants pour introduire, à l'aide de Richeheu, une armée suédoise en Allemagne [1630]. Mais le véritable motif de cette invasion, comme le prouvent des documents positifs (1), était le projet de faire élire un prince protestant (Gustave-Adolphe lui-même) à l'empire (2). Toute la conduite de Gustave fut conforme à ce dessein. Fortifié par le concours des princes protestants, il gagna contre Tilly l'importante bataille de Leipzig [1631] et envahit immédiatement la Bavière, reçut des bourgeois d'Augsbourg le serment de fidélité à la couronne de Suède, et promit à l'électeur Frédéric du Palatin at de le rétablir dans ses États, à condition qu'ils relèveraient, comme fiefs, de la Suède. La mort de Gustave-Aldolphe, tué à la bataille de Lutzen[6 novembre 1632], n'empêcha point les généraux suédois, et principalement Bernard, duc de Weimar, de continuer la guerre avec l'argent de laFrance. Le chancelier d'État suédois Oxenstiern négocia entre les États protestants une alliance , dont les princes le prièrent « humblement » de prendre la direction, tant le sentiment national était affaibli dans les cœurs. En 1634, l'empereur Ferdinand II battit les Suédois près de Nordlingen, détacha de l'alliance protestante l'électeur de Saxe et se réconcilia avec lui par la paix de Prague [1635] ; mais Richelieu employa toute son influence pour établir la prépondérance des protestants en Allemagne. Les chances de la guerre favorisèrent tour à tour les deux partis. Les horreurs d'une guerre civile et religieuse, fomentée par l'ambition d'une nation rivale , dévastèrent longtemps
(1) Le baron d'Aretin, l'estimable auteur des «Rapports actuels de •a Bavière, » Passait, 1839, a trouvé ce projet. Cf. Feuilles bist, et polit., t. III, p. 431 et suiv., 499 et suiv.
(2) Frédéric de Decken, Le duc George de Brunswick et Lunebourg, Documents pour servir à l'histoire de la guerre de Trente Ans, d'après les sources originales puisées dans les archives du Hanovre. Hanovre, 1833-34, 3 vol. On y trouve des preuves palpables des desseins déloyaux de Gustave-Adolphe.