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l'opinion de Bérenger, c'est que, méconnaissant la nature d'un corps glorifié et spiritualisé, il niait que le Christ res-
lapis. » Ce qui suit dans le troisième fragment Berengarii ep. ad Adeiam. est surtout significatif. Après avoir déjà dit dans son traité de sacra Cœna, que le corps du Christ s'est livré tout entier à la mort, ita haheas tolum integriunque Christi corpus accipi (per sacramentnm altaris), que le corps du Christ reste dans le ciel, qu'il demeure dans son indivisible unité, qu'ainsi la manducation de son corps ne peut être que spirituelle, et consister en ce que l'esprit de celui qui le mange s'élève vers le corps du Christ, qui est dans le ciel. Bérenger ajoute : Puisque le corps et le sang du Christ, conformément à l'Ecriture, resteront jusqu'à la fin du monde dans le ciel, nul fidèle ne peut penser, « se ad refectionem animœ suœ accipere nisi totam et integram Dei sui carnem, non autem cœlo devocatam, sed in cœlo mancntem, quod ore corporis fieri ratio nuUa permittit, cordis, ad videndura Deum mundati, devotio'ie spatiosissima, nulla indignitate, nullis fieri prohibetur angn^'iis. » Il est impossible aussi, dit-il, et indigne de la majesté divine de recevoir ore corporis le Christ entier, « ac per hoc Christi corpus totum constat accipi ab interiori homine, fidelium corde, non ore. » Hugon, évoque de Langres, comprit le point capital de cette théorie et objecta à Bérenger : « At si panis et vini sacramentum ob solani salutis potentiam cum nato et passo unum atque idem est, similiter auctori nihil refert hoc sacramentum eodem judicio Baptismum vel esse, vel dicere, vel quidquidin sacramentis salubriter celebratur. » (C'està-dire que par là on ôte à l'Eucharistie ce qu'elle a de spécial et ce qui la distingue des autres sacrements, et on peut aussi bien lui donner le nom de Baptême ou de tout autre sacrement.) Lanfranc avait objecté à Bérenger, quant au rapport du Christ demeurant dans le ciel, avec l'Eucharistie : « Credimus terrenns substantiels quae in mensa Dominica per sacerdotale ministerium divinitus sanc«tificantur, ineffabiliter, incomprehensibiliter, mirabiliter, opérante superna potentia, converti in essentiam corporis Domini, reservatis ipsarum rerura speciebus et quibusdam aliis qualitatibus, ne percipientes cruda et cruenta horrerent, et ut credentes fidei prajmia aaipliora perciperent, ipso tarnen Dominica corpore existente in cœlestihus ad dexlram Patris, inimot taii, invlolalo, inier/ro, incontaniinato, iUcBSO, nt vere dici possit et ipsum corpus quod de Virgine sumptum est, ttossurnere et tarnen non ipsum : ipsum quidem, quantum ad essentiam verœque naturœ proprictatem atque naturam; non ipsum autem, si spectes paiiis vinique speciem, cteteraque superius comprehensa. » Le c. 20 de Lanfranc surtout est important : il y répond à l'assurance avec laquelle Bérenger en appelle aux Pères et aux écrivains ecclésiastiques les plus anciens, qui ont souvent nommé l'Eucharistie : species, similitudo, figura, signum, mysterium. Pour désigner le sacrement dans sa totalité, il faudrait bien aussi se servir de ces expressions. Cf. Bellarmimis, de sacra Eucharistia, Hb.. III, c. 18.
