DES GERMAINS
Tacite nous fait le premier connaître le caractère des Germains [Gehr- Wehr -Mannen, Wehr-Mœnner)^ à partir du temps où ils entrèrent en relation avec les Romains. Selon une antique tradition, ils honoraient, comme le père de leur race, Thuisto (Duisko- Deutscher)^ qui, né de la terre, propagea sa race par son fils Mannus. On ne peut méconnaître leur origine asiatique. L'époque de leur émigration est incertaine, elle date probablement de l'extension de la grande association des peuples assyriens : les Scythes, en s'avançant, en furent peut-être l'occasion. Tacite dépeint les Germains comme un peuple indigène (1), belliqueux et intrépide, équitable et fidèle, respectant dans la femme l'image et la ressemblance de l'homme (2), et vivant dans le passé par ses traditions et sa poésie. Leurs relations sociales se restreignaient en général aux membres des tribus portant le même nom ; les rangs de bataille eux-mêmes étaient fixés par ordre de famille. Leur amour de la Hberté et de l'indépendance passait avant tout : l'extrême nécessité seule pouvait les soumettre à un chef; en recevoir un châtiment était la honte suprême. Celui-là seul qui savait défendre sa vie était un homme libre [loer ivaro) ; être désarmé, être privé de la liberté était la pire de toutes les conditions. Entre l'homme libre et l'esclave, il y avait cependant certains degrés de dépendance plus ou moins grande. La mort même ne devait pas séparer le Germain de ses armes et de son cheval, par lesquels il avait conquis et défendu sa liberté.
La rehgion des anciens Germains, comme celle de tous les peuples primitifs, moins poétique et moins artistique que le paganisme des Grecs et des Romains, consistait en une simple adoration de la nature, à peu près semblable à celle des anciens Perses, avec lesquels leur langue a beaucoup d'analogie (3). Leurs idées sur la Divinité étaient grandes et belles. « Ils estimaient indignes de la majesté « des dieux de les enfermer dans des murailles, de les re-
(1) Taeit. c. II, Germanos indigenas, crediderim.
(2) Tacit. c. 8. German. divinum aliquid et pro'vidura femiais inesse putant.
(3) Voy. t. I, § 25,