L'ART
un interprète qui l'accompagnait dans ses courses. Jérôme Savonarola, de son côté (1), ébranlait les cœurs par une éloquence populaire, pleine d'images et d'expressions tirées de l'Apocalypse. Ailleurs, Gailer de Kaisersberg [f 1510] rappelait les âmes à la vie intérieure, attaquait avec vigueur et les folies du monde et les abus de l'Église, surtout dans ses discours satiriques contre le fameux vaisseau des fous, de Brand (2). Un moine napolitain nommé Gabriel Barletta, qui vivait vers 1470, poussa cegenre de prédicationjusqu'à l'excès (3). Enfin, malgré beaucoup de défauts dans la forme, les sermons allemands du Franciscain Pelbart [1500] eurent aussi la vertu de toucher les cœurs (4).
§ 293. — L'art chrétien (5;.
Vasari (architecte à Florence, 4- 1495), le Vite de pittori, architetti et scultori ital. (Firenze, 1550, 3 P. in-4); Milano, 1809,7 vol. Seroux d'Agincourt, Hist. de l'art par les monuments. Paris et Strasb., 1823, 6 vol. in-fol. De Bastard, Peinture et ornements des manuscrits, classés dans l'ordre chronologique, pour servir à l'histoire des arts du dessin depuis le IV« siècle de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XVI'. Paris, 18i0 sq. Cf. VArtiste, n" 20, le Moyen âge moniuTiental et archéologique, ou Vues des édifices les plus remarquables de cette époque en Europe, avec un texte explicatif, exposant l'histoire de l'art d'après les monuments. Paris, 1841. Hase, Tableaux synoptiques pour servir à l'histoire de l'art moderne jusqu'à Raphaël. Dresde 1827. Boisserée, hist. et description
toria fundamental, de sancto J. Capistrano. etc., auctore P, F» Amand. Herman., ord. Minorum strictai observ. Col., 1700.
(1) La liste de ses sermons se trouve dans Meier, 1. cit., p. 393 sq.; ses ouvrages les plus remarquables sont : In Oratione Domini expositio quadruplex. Paris., 1517; Compendio di rivelazioni. Firenze, 1495, in-4; et Flor, et Paris, 1496, in-4; de Simplicitate vitae christ. Flor., 1496, in-4 ; Triumphus crucis, sive de veritate fidei. Flor., 1497, in-4.
(2) Miroir du monde, ou Sermons sur le vaisseau des fous de Sébast. Brand. Bàle, 1574. Cf. Ammon, Vie, sermons et écrits de "■aller. Erlang., 1826.
(3) Serm. quadragesimi. Bresc. Ven., 1577, 2 vol.
(4) Cf. Ammon, Hist. de l'homilétique, t. I, p. 353 sq., et le magnifique sermon pour le vendredi saint^qui se trouve dans l'extrait de Daniel, 1. cit., p. 81-87.
(5) Qui ne se rappellerait ici la belle poésie de Guill. de Schlegel sur l'alliance de l'art avec la religion, ainsi que le beau tableau d'Overbek représentant le même sujet? Pour les rapports de l'art
de la cathédrale de Cologne. Stuttgard. 1828. Idem, Monuments d'architecture du Bas-Rhin depuis le VIP jusqu'au XIIP siècle. Munich, 1S42. De TArt chrétien, par A. -F. Rio. Paris, Fréd. Beck, Moyen d'arriver à une connaissance plus profonde de l'art chrétien. Munich, 183-4. J.-B. Rousseau, la Poésie et l'art dans le catholicisme. Francf.-sur-le-M., 1836. 6 vol. Cf. Raumei\ les Hohenstaufen, t. VI, p. 52-1-46. Hurler, t. IV, p. 652-98.
La scûlastique, par ses nobles spéculations, la mystique, par sa tendance pratique qui se réalisa dans l'art, contribuèrent, Tune et l'autre, à rapprocher, en quelque sorte, ie Christianisme de l'homme et à le lui faire mieux comprendre. En effet, la vérité nue, dépouillée par la pensée, abstraite de sanaturede toute beauté sensible, effraye et repoussel'homme qui vit plus parles sens que par l'esprit. Mais il revient à elle, il y attache spontanément son cœur et ses sens, lorsque, tout en gardant sa noble simplicité, elle se présente sous les formes variées et séduisantes de l'art. Maîtresse de son cœur, elle est maîtresse de sa vie : car c'est du cœur que partent, en définitive, c'est au cœur que se concentrent toutes les forces sensibles et spirituelles de l'homme, c'est dans ce fonds mystérieux qu'elles puisent leur sève et leurs qualités. Les symboles à la fois gracieux et magnifiques sous lesquels l'art chrétien dévoilait aux yeux les vérités dogmatiques, les formes vivantes qu'il empruntait à la nature et à l'histoire pour rendre en quelque sorte palpables les idées religieuses, frappaient les esprits et exerçaient une espèce d'empire magique sur les cœurs les plus rebelles.