248 § 206. — SECONDE CONTROVERSK
suscité eût passé par des portes fermées. Destitué d'un esprit vraiment philosophique et des connaissances théologiques nécessaires, vain et hardi, arrogant et superficiel, Bérenger soulevait sans scrupule les questions les plus délicates et les tranchait arbitrairement, sans pénétrer jamais au fond même des choses (1). La correspondance de Bérenger avecLanfranc, scolastiqire du couvent du Bec, en Normandie, plus tard archevêque de Canterbury, donna naissance à la controverse sur l'Eucharistie. Bérenger reprochait à Lanfranc de rejeter l'opinion de Scot Érigène et d'admettre celle de Paschase Radbert. Le pape Léon IX eut connaissance de cette lettre de Bérenger. Il la fit condamner dans les conciles de Rome et de Verceil [1050], qui ordonnèrent, en même temps, qu'on brûlât l'ouvrage de Scot Erigène. Cependant la controverse gagnait de proche en proche. Un nouveau concile s'assembla à Tours, sous la présidence du légat du pape, Hildebrand [1034]. Bérenger y fut déterminé à adhérer à une profession de foi conforme, quant aux expressions, à la doctrine de l'Église. Mais, tout en affirmant par serment qu'il croyait réellement que le pain et le vin devenaient, après la consécration, le corps et le sang de Jésus-Christ, Bérenger sut, par ses expressions équivoques et ses artifices dialectiques, tromper le légat, plus attentif au gouvernement extérieur de l'Église qu'à la solution des questions dogmatiques. La ruse fut bientôt découverte ; Bérenger fut obligé, au synode de Rome [1059], tenu par Nicolas II, de brûler son livre, de souscrire une profession de foi dont les expressions semblaient ne plus permettre aucun subterfuge (2). A peine
(1) L'évèque Guitmund dit des études de Bérenger : « Quum juveniles adhuc in scholis ageret annos, tit aiunt qui enm timc 7ioverant, elatus ingenii levitate, ipsius magistri sensum non adeo curabat, libres insuper artium contemnebat; » et il continue ainsi plus bas: « Quum per se attingere philosophice altioris sécréta non posset, neque enim homo ita acutus erat, sed ut tune temporis liberales artes intra Gallias paene obsoleverant, novis saltem verborum interpretationibus, quibus etiam nunc nimium gaudet, singularis scientiae sibi laudem arrogare et cujusdam exceilentias gloriam venari qualitercumque poteret affectabat. » Cf. Hœuer, Papes allemands, P. II, p. 85.
(2) « Panem et vinum, quœ in altari ponuntur, post consecratioflem non solum sacramentum, sed etiam verum corpus et sangui-
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parti de Rome, il rejeta la formule, qu'il n'avait admise, disait-il, que par crainte de la mort. Cette duplicité de Bérenger, soumis en apparence quand il était en danger, parjure dès qu'il était libre, le déshonora d'autant plus qu'il cherchait encore, au milieu de ses contradictions, à s'arranger avec sa conscience, en se prévalant tantôt de l'exemple d'Aaron, qui, par crainte, avait forgé le veau d'or, tantôt de celui de saint Pierre qui, par le même motif, avait renié son Maître. Véritable précurseur des hérétiques futurs, il nommait le pape Léon IX, non plus pontifex, mais pompifex; l'Église romaine, non pas catholique, mais satanique. Ses menées étaient même parvenues à produire une certaine agitation en France, quand Grégoire YII, monté sur le trône pontifical, le cita de nouveau à Rome. Là, dans le synode tenu en 1078, il fut encore une fois obligé d'affirmer par serment que le pain, après la consécration, est le corps du Christ, né de Marie, et de souscrire plus tard, en 1079, que le pain et le vin sont changés, quanta leur substance, au corps et au sang du Christ. Ce qui coûta le plus à l'orgueilleux dialecticien fut de reconnaître qu'il avait été dans l'erreur. Courbé enfin sous le poids de l'âge et de l'affliction, il se retira dans l'île de Saint-Côme, près de Tours, où, menant une vie sohtaire et silencieuse, et victorieux enfin de son orgueil, il parvint à la conviction de la vérité, et mourut dans le sein de l'Église catholique, avec les sentiments delà plus ardente pénitence [1088].
Outre l'intérêt dogmatique qui s'attache à cette controverse, elle a encore une portée plus générale : car elle prouve que les altérations dont les pures spéculations de l'esprit humain menaçaient perpétuellement le dogme, avaient fortifié et généralisé la conviction que, dans les discussions spéculatives, lafoi marche avant la science (1).
nem Domini nostri Jesu-Christi esse, et sensualiter nonsolum sacramento sedeliam in veritate mambus sacerdotum tractari, frangi, et fidelium deniibus alteri, jurans per sanctam et homousion Trinitatem et per hœc sacrosancta Christi evangelia. »
(1) Lanfranc. de Euchar., c. 7, se plaint de Bérenger : « Relictis sacris auctoritatibus ad dialecticam confugium facis. Et quidem de mysterio fidei auditurus ac responsurus, quse ad rem debeant pertinere, mallem audire ac respondere sacras auctoritates quam dialecticas rationes.