LA MUSIQUE
La musique jouait un très-grand rôle dans l'éducation. RUe avait pour mission de cultiver l'âme en la purifiant par l'harmonie et le rhythme , en la développant par une poésie pleine de charme et d'instruction; et elle était si
intimement unie à la vie, qu'on ne pouvait la modifier sans modifier en même temps le caractère même du peuple. Les Grecs envisageaient cet art comme le premier et le principal moyen d'éducation. La pMlosophie, dit Socrate, n'est que le point culminant de la musique.
Mais de même que les Grecs, suivant leurs divers caractères, avaient divers dieux pour exprimer l'idéal du beau qu'enfantait leur imagination, de même la musique variait chez eux suivant les caractères des diverses populations.
La musique phrygienne était essentiellement rehgieuse.
La musique dorienne (Sparte), adoptée par Grégoire-le- Grand pour le chant d'église, était grave, calme et harmonieuse. Elle servait, surtout à Sparte, à inspirer le patriotisme et la bravoure, à célébrer les héros morts pour la patrie, à dire le malheur des lâches. On chantait aussi les lois de Lycurgue mises en vers, les poèmes d'Homère et d'autres histoires des dieux et des héros. Sous l'influence d'une musique si instructive et si riche de force et d'harmonie, les cœinrs s'enflammaient d'amour pour la patrie et poTu: la vertu.
A Athènes, la musique n'était pas moins cultivée qu'à Sparte : tous les citoyens étaient tenus de l'apprendre. La musique ionique était souple et passionnée. Les Athéniens crurent faire des progrès dans cet art en séparant la musique du chant, et en introduisant chez eux les instruments à vent (jusque là ils étaient à cordes), entre autres la flûte, qui se répandit dans toute la Grèce. Mais ces innovations exercèrent une influence mauvaise sur le peuple, parce que les sons seuls, séparés de tout texte, ont quelque chose qui énerve et amollit l'âme. Des réclamations ne tardèrent pas à s'élever contre l'action démoralisante de la flûte, mais elle ne fut cependant abandonnée que quand Alcibiade eut fait remarquer qu'il y avait dans le jeu de cet instrument quelque chose qui froissait le sentiment du beau, en défigurant le joueur. Toutefois la musique ne se releva pas à Athènes; elle suivit la déca-^ dence des mœurs.
A Sparte, le peuple, — et quand il est question du peuple, il ne faut pas comprendre les esclaves, qui formaient une classe nombreuse d'habitants, — le peuple, dis-je, ne recevait aucune autre instruction que celle qui lui était apportée par la musique : fort peu de personnes savaient lire et écrire. A Athènes, on joignit à la musique quelques autres moyens de culture intellectuelle, tels que les lectures dans les jeux, des discours sur la place puhUque, la lecture et l'écriture. La lecture s'enseignaiî d'après la méthode ancienne ou d*épellation. On faisait d'abord apprendre les noms des lettres, ensuite leur forme et leur valeur. Après cela, on apprenait les syllabes, puis les parties du discours avec toutes leurs modifications ou changements. Cette étude terminée^ on pas* sait à la lecture courante et à récriture.
Comme on le voit, on faisait de la lexicologie avant de commencer la lecture courante. La lecture redevenait à la fin, par la déclamation, une espèce de musique. Les principaux ouvrages employés comme livres de lecture et exercices de mémoire étaient Tlliade et l'Odyssée. Alcihiade donna un jour un soufflet à un régent, chez lequel il ne trouva point les œuvres d'Homère. Nicératus savait micore dans sa vieillesse l'Odyssée et l'Iliade par cœur. Anaxagore disait qu'Homère était l'instituteur de toute k Grèce. Il aimait mieux qu'on sût ce poète que les lois de Solou. A côté des œuvres d'Homère, on employait aussi celles d'Esope et d'Eiuipide.