L'Église catholique, ainsi doublement servie par la science et par l'art, sut répondre, avec une intarissable fécondité, à tous les besoins de l'homme, aux exigences les plus variées de son intelligence, de son imagination, de son cœur et de ses sens. Cette merveilleuse puissance se manifesta surtout à l'époque où l'architecture néogermanique, nommée Gothique depuis Yasari, succéda, dans la construction des églises, au style byzantin et roman, en usage jusqu'alors. L'art gothique se répandit en Allemagne
avec le culte, cf. Staudenmeier, l'Esprit du christianisme manifesté dans les temps saints, les pratiques saintes et l'art saint. Mayence, 1843, P. I, p. 225-50; 3' édit.
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en France, en Angleterre, en Espagne et en Sicile : il ne fut point accueilli en Italie, habituée au spectacle des constructions romaines. L'architecture gothique et celle de Rome semblent s'être fondues dans la cathédrale de Milan, qui présente l'alliance des deux styles.
L'ogive, qui caractérise l'art gothique, est comme le symbole de la pensée chrétienne, aspirant vers le ciel (jj), se souvenant de l'autre vie, portant son espoir au delà de. la tombe, vers la Jérusalem éternelle (2). Les hautes tours, élevées jadis pour porter les cloches, comme des colonnes isolées de l'ensemble, se rattachèrent désormais à fout l'édifice et en devinrent, sous une heureuse inspiration, comme le point culminant, comme la clef de voûte. Dans son ordonnance générale, la basilique, temple du Dieu vivant, devant reposer sur le fondement des apôtres et des prophètes et être appuyée sur le Christ, la pierre angulaire (3), présentait la forme de la croix, symbole et résumé de toute la religion, et offrait une division quadrangulaire entre le chœur et la nef, en mémoire des quatre évangélistes, tandis que la voûte s'appuyait d'ordinaire sur douze colonnes qui rappelaient les douze apôtres. Les parois des mars, ornées de sculptures à jour, s'arrondissaient en arcs, s'épanouissaient en boutons de fleurs, en branches de tous les genres, en plantes de toutes les formes (4). On préférait les symboles empruntés au règne végétal, parce que les plantes semblent vouloir échapper au sol pour s'élancer vers le ciel, tandis que les quadrupèdes marchent le front courbé vers la terre ; et dans ce choix les peuples germains obéissaient, sans le savoir, au profond sentiment de la nature qui les distingue et aux souvenirs de ces forêts sacrées que vénéraient leurs aïeux (voyez § 146). Cependant les animaux ne manquent point
(1) Coloss. III, 1 et 2.
(2) Wiegemann, de l'Origine de l'ogive. Diïsseld., 1842 ; Pugin, the True principles of pointedor Christian arcliitecture. Lond., 1841. Cf. la Feuille hebdomadaire de littérature cathol., 1841. n" 32.
(3) Ephés, II, 20;Apoc. XXI, 14.
(4) Metzger, Oiniements d'origine germaine pour servir à l'art plaslique et à la peinture. Munich, 1811. Cf. aussi quelques essais du professeur Kreuser dans la Gazette de Cologne, 1842, 44.
