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II

246 § 206. -— SECONDE controverse

Mais Bérenger de Tours fut, au XP siècle, l'auteur d'une véritable hérésie concernant l'Eucharistie. Elève de Fulbert de Chartres, sous lequel il s'était surtout perfectionné dans la dialectique, il devint (1031) scolastique de l'école de Tours, et, en 1040, archidiacre d'Angers (1). Il adopta sur ce point fondamental do la doctrine chrétienne, l'opinion de Scot Érigène (2), et se prononça d'une manière plus forte, plus définitive encore, contre le dogme de la transsubstantiation. Il niait le changement de l'élément terrestre, dans le sens propre et rigoureux, et n'admettait d'autre changement que celui qui a lieu dans d'autres sacrements, où, par la sanctification de la matière, de l'eau, de l'huile, ces éléments deviennent porteurs d'une vertu plus haute. Il ne se servait donc des expressions de l'Église que pour ne pas trop s'aheurter contre l'Église dominante; mais, en employant les termes consacrés, il paraissait entendre simplement que, par la présence spirituelle du Christ et la foi en cette présence, l'action de l'élément terrestre était modifiée (3). Ce qui prouve que c'était bien là

(1) Sur la vie de Bérenger, voy. Hist. littér. de la France, t. VIII, p. 197 sq. Cf. Hœfler, Papes allem. P. II, p. 85, etc.

(2) « Berengarius Joannis Scoti lectione ad hanc nefariam devolatus est sectam. » (Flor. Franc, hist. Fragm.) Mais Bérenger luimême se reconnut partisan d'Erigène. « Si hfereticum habes Joannem, cujus sententiam de Eucharistia probamus, etc. » (Ep. ad. Lanfranc. dans Harduin, t. VI, P. VI, p. 1016.) Cf. Pagi ad Baron. Annal, ann. 1050, n" VII.

(3) Les hésitations continuelles de Bérenger sont cause de deux opinions différentes qu'on lui attribue sur l'Eucharistie : 1° il n'aurait nié que la transsubstantiation, mais non la présence substantielle du Christ dans l'Eucharistie; 2° il aurait aussi nié la transsubstantiation et expliqué tigurément les paroles de la consécration. Sous le premier rapport il est dit dans Marlene et Durand, Thesaur. nov. anecdotor, t. IV, p. 99 : « Ex hoc loco et ex superius dictis patet Berengarium realem, ut aiunt, Christi prrnesenliam admisisse in Eucharistia, sed transsubstantiationem prœsertim eum negasse, id quod probat multisrpie exemplis demonstrat noster Mabillonius, in prœfat. ad ssecul. VI ord. Bened. » Mais A'ielamnus, loco;cit., soutient la seconde accusation, remarquant que, d'après Bérenger, il n'y a que figura quœdam et simillludo. Ce qui prouve la véritable opinion de Bérenger, ce sont les expressions suivantes : « Non minas tropica lociUlone dicitur : Panis, qui pouitur in altari, post consecrationem est corpus Clirisli, et vimim sanguis, quam dicitur : Christus est leo, Christus est agnus, Christus est summus angularis

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