CARACrÈRE
avons pensé devoir la traiter à part, pour en rendre l'exposition plus facile et plus claire. Dès l'abord c'est un théâtre nouveau, où l'action du Christianisme prend une forme toute spéciale. C'est l'Europe occidentale, non plus cette Europe ancienne depuis si longtemps connue, mais une Europe qui semble naître, qu'habitent des races étrangères, élevant, sur les débris de la domination romaine, un ordre social nouveau, et quoique conquérantes et victorieuses, soumettant leur esprit et leur cœur à l'Église et à la religion des contrées conquises. Dans ces contrées et dans ces temps où, selon la belle expression de Herder (1), la barque de l'Eglise portait le sort du monde, l'Église nous apparaît sous un aspect inconnu jusqu'alors, et avec une influence qu'elle n'avait pu exercer encore. Forte des lumières et de la civilisation du monde romain qu'elle s'était appropriées, forte de sa mission et puissante par l'unité de sa hiérarchie, elle devient à cette époque la tutrice des nouvelles races européennes; à ce titre, elle pénètre immédiatement dans toutes les relations pubUques et privées, étend sa juridiction même sur des affaires purement civiles, et se pose dans son chef, arrivant à l'apogée de sa puissance, comme arbitre et juge entre les princes, les sujets, les peuples et les États. De là sort le caractère du moyen âge, dont tous les peuples sont unis, sous une même autorité sacrée, par une même loi religieuse, source de leurs lumières, terme de leur destinée. C'est un même organisme, dont toutes les parties se tiennent par une vie, une impulsion, un but communs. Cei^tains auteurs n'ont voulu voir, dans cette situation nouvelle de l'Église, qu'un sujet d'amère critique et la source de tous les maux du moyen âge ; d'autres, plus modérés et plus justes sans doute, ont reconnu qu'elle avait été l'unique moyen de conserver, durant cette enfance de la société civile, toute espèce de culture spirituelle et morale, d'en préparer et d'en opérer le développement pour les âges postérieurs. Cette action bienfaisante, cette influence salutaire de l'Église dans le moyen âge, a été hautement reconnue et défendue par des hommes d'un talent
(1) Herder, Idées pour servir à l'histoire de riiumanité. Stuttgard, 1828, t. IV, p. 208 (Allem.}.