PÉTRARQUE
Pétrarque (1304-1374), fils d’un notaire florentin de la faction des Blancs, naquit et vécut dans l’exil. Il étudia la grammaire, la dialectique et la rhétorique à Carpen- Iras, près d’Avignon, où se tenait alors la cour papale. Son père l’envoya ensuite étudier le droit à Montpellier, puis à Bologne. Mais, au lieu du droit, Pétrarque étudiait Cicéron et Virgile, ce qui affligeait beaucoup son père. Revenu à Avignon, il y embrassa l’état ecclésiastique.
Pétrarque ne tarda pas à se distinguer par ses poésies italiennes et latines. L’université de Paris et le sénat romain lui envoyèrent en un même jour l’invitation d'aller recevoir la couronne du poète.
Après s’être livré avec une grande passion à l'étude des classiques romains, Pétrarque ne tarda pas à découvrir des dangers dans cette étude. Comme saint Augustin, il dit que l’étude des classiques nuit à la morale chrétienne; qu’elle fait préférer l’éloquence à une vie sainte, la gloire à la vertu; qu’elle fait aimer l’histoire aux dépens de l’étude de son propre coeur ; qu’elle fait craindre une faute de style plus que la transgression des commandements de Dieu, et qu’elle transforme les théologiens en rhéteurs et en sophistes, qui recherchent, non l’amour, mais la connaissance de Dieu, afin de se donner du relief et acquérir de la considération dans le monde.
Les classiques que le Dante, Boccace et Pétrarque avaient découverts dans la poussière des bibliothèques, faillirent faire rejeter la langue italienne que ces trois hommes de génie avaient tirée de ses langes. Plus d’un siècle s’écoula avant que l’on vit reparaître un ouvrage italien de quelque valeur. Sous Laurent de Médicis, qui régnait un siècle après la mort de Pétrarque, les pères et les instituteurs
défendaient aux jeunes gens de Florence de lire des ouvrages écrits en langue vulgaire. Les études classiques absorbaient tout L
i. Les hommes marquants qui, après le Dante, Boccase et Pétrarque, contribuèrent le plus à faire fleurir les études classiques, furent : „
Jean Malpdglimo, appelé ordinairement Jean de Ravenne (1353-1420), disciple de Pétrarque. En 1412, il fut chargé de lire et d’expliquer dans l’église, les jours de fête, la Divine. Comédie du Dante.
Emmanuel Chrysoloras, d’abord instituteur à Constantinople, fut envoyé à diverses reprises en Occident par l’empereur Jean Paléologue, pour demander du secours contre les Turcs En 1390, la ville de Florence le nomma professeur de littérature grecque, avec un traitement de cent florins en or. Il fut le premier Grec de naissance qui professa en Italie. Il professa plus tard à l’avie, à Venise, etc. Ensuite, il fut envoyé par le pape Jean XXIII au concile de Constance, où il mourut.
Les Médicis, Cosme et Laurent , et le pape Nicolas V, contribuèrent puissamment à faire fleurir les études classiques, en recueillant des manuscrits et en fondant des bibliothèques. Cosme fonda la bibliothèque des Médicis. Un grand nombre desmanuscrits qui la composaient avaient été achetés en Grèce. On en avait tiré près de deux cents du couvent du mont Athos. Le pape Nicolas V fonda la célèbre bibliothèque du Vatican et fit recueillir cinq mille manuscrits. Cosme de Médicis fonda aussi à Florence l’Académie platonicienne, où l’on s’occupait exclusivement de l’élude de Platon.
François Philelphe, savant philologue, né en 1398, professa dans diverses villes italiennes. Il traduisit en latin plusieurs des ouvrages d’Aristote, de Xéiiophon, de Plutarque, etc.
Poggius Dracciolirii, philologue, littérateur et historien (1380-1453), rendit aux lettres d’importants services en découvrant de nouveaux manuscrits. Ce fut lui qui retrouva Quintilien dans le couvent de Saint-Gall.
Laurent Valla (1415-1465) , célèbre latiniste, traduisit Hérodote et Thucydide. Il fut le premier qui appliqua les études classiques à l’explication du Nouveau-Testament. Il écrivit des remarques critiques sur la Vulgate et en corrigea plusieurs passages.
Ange Politien (1454-1494) fut un philologue dans toute l’étendue du terme. Ses compatriotes le comparaient à Cicéron. Laurent de Médicis le prit pour précepteur de ses deux fils, Pierre et Jean. Politien communiqua, à ce dernier surtout qui devint plus tard le pape Léon X, son grand zèle pour les lettres, ses formes polies et courtoises, et sa facilité à frire accorder ensemble le monde et la religion.
