SECTES DES EGLISES ORIENT. ET OCCIDENT
images, détruisit les crucifix, et finit par se tuer luimême.
On connaît mieux une secte qui se montra dans les environs d'Orléans [1022] (1), et qui prétendait n'admettre d'autre doctrine que celle que le Saint-Esprit lui-même inscrit au cœur de l'homme. On exécuta, d'après les ordres du roi Robert, comme chefs de ce parti hérétique, le jeune Heribert, Lisoi et Etienne, ecclésiastiques d'Orléans. La plus singulière de ces sectes que découvrit Gérard, évêque de Cambrai, fut celle qui s'était répandue autour d'Arras [1025], et dont un Italien, nommé Gondolf, avait été le fauteur (2). Elle enseignait que la vraie doctrine consiste à renoncer au monde, à dompter ses passions, à se nourrir du travail des mains, à embrasser tous les hommes dans un même amour fraternel, que les sacrements du Baptême, de la Pénitence et de l'Eucharistie sont sans valeur, ce que prouvaient clairement les crimes des clercs, et que l'homme n'acquiert de mérite que par sa justice propre. Des sectaires du même genre se montrèrent plus tard dans Monteforte, près de Turin, ou se cachèrent dans les environs de Milan, sous le nom de Patarins (3). Un de ces sectaires, nommé Girard, dévoila leur doctrine à l'archevêque Heribert de Milan [1027-46. Le fus de Dieu, disaientils, c'est l'âme éclairée par le Seigneur; le Saint-Esprit, c'est l'intelligence pieuse des saintes Écritures ; la naissance de Jésus-Christ dans le sein de la Vierge, sa conception par le Saint-Esprit n'est autre chose que la naissance de la vie divine dans l'âme, illuminée par l'intelligence des saintes Écritures. Nous avons, ajoutaient-ils, parlant toujours dans le sens mystique, nous avons un prêtre, qui tous les jours visite ses frères répandus dans le monde entier, et, lorsque Dieu nous l'envoie, nous en obtenons la rémission des péchés accordée à notre pieté. Hors ce prê-
(1) Kelations des contemporains, Ademari Chron. (Bouc4uet. t. X, p. 154 sq.). Glaber Radulph. lib. III, c. 8 (ibid. p. 35); Gesta synodalia Aurelian. an. 1017 (Mansi, t. XIX, p. 376; Harduin, t. VI, P. I, p. S21 sq., et d'Achery, Spicilegium, t. I, p. 604).
(2) Source : Acta Synod. Atrebatens. an. 1025 (d'Achery, Spicileg. t. I, p. 607 sq.; Mansi, t. XIX. p. 423 sq.).
(3) Sources: Landulph, Senior. Mediolan. histor. lib. II, c. 27 (Muxatori Scriptor. t. IV, p. 88). Glaber Radulph. IV, 2.
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ire véritable qui n'a pas de tonsure et qui n'est pas romain, nous n'en connaissons point, pas plus que nous ne connaissons d'autre sacrement que la foi et la prière. On pensa aussi avoir découvert à Goslar [vers 1030] (1) des Manichéens, qui considéraient comme impur l'usage de tout ce qui avait été animal. Henri III les fit exécuter (2), pour arrêter la propagation de leur doctrine. Ces exécutions, qui avaient excité une réprobation si générale et si juste dans l'affaire des Priscillianistes (3), devinrent, pour ainsi dire, un droit politique, d'un usage constant et universel, dans le moyen âge, et contre lequel s'élevèrent en vain les éloquentes plaintes de Vazon, évêque de Liège [t 1048],
§ 2! 2. — Coup (Tœu t'étrospectif.
Des siècles se sont écoulés depuis la fondation de l'Eglise parmi les peuples germains, et l'on ne voit pas encore la masse animée de cet esprit sérieux et véritablement chrétien, qui vivifia si promptement les nations grecque et romaine.
Cette différence de résultat tient, sans aucun doute, à la différence mêmes des caractères de ces peuples et au degré de civilisation où ils étaient parvenus, au moment où ils embrassèrent les uns et les autres l'Évangile. A ces causes s'ajoutèrent encore les étranges perturbations des Etats, produites par les invasions etles migrations des peuples, la disssolution déplorable de l'empire frank, les irruptions des Sarrasins, les dévastations des Normands et des Hongroos, et de nombreuses dissensions civiles. Si l'on pèse tous ces motifs de retard, la situation de la chrétienté à cette époque a encore de quoi étonner et réjouir.
(1) Hermanni Contr. Chron. ad an. 1052 (Pistorius Struve, t. I, p. 293).
(2) On admet généralement cette corrélation avec les anciens Paaliciens, et par là avec les Manichéens, d'après Muralori, Antiq. t. V, p. 83 sq. Gibbon, Hist. de la décad. de l'emp. romain, c. 5i.
(3) Gesta episcoporum Leodiens. c. 59 (Marlene et Durand. Anipliss. CoUectio, t. IV, p. 898 sq). .Cf. sur Vazon, Hist. littér. de ia. France, t. VU, p. 588 sq.
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L'Eglise met un frein à la barbarie des mœurs; le peuple s'associe à ses efforts pour combattre les désordres du temps. Partout se déclare le désir d'un libérateur, que la partie corrompue du clergé et les princes seuls redoutent. Aussi on salue avec joie, on applaudit avec espérance la puissance croissante de la papauté. Seul, le pape semble aux yeux de tous avoir désormais la force et le courage nécessaires pour attaquer dans leurs racines les maux qui minent l'Etat et l'Eglise. Gà et là se manifestent des tendances scientifiques ; on sent le besoin d'approfondir les dogmes. On voit paraître de graves et saints personnages qui présagent un meilleur avenir. L'intelligence se développe au milieu des controverses ardues de l'adoptianisme, de la prédestination et de l'Eucharistie. L'esprit de l'Eglise a pénétré le droit des gens (1) ; les rapports de de l'Etat et de l'Eglise commencent à se régulariser; la société s'organise.
(1) Buss, Influence du Christianisme sur la justice et l'Etat, l'indique très-bien dans la Lex Yisigothorum, les lois d'Alfred le Grand et de Canut (Revue théol. de Fribourg, t. IV, p. 321-48). Capitularia regum franc, en sont une preuve bien connue.