tout à fait dans l'ensemiîle du système ; à côté de la vigne apparaît le lion, admirable symbole de la foi ; près de la rose nous trouvons le pélican et la tourterelle pour représenter la charité et la miséricorde ; le lierre et le chien pour rappeler la fidéUté. Ailleurs des dragons terribles, des reptiles bizarres deviennent les images du démon vaincu. Le sol même du temple s'anime par la figure des dauphins et des monstres qui peuplent l'Océan. Puis, hors de son sein s'élèvent des chœurs, des chapelles, images de la terre ferme, et que recouvre une double rangée de piliers comme autant d'îles, tandis qu'au-dessus de leurs cimes le ciel déploie son immense voûte étoilée. Les trois grandes divisions de la nature, le ciel, la terre et l'Océan, l'histoire dans son sens le plus spirituel, se trouvent ici rassemblés, et sur ce monde rajeuni plane l'esprit vivant du Christ, se révélant tour à tour par les sacrements, la prière et les hymnes religieuses. On retrouve le même sentiment profond, la même intelligence dans la disposition des statues nombreuses qui peuplent l'intérieur et l'extérieur des basiliques. Au-dessus du portail se tiennent les princes de l'Église, les fondateurs et les bienfaiteurs du diocèse, ou bien encore les souverains qui regardèrent comme leur premier devoir de soutenir le Christianisme, et qui voient passer les générations pénéti'ant les unes après les autres dans le temple du salut et de la paix, Sous le portique même, les martyrs, les ôvêques, les vierges qui font la gloire de l'Église universelle, ou l'orgueil des Églises particulières, rappellent les fruits de grâce dont la matu-v ration s'opère par un long séjour dans cette sainte demeure. Au haut de la voûte, on aperçoit ceux dont la voix a retenti dans le monde pour rassembler de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi, les peuples rachetés par le sang du Sauveur et destinés à recevoir le dépôt mystérieux de sa volonté, de ses promesses et de ses préceptes. Enfin des vitraux aux mille couleurs versaient une lumière mystérieuse sous ces voûtes sublimes et solennelles (I); car ce n'était pas le soleil qui éclaire les travaux de l'homme terrestre qui devait luire dans le sanctuaire
(1) Hurter, t. IV, p. 673 sq.; Gessert, Histoire de la peinture suï verre. Stutts:., 1839.
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des plus insondables mj^stères ; il fallait à la fois les plus purs rayons de l'aurore, les plus douces splendeurs du couchant, produits par l'admirable jeu de l9^ lumière à travers les verrières gothiques. C'était dans cette lumière, pour ainsi dire surnaturelle, que l'art avait su représenter d'une manière vive et saisissante l'histoire du ciel et de la terre, et le Seigneur du temple, et les saints qui l'entourent, et la chute de l'homme et sa résurrection au jugement dernier. Quelque part que le fidèle recueiUi, l'homme du monde indifférent, portassent la vue, ils devaient rencontrer ainsi des peintures propres à les maintenir dans de saintes dispositions ou à les y ramener. Ces temples, parlant à l'œil par leurs statues, par leurs peintures, par tous leurs ornements, leurs formes et leurs symboles, étaient un véritable livre qui remplaçait ceux que l'imprimerie répandit plus tard, et où le savant et l'ignorant pouvaient sans peine apprendre à reconnaître leurs rapports avec Dieu et le monde à venir (1). « Les images, avait dit saint Gi'égoire le Grand, sont les livres de ceux qui ne savent pas hre ; on ne les adore pas, mais on y voit ce qui est adorable. »
Les monastères furent les premiers à bâtir ces grandes basihques et à former des architectes et des sculpteurs. Fulde et Saint-Gall furent renommés sous ce rapport. Ensuite il se forma aussi peu à peu des artistes séculiers qui se réunirent en corporations, en corps de métier (confréries de maçons et autres), dans le but de conserver et de propager les secrets de leur art, et de s'entr'aider dans les immenses travaux nécessaires à ces constructions gigantesques. Au XIP siècle, la plupart des églises n'étant encore qu'en bois, excepté en Italie, ce fut une admiration générale quand on vit s'élever en pierre les belles églises de Cluny en France, de l'évêque Bernward à Hildesheim ; et Ton rivahsa d'ardeur au XIIP siècle pour construire de toutes parts des temples nouveaux, des cathédrales merveilleuses, des dômes, des flèches, des monuments tels
(1) Greg. m. epist. lib. VII, ep. 109. Dans le beau poëme de Titurel, l'idée de l'architecture chrétienne est fort bien décrite. Cf. Boisserée. Essai sur la descript. de l'église de Saint-Gérard, dans le ni' chant de Titurel. Munich^ 1835.
qu'à peine aujourd'hui les plus puissants États on élèveraient avec toutes leurs ressources financières (1';, tandis qu'alors une ville seule, un couvent, les entreprenait hardiment et les achevait, grâce au généreux dévouement, au concours admirable qu'inspirait une foi profonde. Car la foi était le levier qui remuait ces énormes masses, comme le prouve la solennité religieuse qui accompagnait la pose de la première pierre et la dédicace du temple (2).