Jeun Pic de la Mirandole (1463-1494), enfant célèbre, philologue, historien, orateur, poète, philosophe et théologien, semble avoir été la merveille de son siècle. Il passait à dix ans pour le poète et l’orateur le plus distingué de l’Ualie. Tout en reconnaissant la valeur des études
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§ 2. Victoria de Feltre.
Au milieu de ce grand mouvement produit par les étude3 classiques, nous trouvons un homme qui brille d’une gloire pure. Je veux parler du Fénelon italien, de Victoria de Feltre. Terminons par lui ce coup d’œil sur l’Italie.
Victorin naquit en 137S, dans la petite ville de Feltre, située au pied des Alpes, à environ vingt lieues nordouest de Venise. Né de parents pauvres, il ne put acquérir qu’une culture tout élémentaire, quoiqu’il cherchât
classiques, il sut mieux que personne en signaler les écueils et rendre justice à la sagesse des temps passés. Dans ses dernières années, Pic de la Mirandole brûla les poésies légères de sa jeunesse et se consacra entièrement aux études sérieuses et à une vie sainte. « La philosophie, écrivait-il quatre ans avant sa mort, cherche la vériîé, la théologie la trouve, mais la religion la possède. » Plus tard, il écrivit à François de la Mirandole : * Je te prie instamment de laisser les fables et les plaisanteries des poètes et de lire jour et nuit les sainles Ecritures... N'oublie pas que le fils de Dieu est mort pour toi et qu’il te faudra bientôt mourir, encore que ta vie se prolongeât beaucoup. »
Léon X (U75-1521), fils de Laurent de Médicis, était un homme lettré et doué d’une douceur et d'une affabilité remarquables; il était extrêmement libéral- et favorisa de tout son pouvoir les sciences et les arts. Rome devint sous son règne le rendez-vous des savants et des artistes. Mais l’impiété et le vice marchaient partout la tête haute. Cette mondanité au sein du christianisme ne fut point le fruit nécessaire des études classiqnes, puisqu’au temps des Boccace et des Pétrarque la démoralisation et l’impiété étaient déjà générales. On ne peut cependant pas nier qu’elles ne furent, pour un temps du moins, préjudiciables aux mœurs et à la foi. Elles firent retourner presque jusqu’à la mythologie. Déjà dans le Dante on lit des passages comme celui-ci :
« Pardonne, ô Jupiter, toi qui fus crucifié pour nous! »
Au couronnement de Pétrarque, à Rome, des faunes, des satyres et des nymphes dansaient devant le char du poète lorsqu’il se rendit au temple pour y aller prier à l’autel et déposer sa couronne aux pieds du prince des Apôtres. Avec le progrès des éludes classiques, il y eut un retour vers les idées et les mœurs païennes, et la scolastique, représentante des doctrines de l’Eglise, fut tout à fui; impuissante pour contenir et arrêter ce torrent : elle fut mise en pièces par l’impiété et par Ja philosophie païenne, avant d’être attaquée au nom de la raison et du christianisme, comme elle le fut plus lard.
constamment à augmenter ses connaissances. A l’âge de vingt ans, il se rendit à Padoue, où il subvint tant bien que mal à ses besoins en donnant des leçons de lecture et d’écriture à quelques enfants qu’on voulait bien lui confier. Tout en gagnant ainsi son pain quotidien, Vietorin se mit en rapport avec le célèbre Jean de Ravenne, disciple de Pétrarque, et avec d’autres professeurs distingués, il fit, sous leur direction, des études régulières, et au bout de quelques années, il fut assez avancé pour obtenir des licences académiques.
Après son retour de Venise, où il se rendit quelque temps pour apprendre le grec, il fut nommé professeur de philosophie et de rhétorique à l’université de Padoue; mais n’ayant pu discipliner ses élèves comme il l’aurait désiré, il donna sa démission et se rendit à Venise, où il fonda un établissement d’éducation. Quelque temps après, le prince de Mantoue, Jean-François Gonzague, auquel il avait été recommandé, l’appela à sa cour pour faire l’éducation de ses enfants. Après bien des hésitations, Vietorin répondit à l’appel qui lui était adressé, mais avec la résolution de se retirer aussitôt qu’il rencontrerait des obstacles insurmontables dans l’accomplissement de ses plans d’éducation.
