TRANSLATION DU SAINT-SIEGE A AVIGNON
ractère, naturellement modéré, le porta à lever promptement les censures encourues par les cardinaux Colonna el par Philippe de France ; mais Nogaret et Sciarra Colonna furent de nouveau frappés par l'excommunication. Benoît mourut à Pérouse avant d'avoir pu faire davantage pour l'Église [7 juillet 130'i]. Philippe le Téméraire, comme l'appelle Jean de Müller, profita de la paix pour assujettir complètement le Saint-Siège à la France. La division qui éclata dans le conclave de Pérouse vint en aide à ses projets. Parmi les cardinaux, les uns voulaient un pontife favorable à la mémoire de Boniface; les autres, un pape dévoué aux intérêts du monarque français. L'élection se prolongea pendant onze mois : l'astucieux Philippe réussit à la diriger sur un homme de son choix, Bertrand de Got (d'Agoust), archevêque de Bordeaux (1). Le nouveau pape prit le nom de Clément V. Les instantes soUi citations des cardinaux ne purent lui faire quitter la France. Il indiqua même Lyon pour lieu de son couronnement, premier pas vers la captivité de soixante-dix ans. Après plusieurs actes de vengeance personnelle, de népotisme, et de servilité « l'égard de la cour de France tels que la révocation de la bulle Clericis laicos et l'adoucissement de la bulle Unam sanctam (voyez § 226), la réintégration des Colonna dans leurs charges, et la concession faite au roi pendant cinq ans de la dîme des églises de France, Clément abandonna pour toujours l'antique capitale de l'Occident, le siège de Pierre et le tombeau des Apôtres, pour aller s'ensevelir à Avignon, dans un coin obscur de la Gaule [1309]. Il ne sut pas reconnaître que la Providence même avait accordé au vicaire de Jésus-Christ, dans l'antique Rome, un domaine temporel suffisant pour assurer son indépendance, et trop petit pour inspirer des craintes aux autres puissances (2). Une maladie grave le ramena, pour quelque temps à
(1) Voir les recherches minutieuses faites par Christophe, Hist. de la papauté au XIV' siècle, qui réfute, d'après le récit fidèle de Feretti de Vicenze, l'histoire de l'élection de Clément V, telle que la raconte (et qu'on l'a presque constamment suivie) Villani, qui prétend que Bertrand de Got fut élu par la Simonie de six cardinaux.
(2) Voyez Chateaubriand, Génie du christianisme, P. IV, liv. VI, chap. 6 : Papes et cour de Rome (éd. Paris, 1802, t, IV, p. 280). C'est à ce point de vue que se rapporte le célèbre passage de Bossuet :