Cette noble et pieuse activité agita l'Europe d'un bout à l'autre. Au fond du Nord, l'archevêque Eystein bâtit en l'honneur de saint Olaf la cathédrale de Drontheim (3), le plus sohde, le plus riche, le plus complet monument de la presqu'île Scandinave, dont les statues et les sculptures rivalisent avec celles de Saint-Pierre de Rome. En Allemagne, les cathédrales qui passaient pour les chefsd'œuvre de l'art gothique étaient, après celles de Marbourg et de Trêves [depuis 1227], le dôme de Cologne [1248], église modèle (4), qui forma avec celles de Strasbourg et de Fribourg la majestueuse trilogie gothique du Rhin. Alors s'élevèrent aussi en France les cathédrales de Chartres (5), inaugurée en 1260, après cent cinquante ans de construction; de Reims [1232], métropole de la monarchie; d'Amiens [1228], de Beauvais [1250], la Sainte-Chapelle; Saint- Denis, les tours de Notre-Dame de Paris [1223]; en Belgique, l'église de Sainte-Gudule à Bruxelles [1226], celle des Dunes, que quatre cents moines construisirent en cinquante ans [1214-62]; en Angleterre, Salis-
(1) Prisac, Construction des églises au moyen âge (Gaz. de Cologne, 1842, n»' 24 et 26).
(2) Voyez des descriptions détaillées dans Harter, Innocent IV, p. 662 sq. et 677 sq. (allem.).
(3) Minutoli, la Cathédrale de Drontheim et l'architect, chrét. des Normands scandin. au moyen âge, Berlin, 1853.
(4) D'après les plans de maître Gerhard; la cathédrale de Strasbourg, d'après ceux d'Erwin de Steinbach. Cf. Fr Beck, Hist. d'un maçon allemand. Munich, 1834; Tliéod. Mêlas, Erwin de Sleinbach, Hamb., 1834;/. Gœrres, les Cathédrales de Cologne, de Munster et de Strasbourg. Ratisbonne, 1842.
(5) Cette cathédrale fut bâtie sur les plans de Robert de Coucy ; un autre brchitecte célèbre, Brunelleschi [4377-1444], entreprit de construire le dôme de la cathédrale de Florence de telle façon que l'édifice se soutint par son seul poids, ce qui lui valut la haute admiration de Michel-Ange.
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bury, la plus belle des cathédrales [1220]; la moitié do celle d'York [1227-60]; le chœur d'Ély [1235], la nef de Durham [1212], l'abbaye nationale de Westminster [1247]; en Espagne, les églises de Burgos et de Tolède, fondées par saint Ferdinand [1228].
Bientôt, nobles émules ou serviteurs fidèles, tous iles arts vinrent se grouper autour de l'architecture chrétienne, leur aînée et leur maîtresse. Ce fut d'abord la sculpture, qui, après de faibles essais, créa de nobles productions dès le XlIP siècle, et fit sortir de la meule grossière les belles statues d'anges et de saints qui peuplèrent les portails des églises métropolitaines, les figures des hauts et puissants seigneurs et de leurs chastes compagnes, dormant du sommeil des justes sur leurs sépulcres de pierre, les mains jointes, la tête appuyée sur les genoux des anges, ou encore entourés de leur nombreuse postérité.
Ce fut à Florence surtout que se développa l'art plastique appliqué aux églises et à leurs ornements. Nicolas de Pise et son illustre famille créèrent une sculpture pleine ^e pureté et de vie; le marbre respira sous leur ciseau. André de Pise sculpta les trois premiers portails de la cathédrale [1339-40]. Ghiberti de Florence coula les deux portes en bronze du baptistère de Saint-Jean de cette ville, dignes, d'après Michel-Ange, d'orner l'entrée du Paradis. :Luc délia Robbia, élève de Ghiberti, modela des bas-reliefs en terre cuite, qu'il colora et couvritd'un émail durable. On admire dans le dôme de Florence son bas-relief représentant les enfants de chœur en exercice, dont l'attitude est si naturelle et l'expression si vivante qu'il semble qu'on les entende chanter. Donatella de Florence passe pour le restaurateur de la statuaire en Italie ; la profondeur de la pensée manque à s s œuvres: il chercha à la rempla-cer par le mouvement passionné de ses figures. Le plus précieux trésor artistique de l'église de Nuremberg est la statue de saint Sobald, par Vischer [f l.'^SO].
La peinture, à son tour, s'unit à la sculpture et à l'architecture pour glorifier le Seigneur, et prenant un essor aussi rapide que hardi, enfanta les chefs-d'œuvre (1) dont
(1) Cf. Raumer, Hist. des Hohenstaufen, t. VI, p. 539-40; Hurter, Innocent III, t. IV, p. G74-79.
