LES ICONOCLASTES
sq. Migne, Ser. lat. 98. Claudius Tuiwin. de Cultu imag^ioum (fragmenta), et Dungaii Lib. respons. (Max. Biblioth., t. XIV. Biblkith. Palrist. Colon., t. IX., P. II, p. 875 aq.). Actes dans Mansi. t. XIII- XIV, et Harduin, t. IV.
Le culte des images ayait (Hé, jusqu'à cette époque, compris d'une manière intelligente et clirétienne dans les provinces occidentales de l'empire romain. On s'en servait pour orner les églises, rehausser ki pompe du culte, réveiller la dévotion des fidèles. La vivacit45 de l'imagination orientale, si prompte à tomber dans des écarts ou des excès, était moins à craindre en Occident, surtout chea les Allemands, qui n'avaient jamais adoré leui"s divinités sous des formes sensibles et naturelles. Ce fut seulement beaucoup plus tard qu'on vit, chez les peuples germaniques, se manifester quelques traces du culte des idoles mêlées à d'autres élémens païens; on eut beaucoup de peine à les faire disparaître. On en était encore à combattre vigoureusement ces restes de paganisme dans l'empij-e frank, et on y sentait peu le besoin de représenter les saints par des images (1), par cela qu'on n'avait aucun goût des arts, quand y parvinrent les décrets des derniers conciles grecs. Ils n'y pouvaient trouver un aC/Cueil bien favorable; les Germains ne se prosternant point comme les Orientaux, devant leurs rois, et ne s'inclinant que devant Dieu, eurent peine à comprendre eu même comprirent mal l'expression ttoot- •nxfjfKni . Le pape Adrien envoya une copie latine, défectueuse, des actes du deuxième concile de Nicée, à Gharlemagne, qui les soumit à plusieurs théologiens, et dont les appréhensions furent confirmées par eux. Ils firent la censure des actes du concile dans les livres dits Carolins [790\ qui sont pleins de véritables minuties et de préventions. Une traduction erronée des actes du concile (1) lui attribuait cette hérésie blasphématoire : Je vénère les images comme j'adore la sainte Trinité, tandis que le décret du con-
(1) On y lisait : « Suscipio venerandas imagines, et qn<E secundum servitium adorationis, qu£e substantiali et vivificie Trinitati emitto, » tandis qu'il est dit dans la traduction fidèle d'Anastase : « Suscipio et amplector venerabiles imagines; adorationem aiitem, quaj fit secundum Xarpetav, tanturamodo supersubstantiali et viviiicae Trinitati conserve. »
DANS l'empire FRANK. 113
cile disait précisément le contraire. C'est en se fondant sur cette erreur que le nombreux concile de Francfort [794], réuni à l'occasion de l'adoptianisme, se prononça contxe le culte des images (1); un autre concile tenu à Paris [82o], excité par l'évêque Claude, de Turin, et les députations envoyées par l'empereur Michel à Louis le^ Pieux, rejeta même le concile de Nicée et accusa le pape Adrien de favoriser la prétendue superstition des Grecs. Cette accusation était d'autant plus surprenante que le rédacteur des livres Carolins, malgré la verve et l'ironie avec laquelle il attaque les Orientaux et la cour de Byzance (trop négligente à son gré !), est souvent obligé de reconnaître qu'il est défendu, non de se servir d'images, mais bien de les adorer [adorare); qu'il faut, non pas se détourner avec mépris des images qui servent à l'ornement des églises et à l'édification des fidèles, mais se garder de tout honneur superstitieux (2). Dès que le pape Adrien fut informé de ce qui se passait, il réfuta les livres Carolins, et se prononça derechef pour le culte des images, en s'appuyant sur de nouveaux motifs, tirés en partie des considérations de saint Grégoire le Grand, dont s'armait volontiers le parti adverse. Les opinions sophistiques de Claude de Turin et d'Agobard, évêque de Lyon, furent combattues par Jonas, évêque d'Orléans (3), plus victorieusement en-
(1) Coiic. Fraiicofort. dane Mmsi, t. XIII, p. 909. Il faut voir surtout le can. II, dans lequel on reconnaît les livres Carolins, en même temps qu'on y interprète faussement le 2«= conc. de Nicée, qu'on translere même à Constantinople : « Allala est in medium quœstio de nova Graecorum synodo, quam de adorandis imagin.ibus Constantinopoli fecerunt, in qua scriptum habcbatur, ut qui imaginibus sanctorum, ita ut Deificœ Trinitati, servitiumaut adoralionem non impenderent, anathema judicarentur. Qui supra sanctissimi Patres nostri adorationem et servitium renu»ntes contempserunt, atque consentientes condemnaverunt.
(2) Il faut remarquer surtout dans les livres Carol. le passage suivant : « Permiltimus imagines sanctorum, quicumque eas formare voluerint, tam in ecclesia quam extra ecctesiam, propter amorem Dci et sanctorum ejus; adorare vcro eas nequaquam cogimus, qui nolucrint (comme si jamais le concile de Nicée avait entendu y forcer!); frangera vero vel destruere eas, etiamsi quis voluerit, non permittimu6. » Ad acl. IV sub fin.
(3) Jonœ de Cultura imaginum, libb. III (Max. Biblioth., t. XIV
114 § 111. — LES ICONOCLASTKS DANS l'eMPIRE FRANK.
core par le moine irlandais Dungal, de Saint-Denis, et, plus tard, par Walafried Strabon et Hinemar, archevêque de Reims : ils préparèrent la voie au triomphe définitif de la vérité, en démontrant toute la vanité des objections faites au concile de Nicée.
p. 167, el Biblioth. Patr. Colon., t. IX, P. I, p. 90 sq.). Agobarài Lib. contra eorum superstitionem qui picturis et irnagi.nibus sanctorum obsequium deferendum putant (0pp. éd. Masson. Paris., 1605; castigatiusSteph. Baluz. Paris., 1666, 2 vol. Gailand. Biblioth,, t. XIIIJ.