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LITTÉRATURE

Jean-Scot Érigène (1),

Le lieu de sa naissance (l'Ecosse, l'Irlande, l'Angleterre?), les maîtres qui l'instruisirent, les amis qui le guidèrent, les élèves qui l'entendirent, la fin de sa carrière, tout est énigme dans sa vie, et cette incertitude même semble jeter un charme de plus sur son apparition. Il fut le premier en Occident, et le seul pendant trois siècles, qui, outre-passant les limites de la logique et de la dialectique, posa les bases métaphysiques d'un système de phylosophie sévèrement coordonné. Mais il fut heureusement aussi le seul écrivain de ces temps à qui les merveilleuses beautés de l'antique science païenne firent oubher la vérité fondamentale du Christianisme, c'est-à-dire le dogme de la distinction essentielle de Dieu et de la créature, de l'esprit et de la nature. Enefîet, dans son principal ouvrage [De divisione naturœ), Scot Erigène est panthéiste, en ce sens que l'ensemble de son système rend absolument impossible la distinction entre Dieu et le monde ; que c'est, non point au panthéisme, mais bien au théisme que s'applique la mé(aphore divine dont parle Érigène, et au moyen de laquelle on a prétendu récemment le justifier; aussi devint-il le prédécesseur, non-seulement de toutes les sectes panthéistes du moyen âge, mais encore de l'hérétique Bérenger

(1) Scott Erig. lib. dedivinaPraedeslinatione, contra Gotteschalkum, éd. Mauguiii. Paris., 1600, iii-4. L'ouvrage principal de Divisione natufce, éd. Gale. Oxoii., 1681 ; éd. Schlüter, Monast., 1838, fut condamné par Léou IX (1030) et Honorius III (1225) comme hérétique ; Honorius le caractérise comme : librum scatentem vermibus haereticcE pravitatis ; traduction de TÉtique d'Aristote et des écrits de Denys J'Aréopagite, sur la demande de Charles le Chauve ; Commentaire d'Érigène sur Dionys. Areopag. Hierarchia cœlestis, découvert par le docteur Greith et publ. dans Jos. Scoti Opera omnia, éd. Floss, dans Migtie, Patrol. curs., t. CXXII. Paris, 1833. Peder Hyort, Jean- Scott Érigène, ou Origine d'une philosophie chrétienne et de sa destination sainte. Copenh., 1823; Slaudenmaier, Jean-Scot Érigène et la science de son temps, l vol. Francf., 1824: idem, Philosoph, du christ., t. I, p. 53G-G32; Hock, Jean.-Scot Érigène. Supp. à l'hist. de la Philosoph, chrét. (Gazette de Bonn, livrais. XVI, p. 33); Mœller, professeur à l'université de Louvain, Jean-Scot Érigène et ses erreurs. Mayence, 1844.

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dans sa doctrine de l'Eacharistie, et donna-t-il indirectement occasion aux erreurs postérieures sur les rapports de la foi et de la science, de Dieu et du monde, sur la nature du mal et sur la prédestination. Les parties plus saines et plus solides de sa doctrine fournirent les éléments et devinrent les bases positives de la scolastique et de la mystique future, dont il exprima nettement le caractère et la tendance, en montrant d'avance comment la controverse des Universaux amènerait la mystique et la scolastique à se fondre dans la théorie des réalistes. A côté de Scott Éri- ^ne on trouve Mannon, traducteur du Timée de Platon. Ces deux hommes si doctes et si zélés, attirèrent en France beaucoup de nobles anglais et grecs, exilés de leur patrie, les uns parles invasions des Danois, lesautres par les persécutions des iconoclastes (1).

