La Révolution française
Jusqu’à la Révolution française les frères ignorantins ou de la doctrine chrétienne , comme nous l’avons vu, s’occupèrent seuls, pour ainsi dire, de l’instruction du peuple, et ils ne purent le faire, on le comprend, que dans une faible mesure. La Révolution comprit de suite que pour se consolider, elle avait besoin d’instruire le peuple. Aussi la Convention , par un décret du 19 septembre 1793 sur l’organisation de l'instruction publique, ordonnait-elle la création d’écoles primaires sur toute l’étendue de la France, avec obligation pour « les pères, mères, tuteurs ou curateurs d’y envoyer leurs enfants ou pupilles, » sous peine d’amende et, en cas de récidive, de la privation pendant dix ans de ses droits civils et politiques. Mais l’agitatiou était trop grande en France pour y rien fonder de stable. Cette loi fut remplacée par celle du 17 novembre 1794. Il y avait eu. réaction contre la loi de 1793 ; l’obligation tomba. Cependant nous lisons encore dans cette loi l’article suivant : « Les jeunes citoyens qui n’auront pas fréquenté les écoles primaires seront examinés, en présence du peuple, à la fête de la Jeunesse, et s’il est reconnu qu’ils n’ont pas les connaissances nécessaires à des citoyens français, ils seront écartés, jusqu’à ce qu’ils les aient acquises, de toutes les fonctions publiques. »
On doit encore à la République la création de l’école polytechnique (loi du 27 sept. 1794), et de l’école normale (décret du 9 brumaire an iii, — 1 décembre 1794). La Convention créa l’école normale, « pour apprendre, sous les maîtres les plus habiles, l’art d’enseigner à des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles. » L’ouverture de l’école normale eut lieu le 19 janvier 1795. Rarement on
vit une réunion de maîtres plus éminents appelés à former des disciples pour un plus grand objet. En voici les noms : Lagrange, Laplace, Berthollet, Monge, Haüy, Daubenton, Thouin, pour les sciences physiques et naturelles; Sicard, La Harpe, Volney, Buache, Mentelle et Bernardin de Saint Pierre pour ïa grammaire générale, la littérature, l’histoire, la géographie, l'analyse de l’entendement et la morale. Quatorze cents élèves se pressaient aux cours donnés par de tels maîtres. Malgré de si nombreux éléments de succès, l’école dura peu. A peine fondée, soit que l’enseignement y fût trop élevé, ou que les auditeurs fussent mal préparés à le recevoir, on reconnut qu’elle serait impuissante à former des professeurs ; ce qui était cependant le propre but de l’institution. Trois mois après avoir ôté ouverte, elle fut fermée par l’ordre de la Convention.
Une troisième loi du 24 octobre 1 795 « créa des écoles primaires dans chaque canton, et des écoles centrales dans chaque département; fonda des écoles spéciales disséminées sur toute l’étendue du territoire; organisa l’institut national des sciences et des arts, avec la mission de tout éclairer, de tout améliorer1. » Le 1er mai 1802 (11 floréal an x) la France promulga une nouvelle loi sur l'instruction publique. Mais l'ignorance était trop grande en France et les agitations politiques trop violentes pour permettre à l’instruction de faire de rapides progrès.