‹ Histoire universelle de la pedagogie renfermant les systemes d'education et les methodes d'enseignement des temps anciens et modernesChapitre 37 sur 101 · ROD · texte numérisé non relu

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ICOLA

Agricola naquit à Baflo près de Groningue en 1443. On ignore où il fit ses premières études. Il passa quelques années à l’université de Louvain, d’abord comme étudiant, puis comme professeur. U alla ensuite à Paris, où il étudia sous Jean de Wessel. En 1476, il se rendit en Italie, à Ferrare, où il se lia avec Guarino. Enfin, il retourna

la renaissance.

dans sa patrie, et alla (1482), sur l’invitation de Dalberg, évêque de Worms, se fixer à Heidelberg. Erasme dit d’Agricola qu’il surpassa en culture et en science tout ce qui se trouvait en deçà des Alpes; qu’il parlait le latin et le grec comme sa langue maternelle; que, dans l’improvisation, on croyait entendre un Romain au lieu d’un Frison ; qu’il avait sondé tous les mystères de la philosophie, et comprenait à fond la musique. A la fin de sa vie il se mit encore à étudier l’hébreu.

Agricola fut le grand pionnier des études philologiques classiques eu Allemagne. Sous le rapport thôologique et religieux, il était en tous points d’accord avec son ancien maître et ami Wessel. On ne lira pas sans intérêt quelques passages de deux lettres qu’il écrivit à son ami Barbirianus.

invite par ce dernier à venir diriger une école à Anvers et à y tenir des cours publics, il lui répondit, entre autres :

« On voudrait me confier une école; c’est une affaire trop difficile et trop ennuyeuse. Une école ressemble à une prison : ce sont des coups, des pleurs et des gémissements sans fin. Si une chose a pour moi un nom contradictoire, c’est l’école. Les Grecs l’ont appelée schola, loisir, récréation, et les Latins ludus litterarius, jeu littéraire ; mais il n’y a rien qui soit plus éloigné de la récréation et du jeu. Aristophane l’a nommée phrontiserion, c’est-à-dire lieu de souci, de tourment, et c’est là la dénomination qui lui convient le mieux. »

On serait tenté de prjpdre^r passage pour une boutade, si l’on ne savait paÆŒpaf l’histoire que les écoles d’alors étaient généralement placées sous une discipline dont la sévérité révolterait aujourd’hui les âmes les moins sensibles. Plus loin notre auteur ajoute :

« Je devrais diriger une école, dis-tu ? Et où me resterait-il du temps pour étudier, du repos pour méditer et écrire, et pour faire un cours public? Les garçons me prendraient la meilleure partie de mon temps, et me met-

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Iraient dans une telle agitation, qu’il me faudrait employer mes heures de loisir pour respirer et reprendre du calme.

» Tu penses que je pourrais mener une vie plus tranquille. Mais si je me relâchais, lequel de mes collègues n’en ferait pas autant et ne mettrait pas sa paresse sur mon propre compte.

» Il te faut engager les Anversois à apporter le plus grand soin dans le choix du directeur de votre école. Il ne vous faut ni un théologien, ni un soi-disant rhéteur, qui s’imagine pouvoir parler de toutes choses sans rien comprendre à l’éloquence. De telles gens font dans une école, suivant le proverbe grec, la même figure qu’un chien dans un bain. Il vous faut chercher un homme qui ressemble au phénix d’Achille, c’est-à-dire qui sache instruire, parler et agir à la fois. Si vous rencontrez un tel homme, il faut le faire venir à tout prix ; car il s’agit de l’avenir de vos enfants, dont k tendre jeunesse reçoit avec la même facilité l’empreinte du bien et du mal qu’on lui présente. »

Dans une autre lettre à Barbirianus, Agricola donne d’intéressantes directions sur la manière d’étudier :

« Je te conseille d’étudier la philosophie, c’est-à-dire la science qui apprend à penser juste et à exprimer exactement sa pensée.