Vietorin commença par étudier le terrain avant d’ordonner des réformes ; mais dès qu’il fut orienté, il congédiales serviteurs dangereux ou inutiles, supprima la pompe qui régnait partout, réforma la table, et soumit les jeunes princes à des occupations régulières, et cela sans les consulter. Le prince Gonzague eut assez de sagesse pour le laisser agir et pour tout approuver.
Les deux fils aînés du prince, Louis et Charles, étaient d’une tournure peu agréable. Le premier était replet, lourd et fort glouton ; l’autre grand, osseux, d’une maigreur affreuse et extrêmement gauche dans ses mouvements et ses manières. Vietorin s’appliqua à combattre chez ces jeunes gens leurs défauts de nature, et il parvint, à l’aide d’une grande frugalité et d’exercices corporels variés et
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nombreux, à leur donner de la souplesse, de la tenue, une taille svelte et dégagée, au point qu’il put plus tard les appeler avec raison et sans doute avec quelque fierté :
« Mon Hector et mon Achille. »
Les exercices corporels auxquels Victorin astreignit les jeunes princes étaient surtout la natation, l’équitation, la course, l’escrime, etc. Victorin poussa si loin les exercices corporels, qu’il organisa de petites guerres, dans lesquelles on fortifiait des bourgs, occupait des collines, et livrait des combats où l’on voyait voler la poussière comme sur un champ de bataille.
Outre ces exercices, Victorin habitua encore ses élèves à supporter le froid et le chaud, et à se contenter d’habits légers ; « car, leur disait-il souvent, il faut vous habituer à toutes les intempéries de l’air et à toutes les incommodités de la vie ; vous ne savez pas dans quelles positions vous pouvez vous trouver un jour. »
La nourriture qu’il leur donnait était simple, solide, fortifiante, sans vin ni aucun digestif quelconque. Comme il se soumettait au même régime que ses élèves, ceux-ci suivirent son exemple sans murmurer. Un jour, ils le prièrent de vouloir bien s’accorder une table un peu meilleure. Mais Victorin leur répondit : « Combien nos vues sont différentes ! Vous désirez qu’il ne manque rien à mes repas, et moi je veille A ce que les vôtres ne renferment rien de superflu. »
Ainsi que Pythagore, Victorin regardait la corpulence comme un nuage de l’âme, et il la haïssait surtout chez les jeunes gens. Aussi, pour la combattre, exigeait-il que ses élèves se levassent de bonne heure, car il pensait qu’il n’y a rien qui favorise une obésité précoce comme le long dormir.
Enfin Victorin surveillait avec un soin particulier lu tenue corporelle de ses élèves : il pensait que toute personne qui a quelque prétention à une bonne éducation doit s’appliquer à avoir une tenue noble et convenable Tout laisser-aller, toute manière inconvenante, toute ges
ticulation déplacée, lui inspirait une profonde aversion, etil combattait les mauvaises habitudes du corps avec une persévérance d’autant plus grande, qu’il croyait qu’elles favorisaient de mauvaises inclinations morales.
Mais Victorin ne se contentait pas de cultiver les facultés physiques des jeunes princes, ses élèr's, et d’autres enfants qu’il réunit autour de lui : il vouait les mêmes soins à la culture de leurs facultés morales et intellectuelles. Et ces soins, il les prodiguait aux petits avec autant de plaisir et de sollicitude qu’aux grands , ce qui nous le montre doué des qualités d’un véritable ami des enfants, d’un vrai pédagogue.
Victorin s’efforçait de rendre son enseignement agréable, afin de prévenir le dégoût et le découragement. Il pensait que les plaisirs de l’étude doivent en faire oublier les peines, et il a été, sous ce rapport, un maître modèle. Dans l’enseignement de la lecture, par exemple, il se servait, suivant la recommandation de Quintilien, de lettres mobiles peintes sur de petites tablettes; il les montrait à ses jeunes élèves pour leur apprendre à les connaître, puis il s’amusait avec eux h les combiner entre elles pour en former des mots. Le caractère de l’enseignement de Victorin contrastait fortement avec les procédés de ses confrères et lui valut une considération bien méritée. On pourra se faire une idée de l’effeL que dut produire son exemple par les paroles suivantes du savant Michel Montaigne sur les écoles de ce temps-là : « Venez contempler, s’écrie-t-il, parents et conducteurs du peuple, comment on instruit vos enfants dans les écoles ! Vous ne voyez partout que des maîtres rouges de colère, se laissant aller sans retenue aux mouvements de leur humeur, et vous ne cessez d’entendre les clameurs sans fin des enfants que le maître a frappés de sa férule! Est-ce par ce moyen qu’on espère inspirer aux jeunes gens le goût de l’étude, et n’est-il pas possible de les conduire autrement que la main armée d'une verge?... Ces procédés sont déraison- * nables et inhumains. »
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Victorin se distinguait encore par le soin particulier qu’il apportait à étudier le caractère de ses élèves et à pénétrer toute leur individualité; et cela, non-seulement pour avoir une boussole qui le guidât dans le choix des peines et des récompenses, mais encore afin de l’aider à faire choix d'une vocation pour ses différents élèves. Victorin avait la plus grande crainte de se tromper sur ce dernier point, car il savait que le bonheur et le malheur de bien des hommes dépendent du choix de leur vocation. Pour mieux parvenir à son but, Victorin savait mettre ses élèves à leur aise dans les relations journalières qu’ils avaient avec lui : ils respiraient dans sa compagnie un air tout à fait libre, et leur naturel se montrait ainsi tout entier à ses regards.
