VI. Classe de rhétorique ( Rhetorica
Les élèves doivent apprendre parfaitement l’allemand et le latin, le grec et l’hébreu, de manière à pouvoir comprendre ces langues. C’est intentionnellement que Coménius place la dialectique et la rhétorique en dernier lieu,
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car, dit-il, si l'on ne connaît pas les choses, on ne saurait en parler raisonnablement.
L’Université.
Coménius n’a pas poursuivi sa méthode jusqu’à l’université, il dit seulement que cette dernière doit représenter l’universalité des connaissances. Coménius demande qu’il se forme dans quelque pays une Académie des sciences; une schola scholarum ou collegium dulacticum , reliant entre eux, dans un intérêt scientifique, tous les savants du monde. C’est la première idée de ce genre que nous rencontrons dans le domaine de la pédagogie. La Société royale de Londres a réalisé la première cette idée de Coménius.
L’organisation des études, recommandée par Coménius, est demeurée, jusqu’à ce jour, la base de l’organisation scolaire. Nous y trouvons la première éducation dans la famille, l’école primaire détachée des études supérieures et ramenée à sa vraie destination ; enfin l’enseignement moyen et supérieur, ainsi que les grandes institutions scientifiques. Il a donné de plus à son organisation une base psychologique qui rappelle les travaux subséquents de Pestalozzi. Dans son plan d’études, en effet, il poursuit le développement naturel de nos facultés, en commençant par celles qui se manifestent les premières (l’attention, l’entendement, la mémoire), et , en finissant par celle (la volonté) qui n’est mise en jeu que par le déploiement de toutes les autres.
Je ne puis entrer ici dans le détail des œuvres de Coménius et montrer l’application de ses principes aux diverses branches de l’éducation. Je ne saurais cependant passer sous silence son célèbre ouvrage sur l’enseignement des langues, et en particulier du latin, son Janua reserala, non plus que son Orbis pictus , qui en est l’achèvement.
Le Janna reserata, qu’il divisa plus tard en trois cours successifs, le Vestibulum , le Janua et l’Atrium , est un en-
geignement gradué du latin, avec l’intuition pour base, les mots pour matériel et des propositions pour exercices; c’est-à-dire que les mots y désignaient des choses que les élèves pouvaient connaître par intuition, et que ces mots étaient employés dans des propositions qui en faisaient connaître l’usage. Les règles de grammaire venaient au fur et à mesure qu’on en avait besoin. C’est le principe rationnel qui prévaut encore dans toute l’Allemagne pour l’enseignement élémentaire des langues. Le Vestibulum renfermait 500 mots et autant de phrases faciles. Les mots étaient tirés des diverses parties du discours en commençant par les substantifs. Le Janua renfermait environ 2,500 racines avec leurs dérivés, leurs composés et les phrases nécessaires pour en montrer l’application. L’Atrium familiarisait les élèves avec les tournures particulières et les beautés du langage. C’était déjà de la rhétorique. Quand ces trois degrés étaient passés, on prenait les auteurs et l’on commençait les exercices de style. L ’Orbis pictus, que j’ai déjà mentionné, n’était autre chose que le Janua reserala orné de figures. Par ce dernier ouvrage, Coménius réalisait le principe de l’enseignement intuitif, qu’il voulait voir à la base de toutes les sciences. Ici encore, Coménius est l’intelligent précurseur de Pestalozzi. Avec le temps le texte disparut de VOrbis pictus; mais il n’en est pas moins demeuré, dans ses diverses transformations, un des ouvrages les plus utiles pour l’instruction des enfants. L ’Orbis pictus est la souche mère de tous les livres d'images destinés aux enfants.
L’intuition réclamée et pratiquée par Coménius est un principe plus fécond qu’il ne paraît au premier abord. Bien avant Coménius, des hommes éclairés avaient fait ressortir le besoin d’étudier non-seulement des formes et des langues qui ne sont que la représentation sensible des pensées, mais aussi les objets mêmes de nos connaissances ; toutefois, le réalisme qu’ils réclamaient était tout verbal; ils ne le rattachaient pas à l’observation des
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choses et à l’expérience, comme le veut Bacon pour l'histoire naturelle et Coménius pour les études en général. L’intuition est l’étude vraie et naturelle des choses, et elle est le fondement de nos connaissances et de toute la science. Elle veut que l’histoire naturelle s’apprenne dans la nature, la physique avec les instruments nécessaires, la chimie dans un laboratoire, les arts dans la sphère où ils s’exercent, et ainsi de suite. Coménius revient sans cesse sur la nécessité d’étudier les choses, d’étendre les connaissances, afin de donner aux langues une base large et solide et de faire progresser les arts et les sciences. A la vérité, les choses, dans Coménius, sont étudiées en vue des langues et non pour elles-mêmes, comme l’entend Bacon et comme cela se pratique aujourd’hui; mais l’école n’était pas encore assez développée pour faire cette distinction.
Je termine cette courte caractéristique de la pédagogie de Coménius en donnant encore ici, sous forme d’aphorismes, quelques-unes de ses pensées les plus fécondes :
1. L’homme est une créature raisonnable, le roi des autres créatures. Avant la chute, tout son être était porté vers la connaissance, la vertu et la piété. Depuis, sa voie a été obscurcie ; néanmoins, il est encore capable de ces trois choses par la grâce que Dieu nous a faite en Jésus- Christ qui nous réengendre à une vie nouvelle.
2. Le savoir, la vertu et la piété ne sont pas contenus dans la nature humaine ; il faut les y éveiller par l’étude, l’exercice et la prière.
3. L’instruction est d’autant plus facile qu’elle suit do plus près la marche de la nature. Tout ce qui est naturel se fait sans peine.
4. L’instruction doit être progressive et appropriée à la force croissante des facultés intellectuelles.
5. C’est une erreur fondamentale que de commencer l'enseignement par les langues et de le terminer par les choses, par les mathématiques, l’histoire naturelle, etc.;
car les choses sont la substance, le corps, et les mots l’accident, l’habit. Ces deux parties de la connaissance doivent être unies ; mais il faut commencer par les choses, qui sont l’objet de la pensée et de la parole.
6. C’est aussi une erreur que de commencer l’étude d’une langue par la grammaire. Il faut d’abord en donner le matériel dans un auteur ou un vocabulaire bien arrangé. La forme, c’est-à-dire la grammaire, ne vient qu'après.
7. Dans l’étude intuitive des objets, on commencera par les plus rapprochés et l’on terminera par les plus éloignés.
8. On doit d’abord exercer les sens (perception), puis la mémoire, puis l’intelligence, puis le jugement (raisonnement). Car la science commence par l’observation; les impressions reçues se gravent ensuite dans la mémoire et l’imagination ; l’intelligence s’empare alors des notions rassemblées dans la mémoire et en tire des idées générales ; enfin la raison tire des conclusions des choses suffisamment connues et coordonnées dans l’intelligence.
9. L’enfant ne doit apprendre que ce qui peut lui être utile pour cette vie et pour l’autre.
10. Il ne suffit pas seulement de faire comprendre, il faut encore apprendre à exprimer et a pratiquer ce qu’on a compris.
1 1 . Ce n’est pas l’ombre des choses qui fait impression sur les sens et l'imagination, mais les choses elles-mêmes. C’est donc par une intuition réelle qu’il faut commencer l’enseignement, et non par une description verbale des choses.
12. On doit observer d’abord l’objet d’une manière générale, puis chaque partie en particulier et dans ses rapports avec l’ensemble.
13. Le talent se développe par l’exercice. L’écriture s’apprend en écrivant, le chant en chantant, etc.