» La philosophie se divise en philosophie morale et en philosophie de la nature. La première ne doit pas seulement être tirée d’Aristot^WK&céron, de Sénèque, mais aussi des faits renfermés^ïllütoi histoire. De là on s’élève à la Bible, dont les préceptes divins doivent servir de règle à notre vie. Tout autre enseignement n’a pas reconnu clairement le but de la vie et, par conséquent, n'est pas exempt d’erreur.

» La philosophie de la nature n’est pas aussi nécessaire que la morale; elle n’est guère qu’un moyen de culture.

» Il faut étudier l’une et l’autre de ces branches de la

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philosophie dans les auteurs classiques, alla d’apprendre en même temps l’art de bien parler.

» Je te conseille de traduire les classiques dans la langue maternelle aussi exactement que possible. De cette manière on apprend à trouver facilement les expressions latines nécessaires pour rendre ce qu’on a pensé dans sa langue maternelle.

» Il te faut d’abord bien méditer dans ta langue ce que tu voudras écrire en latin, et avant de chercher les ornements du style, il faut apprendre à écrire correctement.

» Celui qui veut étudier avec succès doit s’exercer à ces trois choses : à bien concevoir, à graver dans sa mémoire ce qu’il a compris, et h produire quelque'chose de son propre fonds.

» Il faut lire avec soin et chercher à comprendre l’ensemble et les détails de ses lectures. Cependant il ne faut pas trop se fatiguer pour éclaircir les passages obscurs. On en trouve souvent l’explication plus loin. Un jour donne la lumière à l’autre jour.

» Il est nécessaire de s’exercer à la composition ; quand nous ne produisons rien, tout ce que nous avons appris demeure comme mort en nous. Les connaissances que nous acquérons doivent être comme la semence jetée en terre et qui germe et porte du fruit.

» Mais pour produire, il faut deux choses : pouvoir disposer à , volonté des notions confiées à notre mémoire, ensuite être capable de faire sortir quelque chose de nouveau de ce que nous savons.

» Pour inventer, il est très-important que nous ayons des idées générales, sous lesquelles vient se classer par ordre toute la provision de nos connaissances. Ensuite il est d’un grand secours de savoir analyser et considérer sous toutes ses faces un sujet quelconque, ainsi que je l’ai enseigné en détail dans les six livres de mon De inventione dialectica. Celui qui sait bien ces deux choses (classer et analyser) arrive à la facilité d’élocution des sophistes

grecs, et peut, en improvisant, parler aussi longtemps qu’il veut sur un sujet donné. »

En terminant, Agricola ajoute : « Que vas-tu penser de ma folie ? J'ai résolu d’apprendre l’hébreu ; comme si je n’avais déjà pas assez de ma bribe de grée. J’ai pour maître un juif converti, que ses coreligionnaires employaient autrefois pour disputer contre les chrétiens. L'évêque Dalberg l’a pris chez lui par amour pour moi, et il pourvoit à son entretien. Je veux faire ce que je pourrai. J’espère parvenir à quelque chose. »

Agricola traduisit un peu plus tard le livre des psaumes.

En 1485, l’évêque Dalberg fit un voyage à Rome. Agricola l’y accompagna ; mais, à son retour à Heidelberg, il tomba malade, et mourut le 28 octobre, à l’âge de quarante-deux ans.

ALEXANDRE HÉGIUS

Alexandre Hégius, né à Heek, en Wesphalie (1420 ou 1433), professa à Wessel, à Emmerich et enfin à Deventer, où il fut recteur durant trente ans. Il y mourut en 1498, dans un âge avancé. Hégius vit souvent à Deventer ses amis Wessel et Agricola. Il était un grand admirateur des études classiques, et aimait surtout le grec. « Celui, disaitil, qui veut comprendre la grammaire, la rhétorique, les mathématiques, l’histoire et la Sainte Ecriture, doit apprendre le grec. »

De l’école de Hégius sortirent plusieurs hommes célèbres, entre autres Hermann de Busch et Erasme, dont nous parlerons plus. loin.

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