‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 211 sur 280 · BENOIT XI ; CLEMENT V · texte numérisé non relu

BENOIT XI ; CLEMENT V

de meilleurs sentiments : on le vit alors, d'un côté, révoquer les scandaleuses donations d'évêchés et de monastères faites sous le nom de commendes ; de l'autre, résister avec vigueur aux demandes de Philippe, qui voulait faire rayer Boniface du nombre des papes et déshonorer son cadavre. Mais Clément en revint bientôt à suivre en tout le reste l'impulsion du roi ; il alla même jusqu'à accueillir, en présence du consistoire réuni à Avignon, les accusations que le prince se proposait de porter encore contre Boniface devant le concile général de Yienne [1310]. La nomination de neuf cardinaux français prouva clairement que le pontife voulait s'assurer des successeurs semblables à lui-même. Tandis qu'il était si partial pour la France, il se montrait à l'égard des autres souverains et des prélats de l'Eglise impérieux et dur. Les Vénitiens ayant pris Ferrare et outragé les nonces du pape, il mit leur territoire sous l'interdit [1309], défendit tout commerce avec eux (1). En Allemagne, il sut, après la mort d'Albert, empêcher l'élévation de Charles de Valois, frère de Phihppe le Bel, et appuya, au contraire, la candidature du comte de Luxembourg, qui fut effectivement élu (Henri ^11). Lorsque les envoyés de Henri se présentèrent devant le pape à Avignon, pour promettre, au nom de leur maître, appui etfidéUté àl'Eghse, Clément délégua, cinq cardinaux pour couronner l'empereur à Rome. Henri entreprit de relever son pouvoir dans l'Italie déchirée, depuis l'éloignement du pape, par les dissensions des Guelfes et des Gibelins (2). Dante, que l'éloignement d'Albert avait déjà fortement irrité, accueiUit, avec l'ardeur naturelle à son tempérament, le nouveau monarque comme le maître absolu du monde romain, l'unique sauveur de la liberté opprimée par une foule de petits tyrans. Les Gibelins se joignirent à l'empereur, les Guelfes à Robert d'Anjou, que

« Dieu voulait que l'Eglise romaine, etc. » Cf. Artaud, Hist. de Pie VII; Pacca, Mém. hist. sur Pie VII, t. I, p. 16. J. de .Müller, Hist. de la Suisse, t. III, cl:« Le pape devait de toute nécessité avoir une capitale où il n'eût à craindre personne. »

(1) Cf. Rnynald., Ann. ad ann, 1309, n'' 6 et 7.

(2) Nicolai, episc. Botrontin., Relatio de Henrici VII itinere (Muratori, t. XIII) ; Berthold, Marche de Henri de Lutzelbourg vers Rome. Kœnigsb., 1330, 2 vol.

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