‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 178 sur 280 · AUTRES ORDRES · texte numérisé non relu

AUTRES ORDRES

pour reconnaître sérieusement sa vocation, avait attentivement examiné les habitudes d'un monastère et de ses habitants (1). « J'habitai Marm outi ers (M^a/or Monasterium) n pendant huit mois, écrit Guibert de Gemblours à Phi- » hppe, archevêque de Cologne. J'y fus traité non comme » un hôte, mais comme un frère. Dans ce paisible lieu on » ne voit ni haines, ni disputes, ni aigreurs ; un silence » maintenu avec sagesse leur en ferme la porte. Le sim- » pie coup d'œil d'un supérieur suffit pour rappeler au » devoir. Chaque fonction est confiée à un homme d'une » vertu éprouvée. Nulle part on* ne rencontrera plus de » piété aux offices, plus de respect dans la célébration des » saints mystères, plus d'affabilité et de dévouement au » service des hôtes. En toute chose vous trouvez la bonne » foi, la sérénité, la complaisance : rien au delà, rien en » deçà de la mesure. Le tort porte le faible, l'inférieur » respecte le supérieur, et celui-ci est occupé de ses su- » bordonnés. Ici, le chef et les membres forment vraiment » un seul et même corps. Quand il s'agit d'élire un abbé, » on s'y prépare par d'ardentes prières. Une fois que le » choix est proclamé, l'élu jure de maintenir inviolable- » ment la règle de la maison, de ne jamais rien prendre )> hors du réfectoire et des heures fixées pour le repas. n Cette disposition contribue au bien-être temporel de l'én tablissement. Chaque jour l'abbé fait manger à ses côtés j) trois pauvres, comme les représentants de Jésus-Christ. 5) Celui qui remplit aujourd'hui ces fonctions possède tou- )) tes les vertus nécessaires pour diriger une communauté » aussi nombreuse : en lui la prudence s'unit à la dou- » ceur. Parmi les frères, personne ne songe à sa naissance, » aux dignités, aux charges dont il jouissait autrefois dans » le monde : il n'y a plus là que des serviteurs du Christ. )> Grâce aux jeûnes et aux veilles, on parvient à dompter » complètement le corps de ses passions et de ses caprices. » La force du lion empêche l'un d'être ébranlé par la pros- » périté ou par le malheur ; l'autre s'élance comme l'aigle » vers le ciel ; tous allient la prudence du serpenta la dou- » ceur de la colombe. Dans les choses extérieures, tout

(1) Cf. Hîirter, t. III. p. 599-601.

ET CONFRERIES. 411

n porte l'empreinte d'une sagesse consommée. A l'église » comme dans l'atelier, tout se fait avec mesure, au temps « convenable, car ces hommes admirables se tiennent conti- » nuellement en présence de Dieu. On accorde à la nature » ce qui lui est indispensable ; le reste du temps est donné » au Seigneur. On dirait une armée, dont les armes re- 1) tentissent depuis l'aube du jour jusqu'à la sixième heure, j) On voit des files entières de moines se prosterner devant » les autels ; à peine une messe est-elle finie qu'une autre » commence. Il serait impossible de calculer ce qu'ils dis- )) tribuent en aumônes dans le couvent, de compter les » âmes que leurs prières arrachent au purgatoire. Le n temps se partage entre la lecture et les exercices de » chant. On ne parle qu'à certains jours, peu de temps, » et seulement afin de suspendre une trop longue con- » trainte et d'empêcher les entretiens secrets. Jamais » personne ne mange hors du réfectoire ou de l'in- » firmerie. Quant aux hôtes qui n'appartiennent pas » à un ordre religieux, on les accueille dans un bâti- » ment séparé. Pendant les repas, l'attention des fi-ères se » dirige vers la lecture plus que vers les aliments placés 5) devant eux. La majeure partie de ce qu'on sert reste » pour les pauvres. Le dortoir est continuellementéclairé; » les lits, exposés à tous les regards, sont durs et grossiers. » La lampe qui brille pendant la nuit indique que les ha- » bitants de ces lieux veulent être des enfants de lumière n et non de ténèbres. Aussi le Seigneur a-t-il répandu sur » eux des flots de bénédictions ; car, outre une magnifique » église et des richesses de tout genre, le monastère a en- » core deux cents cellules extérieures sous sa dépendance. » Les manuscrits nombreux et précieux qui couvrent » toutes les tablettes sont une preuve visible des vertus » qu'on cultive et qui fleurissent dans le couvent, grâce » aux avis, aux exhortations et aux sages leçons que d'ha- » biles interprètes de la parole divine donnent chaque » jour, et surtout aux grandes fêtes, à leurs frères réu- » nis en chapitre, pour s'édifier mutuellement. Je les » entendais continuelllement s'encourager, se consoler, » se rappeler les uns aux autres les voies du ciel. Si je « n'avais été forcé de retourner chez moi, je ne m'en se-

Page 1