PREMIÈRE CONTROVERSE
Cette controverse, obscurément débattue des deux côtés, touchait non point encore à la présence du Christ dans le sacrement de l'autel, et au changement de substance, mais au mode de la présence et du changement. On arrivait, en dernière analyse, à deux extrêmes, qui prouvent combien était obscure jusqu'alors l'idée scientifique qu'on se faisait du sacrement : les uns (Amaury) anéantissant la spiritualité du corps eucharistique dans les éléments matériels du sacrement ; les autres spiritualisant les éléments de telle sorte que la chose sacramentale {res sacramenti) disparaissait et ne laissait plus qu'une apparence extérieure sans réalité (Scot Érigène). Gerbert classa plus tard les diverses opinions, nées à ce sujet, de la manière suivante : 1° ceux qui admettaient le stercorianisme ; 2° ceux qui prétendaient, avec Radbert, qu'on reçoit dans l'Eucharistie le corps qui est né de la Vierge Marie ; 3° les adversaires de Radbert qui soutenaient une différence tranchée entre le corps eucharistique et le corps naturel du Christ. Il ne voyait pas de véritable différence entre les deux dernières opinions, puisque, naturellement (nafwra/«Yer), le corps sacramentel est le même que celui qui est né de Marie, dont irdiffère cependant selon le mode d'existence {specialùer modus existendi) ; et au second reproche fait à Paschase, d'admettre dans le sacrement de l'autel une figure et une vérité, il répond en justifiant l'accusé : La figure est ce qui
stercorianisme : « Quod interi-oaiastis : utrum Eucharistia, postquam consumitur et in secessiim emittitur more aliorum ciborum, iterum redeat in naturam pristinam quam habuerat antequam in altare consecraretur. » Là-dessus Rabau reprend : « Ista sententia contraria est seutentiis Clementis papae et aliorum multorum sanctorum Patrum, qui dicunt corpus Domini non cum cœteris communibus cibis per aqualiculos in secessum mitti. » Ces mots peuvent n'être qu'une réponse étrangère mise en marge; la réponse de Raban ne commencerait qu'aux mots suivants : « Superflua est hujusmodi quaestio, quum ipse Salvator dixerit in Evangelio : « Omne, quod intrat » in os, in ventrem vadit et in secessum emittitur. » (Matth. XV, 17), Sacramentum corporis et sanguinis, id est ex rebus visibilibus et corporabilibus, conficitur; sed invisibilem tam corporis quam animée efficit sanctificationem et salutem. Quœ est enim ratio ut hoc, quod stomacho digeritur et in secessum emittitur, iterum in statum pristinum redeat. quum nullus hoc unquam fieri esse asseruerit? » (Canisii Lect. antiq., t. II, P, II, p. 311.)