s'enorgueillit l'Italie et qui n'oiit point encore été égalés. Pise et Sienne, dont le mélancolique isolement attire le voyageur, furent le berceau, comme bientôt Florence devint la métropole de la peinture. Il s'y forma une association d'artistes, sous le patronage de saint Luc, dirigée par Guido de Sienne [1221] etGiunta de Pise [1210], elle devint la première école sérieuse et vraiment inspirée par le génie de Fart etla religion : elle atteignit déjà un rare degré de perfection dans Cimabué [1240-1300], dont Florence reçut en triomphe le tableau de l'Annonciation, persuadée qu'un ange était descendu du ciel pour peindre la tête de la Vierge. Les tableaux de cette école sont tous peints sur un fond d'or; ils ont un caractère pieux et grandiose ; quelques parties des figures sont d'une longueur démesurée. Giotto [1270-1336], qui se rapproche davantage de la nature, de ses formes gracieuses et de son mouvement, éleva plus haut encore la gloire de son école, et commença, à proprement dire, l'école de Florence, dont les grands maîtres sont surtout : Dominique Ghirlandajo [1431-93] ; le pieux Dominicain Angelo de Fiesole [1387-1435], qui peignait toujours au milieu des prières et des larmes (1) ; Masaccio [1417-43], remarquable par l'emploi du clair-obscur ; Léonard de Yinci, dont l'inimitable Gène présente le modèle accompli de l'art dans sa plus noble fin; fra Bartholomeo, qui marcha sur les traces de Léonard et donna à ses figures un caractère de mâle beauté ; Michel-Ange [1474-1564], au pinceau énergique et sévère, qui orna la chapelle Sixtine des austères figures des prophètes de l'Ancien Testament et du teiTible tableau du Jugement dernier. Dansl'Ombrie, l'esprit de saint François d'Assise, toujours vivant, avait fait de son église de la Portioncule un sanctuaire non-seulement de la foi, mais encore de l'art. Une multitude de Franciscains s'adonnèrent avec succès à la peinture, et tous les peintres célèbres du siècle suivant payèrent leur tribut au séraphique patriarche en ornant de leurs œuvres son église d'Assise. Ceux qui se distinguèrent surtout dans cette mystique école de l'Ombrie furent : le Pérugin [1447-
(1) Vie du peintre Fra Giovanni de Fiesole, de l'ordre des frères prêcheurs, d'après Georges Vasari, dans le Sion, 1840, n. 137 et 138.
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1524], François Francia [1450-1518], et par-dessus tout Raphaël d'Urbain [1483-15201 (1), qu'immortalisèrent tant de chefs-d'œuvre, et entre autres la Madone Sixtïne et les Loges du Vatican. Puis vinrent encore le Gorrége [1494- 1534], au coloris éclatant et magique ; le Titien [1477- 1576], élève de Bellini et du Giorgione, si parfait par l'harmonie des couleurs et la vérité de l'expression, si célèbre par son Assomption, sa Gène, un magnifique Ecce Homo et une foule d'autres œuvres capitales. En Allemagne il s'était également formé, sur les bords du Bas-Rhin, à côté de la confrérie des maçons, une école de peinture dont les maîtres renommés furent les frères Hubert et Jean Van Eyck [1336-1470], son disciple Jean Heramhn, Albert Durer (2) [1471-1528], et plus tard Holbein [1498-1554].
Enfin la musique, sœur de la sculpture, de la peinture et de la poésie, donnant à la pensée une forme harmonique, animant les voûtes silencieuses des basiliques de ses vivantes mélodies, vint associer sa puissance à la leur, et compléter l'œuvre rehgieuse et civilisatrice des arts. Il eût été surprenant, en effet, que le génie inspirateur de l'art chrétien n'eût pas su tirer parti d'un art tel que la musique, et trouver un langage digne des sentiments sublimes que l'Église exprime dans ses grandes et solennelles cérémonies.
De là le chant ambrosien et grégorien, qui prouve que l'Église comprend tous les arts et les appelle à son aide (3). Gharlemagne s'efforça de transporter au delà des Alpes ce chant ecclésiastique, dont l'usage de l'orgue hâta singulièrement les progrès. On y ajouta bientôt d'autres motifs de musique religieuse, et l'Église, bien loin de s'y opposer, donna toujours le plus noble et le plus puissant appui à la musique (4). Ge fut un pieux moine du XP siècle, Gui d'Arezzo, qui, pour remédier aux imperfections de la notation
(1) J.-D. Passavant, Raphaël d'Urbino et son père Giovanni Sanvanni Sanzio. Leipzig, 1839, en 2 part, et 14 grav.
(2) Wagen, Hub. et Jean Van Eyck. Breslau, 1822; J. Schopenhauer, Jean Van Eyck et ses successeurs.
(3) Cf. Raumer, 1. cit., lib. VI, p. 519-23; Hurter, ]. cit., t. IV, G51-52; Wiseman, Essai sur la liturgie de la chapelle papale pendant la semaine sainte.
(4) Cf. les remarquables décrétâtes de Jean XXII : Dicta sanctorum Patrum; Extravag., lib. III, tit. i.