‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 23 sur 280 · DANS LES ILES BRITANNIQUES · texte numérisé non relu

DANS LES ILES BRITANNIQUES

Les plus anciens habitants de la Bretagne étaient en grande partie déjà convertis dans le IV'^ siècle. Mais lorsqu'un traité d'alliance eut appelé en Bretagne les Anglo- Saxons [449], ceux-ci, agissant en conquérants bien plus qu'en alliés, chassèrent les Bretons chrétiens dans la partie occidentale de l'île et détruisirent les églises chrétiennes. Malheureusement le clergé dégénéré d'alors ne sut inspirer aux chrétiens persécutés nul sentiment de résignation ni d'élévation (i). Les chrétiens, démoralisés par l'oppression et remplis de haine contre leurs persécuteurs, ne se sentirent pas le moindre désir de communiquer aux Anglo- Saxons les lumières de l'Évangile. Ce fut alors que Grégoire le Grand se sentit ému de compassion pour les vainqueurs, et parvint à les soumettre au joug de la croix (2). Lorsque le roi de Kent, Éthelberfc, épousa la princesse Berthe, de race franke , que l'évêque Luidhard accompagnait en Angleterre, le pape Grégoire y envoya en même temps Augustin, abbé d'un monastère de Bénédictins et quarante moines du même ordre, qui devaient annoncer aux Anglo- Saxons la doctrine de la rédemption et de la sanctification par et en Jésus-Christ [397]. Éthelbert consentit à recevoir le baptême; son exemple fut suivi par beaucoup de ses sujets qu'attira la sagesse d'Augustin. Celui-ci, conformément aux excellentes instructions de Grégoire le Grand, n'opposait qu'une indulgente modération aux préjugés païens des vainqueurs de la Bretagne (3). Dorovernum,

toriques, t. II, p. 87-183. M. de Courson, Histoire des peuples bretons, 3« édit., t. I, p. 200 sq.

(1) Voyez une description t^'ès-crue de la triste situation du clergé et du peuple breton dans Epist. Gildœ Sapientis (comm. du VI« siècle), dans Gale, Scriptores hist. Britann. Oxon., 1691, in-fol. 1. 1, et Max. Biblioth. t. VIII, p. 715 sq. Galland. t. XII, p. 189.

(2) Grégoire fut touché de compassion à la vue des jeunes Anglo- Saxons exposés en vente au marché des esclaves, et remarquables par leur beauté, leur teint et la couleur de leurs cheveux. Bède le Vénérable raconte ainsi la rencontre, loco cit. II, 1. Grégoire demande : « De quel pays? — Angli. — Grégoire reprend : Bene, nam angelicam habent faciem, et taies angelorum decet esse cohœredes. De quelle province? — Réponse : Dciri. — ^Grégoire : Bene, de ira eruti. Quel est le nom de votre roi? — Réponse: (Ella. Grégoire : Alléluia oportet cantari,»

(3) Cf. surtout les excellentes réponses données par Grégoire à

plus tard Cantcrbury, fut érigé en métropole; Augustin en devint le premier archevêque (1). La conversion du reste de rheptarchie anglo-saxonne fut plus difficile. Mellitus, envoyé par Grégoire le Grand, parvint à l'aide d'Éthelbert, à faire accepter le baptême à Saberct, chef du royaume d'Essex, et à fonder l'évêché de Londres [604]. Les fils des deux rois convertis restèrent païens. Laurent, successeur d'Augustin, fut momentanément, c'est-à-dire jusqu'à la conversion du roi Eadbald, banni de son siège; dans le royaume d'Essex, le Christianisme fut presque anéanti, jusqu'au moment où les Northumbriens, nouvellement convertis, l'y rapportèrent et l'y fixèrent [653]. Le Northumberland avait reçu la foi chrétienne après le mariage du roi Edwin avec Édelberga, fille d'Éthelbert, de Kent [625]. Cependant Edwin ne se fit baptiser avec ses fils, ses thanes et son peuple, que deux ans après, et lorsque les prêtres païens eux-mêmes eurent porté les mains sur les autels de leurs idoles. L'évêque Paulin qui accompagnait Édelberga, devint le premier évêque d'York. Le Christianisme se répandit du Northumberland dans les autres royaumes de rheptarchie , et fut admis dans l'Ostanglie par son roi Corpwald [627], et dans Wessex par son roi Cynégil, qu'encourageait Oswald de Northumberland. Chez les Merciens,

Augustin {Greg. Max. Epist. lib. XI, n. 28 sq. 0pp. éd. Bened. t. II, p. 1109 sq. et dans Beda Venerah. loco cit.), mais particulièrement la lettre à Mellitus, évêque de Londres : « Dicite ei (Augustiuo) quid diu mecum de causa Anglorum cogitans tractavi : videlicet quia fana idolorum destrui in eadem gente minime debeant, sed ipsa quse in eis sunt idola destruantur. Aqua benedicta fiat, in eisdem fanis aspergatur, altaria construantur, reliquiaî ponantur ; quia si fana eadem bene constructa sunt, necesse est ut a cultu dsemonum in obsequium veri Dei debeant mutari. » (0pp. t. II, p. 1175. Cf. enfin la note b de l'éd. Bened.)

