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LITTÉRATURE ET ÉCRIVAINS THÉOLOGIQUES

pape Léon IV, dans l'Italie centrale, eurent la même sollicitude. Alfred demandait au royaume frank [871-901] des secours scientifiques pour l'Angleterre, jadis si florissante sous le rapport littéraire, et depuis si tristement ravagée par les Danois. Il fondait ou rétablissait la savante école d'Oxford. La courte paix qui suivit le traité de Verdun, et les goûts scientifiques de Charles le Chauve, firent aussi refleurir les sciences pour quelque temps, et prospérer plus particulièrement les écoles dont nous avons parlé plus haut (1). Une pléiade de savants distingués jeta sur les ruines de l'empire frank l'auréole de sa renommée. Agobard, archevêque de Lyon [f 841], combattit, souvent sans mesure, toujours avec vigueur, divei'ses superstitions, et se signala par la liberté de son jugement, la clarté de son exposition et la force do sa parole; homme de raison, d'ailleurs, qui s'en tenait aux choses de raison et n'accordait aucune faveur à ce qui était de la sphère plus haute de l'idée et du sentiment (2). Sous ce dernier rapport, Claude de Turin renchérissait sur Agobard (3).

VI, ann. 829, lib. I, c. 30 : « Sed super hoc ejiisdem priacipis (Ludovic!) admonitione, immo jussione, a nonnullis rectoribus tepide et desidiose haclenus actum est. Unde omnibus nobis visum est ut abhinc postposita totius corporis negligentia, ab omnibus diligentior in educandis et erudiendis militibus Christi et vigilantior adhibeatur diligentia; et quando ad provinciale episcoporum concilium conventum fuerit, unusquisque rectorum, sicut jam in praecedenlibus memoratumest, schoiasticos suos eidem concilio adesse faciat, ut suura solers Studium circa divinum cultum omnibus manifestum fiât. » (Harduin, t. IV, p. 1316; Mansi, t. XIV, p. 558 sq.) — Et lib. III, c. 12, il est dit dans l'ep. ad Ludov. imperat. : « Similiter obnixe ac suppliciter Vestrœ Celsitudini suggerimus ut, morem paternum sequentes, saltem in tribus congruentissimis imperii vestrilocis, scholae publies et vestra auctoritate fiant : ut labor patris vestri et vester per incuriam, quod absit, labefactando non pereat (en parlant d'écoles supérieures), quoniam ex hoc facto et magna utilitas et honor sanctae Dei Ecclesiae et vobis magnum mercedis emolumentum, et memoria sempiterna accrescet. » (Harduin, IV, p. 1356; Mansi, t. XIV, p. 599.)

(1) Voir § iTi, sub fine.

(2) Agobardi Opuscula (Galland, t, XIII, p. 405 sq.; Max. Biblioth. t. IX, p. 234 sq.) éd. Baluz. Paris, 1666, 2 vol. in-8. Cf. HundeshU' gen, de Agobardi Vita et scriptis. Giss., 1832.

(3) Claudii Taurin. Fragm. ; complet dans Commentar. in ep. S. Pauli ad Galatas (Max. Biblioth., t. XIV, p. 139 sq. Cf. là-dessus

230 § 203. — LITTÉRATUKE

Raban Maiir, abbé de Fulde, archevêque de Mayence, depuis 847 [-j- A février 836], joignant à une instruction étendue une doctrine et une vie sévèx^es, fut le créateur des institutions scolaires de l'Allemagne (1) dont ses ouvrages font bien connaître la méthode et la portée scientifiques. A-insi son livre De institutione clericonim, en trois parties, offre, dans les deux premières, un compendium des connaissances liturgiques, pastorales, bibliques, littéraires et artistiques, nécessaires au prêtre, dans la pratique du ministère; la troisième partie traite de l'éducation du clergé en général, exphque le sens des sept arts fibéraux, et conclut par des observations sur la philosophie de l'antiquité. Il n'est pas douteux que ce livre, que Raban Maur destinait « à l'instruction de ses disciples et des leurs, » eut une véritable influence dans toutes les écoles monastiqfies du royaume frank. Son disciple Walafried Strabon, abbé de Reichenau [f 849], composa des poëmes en bon latin, des vies de saints d'un style agréable, et de nombreux écrits exégétiques dont ses comtemporains et la postérité firent un grand usage (2). Aymon, évêque d'Halberstadt (7833], le célèbre auteur de l'Histoire ecclésiastique, rédigea aussi quelques essais d'exégèse, qui respirent une assez grande indépendance. Druthmar, le grammairien, moine de Corbie, dont on estimait les connaissances dans les langues hébraïque et grecque [vers 830], et Angelome, Bénédictin de Luxeuil, composèrent aussi des commentaires sur la sainte Écriture, très-recomraandables pour leur temps (3). Hincmar, archevêque de Reims, très-versé dans

les observations précédentes, ibid., p. 134 sq.; Mabillon, Vet. Aiialecla, p. oo);Radelbach, Claudii inédit, opp. Specimina. Havn., 1824.