En éducation, Victorin joignait l’exemple au précepte; il instruisait, il élevait surtout par sa présence et sa personne. Sa méthode d’enseignement était revêtue du même caractère, c’est-à-dire qu’elle était lui, une communication directe de sa personnalité. Il enseignait sans gêne et sans affectation. Et comme son cœur était rempli d’amour pour son travail, il en résultait que ses pensées trouvaient toujours le mode de communication le plus convenable, et qu’elles pénétraient jusqu’au cœur de ses élèves. Ce zèle, cet amour pour ses occupations, faisait que, malgré son grand savoir, il ne négligeait jamais de préparer consciencieusement ses leçons, à la suite de quoi il enseignait sans moyens auxiliaires, tels que cahiers, livi*es, notes, etc. Ce procédé, il le recommandait à tous les jeunes gens qui voulaient se livrer à l’enseignement. Dans ses leçons, Victorin ne se contentait pas d’être compris de ses élèves . les plus capables : il n’était satisfait que quand tous, même les plus faibles, avaient bien saisi ses explications. Dans la lecture des poètes ou des philosophes, il faisait relire à haute voix les passages difficiles, et l’expression que ses élèves donnaient à leur lecture fournissait à son tact fin et délicat le moyen de reconnaître s’ils avaient compris ou non.
En môme temps il corrigeait toute mauvaise prononciation, et combattait avec énergie tout accent commun , rude ou criard; selon lui, on ne pouvait assez déplorer qu'on rencontrât si souvent, même parmi les savants, tant de personnes dont le parler est désagréable et môme repoussant.
Victorin aimait beaucoup que ses élèves lui demandassent des éclaircissements sur ce qu’ils n’avaient pas compris, ou lui fissent part de leurs doutes sur ce qu’il leur avait dit. Il examinait avec soin tous leurs travaux et les corrigeait attentivement, puis il leur distribuait la louange et le blâme avec la plus grande justice. Il n’encourageait pas, mais il ne rejetait pas non plus les essais poétiques, alors fort à la mode. Il pensait avec Cicéron, son auteur favori, que l’exubérance de vie qui se trouve dans le jeune homme doit pouvoir s’exprimer, et que le concours de l’âge, de l’expérience et de l’étude, est nécessaire pour lui apprendre à mettre de la mesure dans ses productions littéraires.
Victorin exigeait la plus grande attention dans ses leçons et remarquait la distraction à la seule tenue de ses élèves ; malgré cela, il ne négligeait jamais de faire répéter ce qu’il avait enseigné, de le résumer systématiquement, et de relier toujours l’inconnu au connu, afin de ne pas rendre inutiles l’attention, le zèle et l’application de ses élèves. Il aimait beaucoup à faire apprendre par cœur, lorsqu’ils étaient parfaitement compris, des morceaux tirés des poètes, des philosophes et des orateurs, surtout .de Virgile, de Cicéron, d’Horace, ainsi que des bons tragiques grecs.
Quand il donnait des compositions à faire, il engageait toujours ses élèves à lire auparavant quelques morceaux modèles sur des sujets de même nature. Il n’aimait pas beaucoup la poésie lyrique, parce qu’il craignait qu’elle n’amollît le caractère et ne portât l’esprit à des rêveries maladives; mais il estimait fort la lecture des épopées, attendu que ces poésies présentent à l'imagi-
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nation du jeune homme des caractères mâles et héroïques.
