LES ICONOCLASTES
toutes ses ordonnances contre les images. Il résolut même de s'assurer tous les évêques, en les berçant de l'espoir de leur donner le patriarcat de Gonstantinople , vacant par la mort d'Anastase [754], et d'obtenir la destruction du culte des images par un concile général (1). En effet, trois cent trente-huit évêques, qu'il réunit bientôt à Gonstantinople, étaient trop serviles et trop lâches pour résister au tyran ; ils proscrivirent les images comme une invention du démon, sous les peines les plus sévères, et complétèrent leur déshonneur en condamnant l'ancien patriarche de Gonstantinople, Germain, Grégoire de Ghypre et l'illustre Jean Damascène. Le pape et les trois patriarches d'Orient rejetèrent les décisions de ce synode; de là une réaction nouvelle et violente contre l'empereur; une persécution plus sanglante contre les défenseurs des images ; la ruine des couvents, des bibliothèques ; les moines obligés de se marier ou de s'exiler; les uns enfermés dans des sacs et précipités avec des pierres dans la mer, d'autres, les yeux crevés, traînés à travers les rues. Léon IV, successeur de Gonstantin [773-80], persévéra dans les mêmes opinions, mais fut plus modéré dans sa conduite, grâce à l'influence de sa femme Irène. Celle-ci, après la mort de l'empereur, soutenue par les partisans du culte des images, qu'elle avait favorisés aux dépens de son repos, s'empara du gouvernement, durant la minorité son fils Gonstantin VI. Appuyée par le patriarche de Gonstantinople, Tarasius, sou ancien secrétaire intime, homme instruit et austère, elle parvint à s'entendre avec le pape Adrien pour réunir d'abord à Gonstantinople, puis, à la suite d'une émeute militaire, à Nicée,
le septième concile œcuménique [787]
qui compta deux cent quarante-cinq évêques et abbés et cent trente-deux moines. Les Pères rejetèrent les décisions du concile de Gonstantinople de 754, et, après une sérieuse discussion de tous les points de la controverse, ils décrétèrent la légitimité du culte des images, en se déclarant positivement contre les abus possibles, et contre le reproche si
(1) Cf. Schlosser, loco cit., p. 212.
DANS l'empire FRANK, 111
souvent répété d'idolâtrie. « Quand on s'agenouille ou se » prosterne devant les images, dit le concile {xiiinTrAô » T:po<Ty.uvr<(nç,) c'est un signe d'amour, de vénération rela- » tive {(7xiriy.-à) qui s'adresse à l'original (1), mais non un » signe d'adoration absolue (kurpau) qui n'est due qu'à » Dieu. » Sous Léon l'Arménien [813-20], de nouvelles tentatives contre les images furent faites par l'abbé Jean le Grammairien et Théodore Gassitéras; on exila de nouveau beaucoup de moines et d'ecclésiastiques que l'intrépide Théodore Studite consolait par des lettres datées de sa prison, etqu'accueiUit dans le couventde Sainte-Praxède, à Rome, le pape Pascal. Michel le Bègue [820-29] rappela d'abord les bannis et plus tard devint persécuteur à son tour. Théophile [829-42], élevé par Théodore Gassitéras dans la haine des images, imita son père Michel le Bègue, et fit brûler les yeux aux apologistes des images, Théodore et Théophane. IVIais sa femme Théodora se prononça hautement en faveur de la vérité, et un concile, réuni en 842 à Gonstantinople, confirmâtes décisions de Nicée [787] et condamna les iconoclastes (etxovoz).â(TT«i). L'Église grecque célèbre la mémoire de la restauration du culte des images par une fête solennelle de l'orthodoxie {v y.vpiu-Ao t«? b/s9o5o?ja;). Sous le point de vue rehgieux, la question était résolue; la controverse, si vive, si sanglante, était terminée par une décision claire et péremptoire. Il n'en fut pas de même sous le point de vue politique. Plus que jamais l'Orient s'était éloigné de l'Occident à la suite de cette cruelle discussion, qui finit par séparer complètement l'empire de Byzance de l'empire germa no-frank.
B Dans l'empire franL
Augusta conc. Nicaeni II censura seu libri Carolini, an 790, éd. Eli. Phili, 1549. Heumann, Han., 1731. Goldast. Imperat. décret., p. 67
(1) Dans la bouche et d'après les usages des Orientaux, « T^pocj/iuv£îv, adorare, » c'est se prosterner devant le roi, lui témoigner le respect et Vhonnmr qui lui sont dus. L'Écriture sainte offre de nombreux exemples de cette marque de profonde déféreace devant des personnages importants. 2 Sam. XIV, 22: XVIII, 21, 28: XXIV, 21. , , , , .