Après la mort de Charles le Chauve [876], les traces de l'influence de Charlemagne s'évanouirent, et, jusqu'aux temps d'Othon I", les peuples germains furent témoins de scènes de désolation et de terreur que rien n'égala pUi^ tard. La science disparut de la cour des rois et de la résidence des évoques. Elle se réfugia dans les couvents de Saint-Gall et de Reichenau (2), que de hautes montagnes protégeaient à la fois contre les invasions ennemies et les mœurs perverses du siècle. C'est à Saint-Gall qu'appartiennent la plupart des écrivains du X® siècle, qui ont quelque valeur : Eckardt ou Éccehard I" (que ses cantiques religieux firent remarquer par l'empereur Othon I" et le pape JeanXII) ; Eckardt II, qu'Othon attira à sa cour, pour élever Othon II, sur la recommandation de la veuve du duc de Bavière, Hedwig, si célèbre par l'austérité de sa vie et la culture de son esprit ; Eckardt III, savant doyen de Saint-Gall et parent du précédent. La réputation de Saint-Gall fut rehaussée encore par celle des deux Notker, l'un médecin [Physicus) auteur d'hymnes sacrées, peintre et musicien ; l'autre {Labeo), le plus savant Allemand du X^ siècle, également théologien, musicien, poète, mathématicien, astronome, philologue, qui rendit de grands ser-

(1) Scot Érigène était venu se fixer à la cour de Charles le Chauve.

(2) Voy. pour tous ces écrivains les détails dans Hefele, 1. cit.

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vices à sa langue maternelle et fut le premier à s'en servir pour des ouvrages scientifiques [-f- 1022]. Réginon de Prüm ïfpio] et Burkhard, évêque de Worms [1025], rédigèrent de nouvelles collections de décrétales (1). La France vit naître alors le monastère deCluny [depuis 910], si utile à la conservation et plus tard aux progrès des sciences, auxquels contribuèrent encore efficacement, d'une part, les abbayes d'Allemagne, les efforts des empereurs saxons, leur goûc pour l'antiquité classique, réveillé par leurs relations avec Constantinople, et le zèle de quelques saints personnages occupant des sièges épiscopaux en Allemagne; d'une autre part, les écoles arabes de Gordoue [depuis 980], où furent plus spécialementcultivées les sciences naturelles. Hock et Héfelé ont rétabli par des faits et des noms, autant qu'il pouvait et devait Tètre, l'honneur du X* siècle, si souvent nommé l'âge de fer, le siècle des ténèbres ; ils ont montré la différence essentielle qu'il faut établir entre la première et la deuxième moitié de ce siècle. L'Italie divisée par des partis violents, Rome, théâtre des p'assions les plus sauvages, le siège de saint Pierre déshonoré, présentent, il est vrai, le plus déplorable spectacle ; et c'est ce qui explique comment les historiens Ange Politien, Laurent Valla etßaronius, ne voyant que l'Italie, ont fait de tout le X» siècle une description désolante, qui n'est vrai dans toutes ses parties, que de l'Italie elle-même (2). Nous trouvons déjà une preuve merveilleuse de la culture intellectuelle de cette époque dans la noble Ilroswitha [Hélène de Rossow, -j- 984], religieuse à Gandersheim, qui, dit-elle, avait appris le latin par des femmes, savait assez bien le grec, chanta les exploits d'Othon le Grand en hexamètres rimes et composa des comédies sacrées (3) dans le

(1) Voy. sapra § 193.

(2) On. trouve déjà un jugement plus favorable dans du Pin, Avertissement de la Biblioth. des auteurs ecclés. du x« siècle. Il divise même les écrivains de ce siècle en divers chapitres : I. Écriv. de l'Orient; II. Italiens; III. Français; IV. Allemands ; V. Anglais ; VI. Observations ecclésiast. sur le X" siècle.

(3) Carmina Ottonis I; comœdifp sacrse VI (0pp. éd. Schurzfleisch. Vit., 1794, in-4). Dans la lettre alléguée dans Mubillon, Annal. Bened., t. III, p. 547, et dans Stengel, laud. Bened., p. 169, il est dit de Hroswitha : « Grœce et latine doctissima, oratores dicendi arte supergressa, poetarum sui temporis nulli inferior, etc.

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