Avec ce zèle et ce dévouement, Victorin faisait faire de grands progrès à ses élèves. Sa réputation ne tarda pas à s’étendre sur toute l’Italie. Le pape Eugène IV l’estimait si haut que, par exception, il permit au chanoine Jacques de Cassanio d’entrer dans l’établissement laïque qu’il avait fondé à Mantoue. « Va, mon fils, lui dit-il, je te remets volontiers à un homme qui honore également la science et la religion, et dont la droiture et la piété me sont suffisamment démontrées. »
Victorin mourut en 1446 à l’âge de soixante-six ansv
§ 3. L’Allemagne et les Pays-Bas.
LES JÉROMITES
Avant que la naissance des lettres en Italie étendît son influence sur l’Allemagne, Gérard Groot, appelé Gerhard Magnus , né à Deventer (Hollande), en 1340, fonda la congrégation des Frères de la vie commune , nommés ordinairement Jéromites ou Grégoriens , du nom de saint Jérôme et saint Grégoire, patrons de la communauté. Cette confrérie, dont la première maison fut ouverte à Deventer vers 1384, s’étendit peu à peu à travers les Pays-Bas et le nord de l’Allemagne, de l’Escaut à la Vistule. En 1430, elle comptait déjà quarante-cinq couvents.
La principale occupation des Jéromites était l’instruction populaire, non dans le sens qu’on lui donne aujourd’hui, mais autant que le permettaient les faibles ressources de ces temps reculés. L’école populaire proprement dite n’a pris naissance qu’à la réformation.
L’instruction donnée par les Jéromites était essentiellement religieuse. Elle comprenait, avant tout, Y étude de la Bible , traduite en langue vulgaire, et, comme branches . auxiliaires, la lecture et Y écriture. « Le fondement de tes études et le miroir de ta vie, écrivait Gérard Groot, doivent être tout d’abord les Evangiles, car ils renferment la vie de Jésus-Christ; puis les lettres de saint Paul, les Actes
îles Apôtres, les vies et les enseignements des Pères, les écrits édifiants de saint Bernard, d’Anselme, de saint Augustin, etc Ne donne aucun temps à la géométrie, à l’arithmétique, à la rhétorique, à la dialectique, à la grammaire, â la poésie, à la jurisprudence, à l’astrologie. Ces choses ne sont d’aucune utilité pour la piété. Parmi les sciences profanes, celles qui s’occupent de morale sont les moins à craindre. Les sages païens, tels que Socrate et Platon, s’y consacraient. Ce qui ne nous améliore pas ou ne nous détourne pas du mal, est nuisible. Pour sonder les secrets de la nature, nous ne devons lire ni les livres païens, ni la sainte Ecriture. »
Les hommes qui, après Gérard Groot, contribuèrent le plus à affermir et à étendre la communauté, furent Florentin Radwin , successeur de Gérard, puis Gérard Zerbolt ou Gérard de Zütphcn, et surtout Thomas A'Kcmpis ou Thomas de Kcmpen. Ce dernier, disciple de Radwin, naquit en 1380. A l’Age de vingt ans, il entra dans le couvent du Mont-Saint-Agnès, près de Zwoll, où il passa soixante et onze ans. Il fut un modèle de piété ascétique. Thomas mourut en 1472, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. On a de lui les biographies des deux Gérard, de Radwin et de plusieurs autres Jéromites. Il écrivit aussi plusieurs livres d’édification, entre autres la célèbre Imitation de Jcsus- Christ, ouvrage traduit en diverses langues et qui comptera bientôt deux mille éditions diverses. On ne s’accorde pas, toutefois, à lui attribuer ce dernier ouvrage. Suivant les uns, il n’aurait fait que le copier. Mais Delprat, qui a étudié cent vingt-sept écrits sur ce sujet, se prononce pour l’affirmative. En tout cas, il paraît être l’œuvre d’un Jéromite1.
Il n’est pas facile d’indiquer les diverses modifications que subirent les écoles des frères de la vie commune, suivant les lieux, les circonstances et l’individualité des
1. On a aussi attribué cet ouvrage au célèbre chancelier de l’Université de Paris, à Gcrson.
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directeurs. Mais il est un fait constant, c’est quelles maintinrent ferme la base chrétienne que leur avait donnée Gérard Groot; en sorte que quand la renaissance pénétra en Allemagne, en partie par le moyen de ces écoles, l’élément chrétien qui les caractérisait fit contre-poids à l’élément païen renfermé dans les études classiques et y retint ainsi la science sous l’empire des idées chrétiennes. Aussi, tandis qu’en Italie la renaissance des lettres dégénérait en une mondanité païenne, en Allemagne le mouvement prit un caractère religieux : il enfanta la réformation1. C’est ce qui va ressortir clairement de l'étude rapide que nous allons faire des hommes qui marquèrent le plus à cette époque. Nous devons commencer par