(1) Grégoire (ep. XI, n. 65, an. 601) avait designé comme métropole la ville de Londres, située non dans Kent, mais dans Essex, converti au Christianisme seulement depuis ;604. Il comptait probablement sur l'influence prépondérante du bretwalda (roi suprême), Éthelbert de Kent, dans l'heptarchie ; et il lui écrivait : « Vestra Gloria cognitionem unius Dei, Patris, Filii et Spiritus sancti, regibus et populis sibimet subjectis festinet infundere. » (Ep. XI, n. 66.) Grégoire pouvait déjà savoir, d'après Tacit. Ann. XIV, 33, que Londres était la ville la plus importante de l'Angleterre.

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païens plus sauvages que tous les autres, qui détruisaient

sans cesse toutes les semences divines germant dans les provinces voisines, ce fut Alchfléda, femme de Péada, fils de l'opiniâtre païen Penda, qui travailla au triomphe du Christianisme; mais elle souilla, dit-on, sa sainte mission en trahissant son mari.

Wulphère, le plus jeune des fils de Penda, dont l'existence était restée cachée à l'usurpateur Oswio, obtint du roi Edilwalch la permission de faire répandre la semence et recueillir quelques fruits de l'Évangile par des missionnaires envoyés aux habitants opiniâtres et rebelles du Sussex. Wilfrid, évêque d'York, chassé de la Northumbrie, devint l'apôtre de Sussex. Enfin le pape Vitalien ayant envoyé en Bretagne le savant moine grec Théodore, comme archevêque de Canterbury, et l'abbé Adrien [669], ils fondèrent des écoles de théologie, de mathématiques et de langues classiques, qui devinrent des gages de durée et de progrès pour l'Église anglo-saxonne (1). Wilfrid, deux fois chassé injustement de son siège d'York, s'adressa personnellement à Rome, et fut replacé chaque fois par l'intervention des papes Agathon et Jean VII (2).

Par suite de cette prédication successive des missionnaires romains, irlandais, franks et anglo-saxons, l'Église irlando-romaine se fondit peu à peu avec l'antique ÉgUse bretonne. Celle-ci cependant souleva de fortes oppositions contre l'adoption du rit du baptême romain, du nouveau cycle alexandrin, de la Pâque, en place de son vieux cycle de quatre-vingt-quatre ans, ainsi que contre la forme de la tonsure (3). Cependant il n'en résulta pas de schisme ma-

(1) Voy. surtout Henri Wharton, Anglia sacra. Lond., 1791, 2 t. in-fol. « Opus alieno fere labore compositum, » est-il dit dans la dédicace.

(2; Cf. Dict. eccl. deFrib., Wilfrid.

[3) On distinguait alors trois espèces de tonsures : la tonsure de Pierre ou la romaine, consistant en un cercle rasé sur le haut de la tête; la tonsure de Paul, la tête entièrement rasée sans couronne de cheveux; la tonsure de Simon le Magicien, en usage chez les Irlandais et ces vieux Bretons, qui ne rasaient que la partie antérieure de la tête en forme de demi-lune, qui tirait peut-être son nom (d'après les Recognitlones Clementis Romani, lib. II, c. 12) de Luna, la compagne de Simon. Homil. Clem. II, 25. 'EXe'vïi.

nifeste. G est dans le nord de l'Irlande et dans le cloître de l'île de Hy que le désaccord persévéra plus longtemps. Pour y mettre fin, on tint une conférence à Streaneshall (Witby) en présence des rois northumbriens, Oswio et Alfred. Oswio, reconnaissant l'autorité de l'évêque de Rome, se déclara pour le cycle pascal romain. Ce ne fut néanmoins que parles efforts de l'abbé Adamnan et du prêtre anglais Egbert que le cycle romain fut introduit et admis dans le Nord de l'Irlande [703] et le couvent de Hy, et que la paix fut rendue à l'Église désormais unie.

§ 157. — Christianisme en Allemagne et dam les contrées limitrophes.

Hansizii S. J. Germania sacra, t. I (Metropol. Laureac. c. episcop. Patav.); t. II (archiep. Salisb.); t. III, prodromus (archiep. Ratisb.) Aug. Vind. 1729, et Viennee, 1755. Sig. Galles, S. J. Annales Ecclesise Gerrn. (t. I, II, Vieanse, 1756 sq., 6 t. in-fol.). Retlberg, Hist. ecclés. de l'Allem. Gœtt., 1846-48; 2 vol. jusqu'en 814. Quant aux évêchés en particulier, voyez : Winter, Hist. des antiques é;;lises de la vieille Bavière, de l'Autriche et du Tyrol. Landsh., IA3, l" P. Alb. Muchar, Le Norique rom. (P. II de l'Antiq. hist. e'clés. d'Autriche.) Grœtz, 1826. Ozanam. Hefele, Hist. de l'introd. Cjl christ, dans l'AJem. mérid. Tub., 1837. Klein, Hist. du christ. €0 Autriche et en Styrie. Vienne, 1840.

Dès le II® et le IIP siècle, le Christianisme avait été introduit et adopté dans les régions danubiennes, dans l'Helvétio, le Norique, la Rhétie, le long du Rhin, et de florissantes Églises s'y étaient élevées. Mais les villes et les églises croulèrent sous le vent orageux des invasions. L'histoire, jusqu'au VIP siècle, ne donne que des renseignements rares et incertains sur celles qui restèrent debout. Ce fut donc par un décret bien évident de la providence de Jésus-Christ sur son Église que, durant tous ces bouleversements étranges du continent, le Christianisme fut implanté et cultivé dans les paisibles contrées de l'Irlande et de l'Angleterre, afin qu'elles pusseut, à leur tour, envoyer des missionnaires chrétiens et des ouvriers évangéliques.

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