(1) Rabani Mauri Opp. (Commentaires, homélies; de clericor. Institutione et cferemoniis Ecclesiœ, lib. III ; de sacris Ordinib. sacramentis divinis et vestimentis sacerdot. ; de Disciplina ecclesiast. libb. III) éd. Colvcnerius. Colon., 1627, 6 vol. in-fol. Cf. Kuntsmann, Raban Maur, monographie historique. Mayence, 1841; Bach, nur Raban Maur, créateur d'^s institutions scolast. de l'Allemagne (programme). Fulde, 1835. *

(2) De Exordiis et incrementis reram ecclesiast., Hittorp. Scriptores de divin, officiis); Comment, in Psalmos ; glossaordinaria interlincaris in Biblia (éd. Antv., 1034, 6 t. in-fol.); vitae S. Galli, Olhmari et aliorum. Cf. Hefele. 1. cit.. p. 229-32.

(3) Drulhmari Exposilio in Matthœum, Lucam et Johanncm (Max.

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le droit canon (1), est d'une certaine importance pour l'histoire de son siècle, par ses écrits de controverse et ses lettres toutes de circonstance [f 882]. Paschase Radbert [f 860], abbé de Corbie, commenta diverses parties de l'Écriture (2), et exposa la doctrine de l'Eucharistie dans toute sa rigueur et ses conséquences, mais dans un langage inusité et contre lequel se prononcèrent plusieurs disciples d'Alcuin. Le moine Otfried de Wissembourg, en Alsace [876], devint populaire (3) en mettant l'Évangile en rimes allemandes. Anastase, prêtre et bibliothécaire à Rome [7 886], est connu par ses vies des papes. Halitgar, archevêque de Cambrai et d'Arras, s'était, avant tous ceux qne nous venons de nommer, acquis une réputation méritée par son excellent; ouvrage sur l'administration du sacrement do Pénitence (4). Rappelons encore, outre de nombreux annalistes et chroniqueurs, le célèbre historien Théganus, chorévêque de l'archevêque Hectus de Trêves [7 849], Éginhard [f après 848] Rapert de ST.int-Gall [7 avant 880], celui qu'on nomme Monachus Sangallensis (Notker?) [vers 884], et enfin un personnage qui excite un intérêt plus particulier, le savant et illustre docteur de l'école palatine de Charles le Chauve,

Biblioth., t. XV). Druthmar expose sa méthode d'exégèse dans les termes suivants : « Stiidui plus historicum sensum quam spiritualem, quia irralionabile mihi videtur spiritualem intelligentiam in libro aliqno quaerere et historicam penitus ignorare, cum historia fundamentum omnis intelligentice sit, et ipsa primitus quœrenda et amplexanda et sine ipsa perfecte ad alia non possit transiri. Angelomi, Comment, in Genesin; enarrationes in IV libros Regum, in Canlica canticorum (Max. Biblioth., t. XV).

(1) Hincmari 0pp. éd. Sirmond. Paris., 1645, 2 t. in-fol. Cf. Flodoard, Hist. Ecclesiae Rem., lib. III, c. 15-29, et Hist littér. de la France, t. V, p. 455 sq.

(2) Paschasii Radb. Comment. Evang. Matth. libb. XII, (Max. Biblioth., t. XIV) ; Expositio in Ps. XLIV.

(3) Olfried, le Christ, publié par Gratf. Kœnigsb., 1831, in-4; Heliand, Complaintes évangéliques, publiées par Schmeller. Munich, 1831. Cf. Gervinus, Hist. de la poésie nation, de 1' Allem. Leipzig,

(4) Halitijftrii de Vitiis et virtutib. et ordine pœnitentiam, libb. V (Max. Biblioth., t. XIV, p. 906 sq. ; Canisii, Lect. antiq., t. II, P. H,. p. 81 sq.).

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