‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 179 sur 280 · AUTRES ORDRES · texte numérisé non relu

AUTRES ORDRES

» rais point séparé, je l'avoue, tant mon âme se trouvait

» bien en leur compagnie. Mais si mon corps en est éloigne

» désormais, mon esprit demeurera toujoursavec eux. »

Voilà pour la vie du cloître ; quant au religieux luimême, il apparaît dans le portrait suivant, qui a été copié d'après nature : « Le frère Robert de Saint-Marien

» d'Auxerre était fort versé dans les sciences, remarqua-

» blc par son éloquence, et aucun de ses contemporains

» ne le surpassait dans la connaissance de l'histoire. Il

» avait rÉcriture sainte si présente à la mémoire qu'il

» pouvait résoudre sur-le-champ toutes les questions par

» une citation textuelle. Son érudition, à cet égard, tenait

» du merveilleux. Il y avait dans sa personne je ne sais

» quelle grâce, quelle affectueuse bonté qui était comme

}) le reflet de la pureté de son âme. Sa loyauté le ren-

» dait étranger à la méfiance, qu'il repoussait toujours par

» ces mots de Sénèque : La confiance seule peut faire de

» r homme un véritable ami ; combien, par la crainte d'être

» trompés, enseignent la ruse aux autres, et donnent, en quelque

» sorte, au mal le droit de naître, en le soupçonnant avant

» ^i<'27ea:2s/e. Robert, ardent pour la justice, haïssait pro-

)) fondement l'iniquité, suivant en cela les paroles du

» Sage : Vous ne pouvez trop détester ce qui est méprisa-

» ble. Par contre, dévoué au pécheur, quels qu'en fussent

» les crimes, il déployait une admirable charité pour le

» relever ; car il savait que la miséricorde est la compagne

» d'une vertu véritable, tandis que la dureté caractérise

» la fausse vertu. Il témoignait au pénitent la plus pure

)) compassion ; jamais le malheur d'autrui ne le trouvait

» insensible. Ses efforts tendaient à entretenir l'union des

» esprits par la paix intérieure ; il ne faisait la guerre qu'à

» ceux qui cherchaient à semer la discorde, convaincu, se-

» Ion la parole du Sage, qu'ils sont odieux au Seigneur. Il

)) était en outre, sincère et ferme dans ses discours, zélé

» pour le service de Dieu, modéré, économe, conseiller pru-

» dent, sage confesseur. Parmi tant de brillantes vertus,

» celles que nous devons le plus apprécier et imiter étaient

» son humilité et sa chasteté ; car il vécut comme s'il

» n'avait pas eu de corps, et mourut emportant sa virgi-

» nité dans la tombe. »

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Mais si, parmi les institutions humaines, il n'en est pas qui, dans le cours des siècles, aient jamais correspondu parfaitement à l'idéal de la pureté, ni qui se soient, sauf de rares exceptions, complètement et constamment réalisées, pourquoi s'étonner si, parmi tant de milliers de monastères, il s'en est rencontre beaucoup qui contrastèrent péniblement avec le tableau que nous venons de tracer, qui tombèrent dans l'ignorance et la grossièreté au milieu du tumulte de la guerre, qui s'endormirent amollis au sein des richesses, et dont les religieux, au lieu d'offrir l'image de l'humilité, de la concorde, s'élevèrent les uns contre les autres, pleins d'orgueil et d'ambition, au lieu de pratiquer la chasteté à laquelle ils s'étaient voués, se dégradèrent par les vices les plus honteux, et permirent ainsi à des historiens hostiles de prendre pour les traits caractéristiques de la vie claustrale ce qui n'en était qu'une déplorable aberration ?

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